Le magasin Alinéa de Pérols a définitivement fermé ses portes samedi 28 mars. Une trentaine de salariés se retrouvent sans emploi après la liquidation judiciaire de l’enseigne d’ameublement du groupe Mulliez. Le tribunal de commerce de Marseille doit statuer ce lundi 31 mars sur le sort des 1 200 salariés encore en poste au niveau national.
Un dernier jour entre émotion et résignation
Samedi matin, une vingtaine de clients se sont présentés à l’ouverture du magasin de la rue Bir Hakeim à Pérols. Les rayons étaient quasi vides, les derniers articles soldés à -50 %. Nordine et Fadila, clients réguliers, résumaient le sentiment général en constatant que le magasin vidé leur faisait « mal au cœur ».
Pour les salariés, cette journée marquait la fin d’un long feuilleton. Angélique, vendeuse depuis onze ans, confiait que l’équipe s’était préparée à cette issue. « C’est une page qui se ferme et une page qui s’ouvre derrière », lâchait-elle avec un mélange de fatalisme et de soulagement. Le soir venu, les employés se sont retrouvés autour d’un apéritif pour tourner la page ensemble.
Chronologie d’une chute annoncée
Fondée en 1988 à Avignon comme une alternative française à Ikea, l’enseigne Alinéa a connu un premier redressement judiciaire en 2020, en pleine crise sanitaire. Dix-sept magasins avaient alors fermé et un millier d’emplois avaient été supprimés. L’entreprise semblait repartie, jusqu’à la fusion avec Zodio, une autre marque du groupe Mulliez spécialisée dans la décoration.
Cette fusion a fragilisé une structure déjà convalescente. Nadia, salariée à Pérols depuis 26 ans, estime que le groupe Mulliez a voulu « se débarrasser des deux entreprises en même temps ». Le 20 novembre 2025, Alinéa a été placée en redressement judiciaire pour la seconde fois. En 2024, l’enseigne accusait 47 millions d’euros de pertes pour 162 millions de chiffre d’affaires.
Le 12 février 2026, les salariés ont appris par un simple e-mail le retrait de SDC Holding, le repreneur roumain qui était le dernier candidat à maintenir la marque. Sur les 1 200 emplois, ce projet n’en aurait préservé que 575.
Les salariés demandent des comptes au groupe Mulliez
Le 14 février, les employés de Pérols se sont mis en grève pour dénoncer l’abandon de leur direction. Nicolas, vendeur depuis une quinzaine d’années, pointait la responsabilité du groupe Mulliez. Le groupe Mulliez possède des marques comme Auchan, Decathlon ou Leroy Merlin. Selon Nicolas, cette puissance financière devrait servir à accompagner les salariés dans leur reconversion.
« On avait vraiment espoir d’être repris. Je ne sais pas comment je vais me débrouiller. Trouver du travail en pleine année scolaire alors que tous les étudiants ont déjà trouvé, c’est littéralement impossible. »
Timéa, 20 ans, salariée d’Alinéa Pérols
À Pérols, la trentaine de salariés concernés bénéficieront d’un plan de sauvegarde de l’emploi. Les offres de reclassement au sein du groupe Mulliez restent pour l’heure incertaines. La grève du 14 février n’a pas suffi à infléchir la direction.
Le tribunal de Marseille tranche lundi
Le sort de l’enseigne au niveau national se joue ce lundi 31 mars devant le tribunal de commerce de Marseille. Trois scénarios sont sur la table : la poursuite d’un plan de redressement (hypothèse jugée peu probable), une reprise partielle par des enseignes concurrentes ou la liquidation totale de la société. Les offres de reprise restantes prévoient la conversion des magasins en Grand Frais, Ikea ou Leroy Merlin, sans conserver la marque Alinéa.
Le marché français de l’ameublement traverse une période difficile, avec un recul de 10 % sur trois ans. Alinéa, coincée entre le géant suédois et les enseignes discount, n’a jamais trouvé son positionnement. À Pérols, la question de l’avenir de la parcelle commerciale se pose déjà. La zone, située à proximité d’Odysseum, reste attractive pour de nouvelles enseignes.
Avec la fermeture du magasin de Pérols, c’est un pan du commerce local qui disparaît. La décision du tribunal de Marseille lundi déterminera si la marque Alinéa survit ou s’éteint définitivement, après 38 ans d’existence.




