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Asalée : vingt infirmières de l’Hérault travaillent sans salaire depuis deux mois

Vingt infirmières de l’Hérault travaillent sans toucher un euro depuis la fin janvier. Salariées de l’association Asalée, spécialisée dans le suivi des patients atteints de maladies chroniques, elles sont prises dans un conflit financier qui oppose l’organisation à l’Assurance Maladie. Une décision de justice est attendue vendredi 27 mars à Paris.

Deux mois sans salaire mais toujours au chevet des patients

Depuis la fin du mois de janvier 2026, les 20 infirmières Asalée de l’Hérault n’ont perçu aucune rémunération. Pourtant, la plupart continuent de se rendre chez leurs patients, diabétiques, insuffisants cardiaques ou personnes âgées en perte d’autonomie, comme si de rien n’était. Renoncer serait abandonner des personnes fragiles qui comptent sur elles.

Parmi elles, Jenny Adgé, infirmière intervenant dans les cabinets médicaux de Mèze et de Roujan, incarne cette abnégation. Son quotidien, comme celui de ses collègues, est suspendu aux décisions de financeurs lointains, alors que les factures, elles, s’accumulent. Au niveau national, ce sont 2 080 infirmières qui vivent la même situation depuis le basculement de l’association en cessation de paiements.

Un bras de fer entre Asalée et l’Assurance Maladie

Fondée en 2004 par des médecins et des infirmières souhaitant améliorer le suivi des patients chroniques, l’association Asalée repose sur un principe simple : déléguer certaines tâches médicales à des infirmières formées pour travailler en binôme avec les généralistes. Ce modèle, reconnu comme efficace, est financé quasi intégralement par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM).

La crise a éclaté après la publication d’un rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) pointant des dysfonctionnements de gouvernance au sein de l’association. L’Assurance Maladie a suspendu ses versements au motif que ses recommandations n’avaient pas été mises en œuvre. Résultat : plus de trésorerie, plus de salaires. L’association se trouve désormais placée en redressement judiciaire en mars 2026.

« Assurer la continuité du paiement des salaires des infirmiers salariés de l’association demeure la priorité absolue de l’Assurance Maladie. »

Communiqué de la CNAM, 6 mars 2026

L’organisme assure également rester « prêt à reprendre le chemin d’une contractualisation », à condition qu’Asalée se conforme aux exigences légales. Un signe d’ouverture qui n’a pas suffi à rassurer les infirmières, contraintes d’attendre une décision de justice pour connaître leur avenir immédiat.

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Un jugement vendredi pour décider de l’avenir du dispositif

Le 27 mars 2026, le tribunal des affaires économiques de Paris doit statuer sur la procédure de redressement judiciaire d’Asalée. Deux scénarios s’ouvrent : soit un plan de redressement permettant à l’association de poursuivre son activité sous contrôle d’un administrateur judiciaire, soit une liquidation qui sonnerait le glas du dispositif dans sa forme actuelle.

Si le redressement est prononcé, le mécanisme dit AGS (Association pour la Gestion du régime de garantie des créances des Salariés) devrait prendre en charge les salaires impayés depuis janvier. Pour les vingt infirmières de l’Hérault, cette issue représente la seule perspective de régularisation à court terme.

Un modèle de soins menacé dans toute la région

Au-delà de la détresse salariale, c’est l’avenir d’un dispositif de santé publique qui est en jeu. Les infirmières Asalée suivent des dizaines de milliers de patients chroniques sur l’ensemble du territoire, dont une part significative en Hérault, département où les déserts médicaux concernent de nombreuses communes rurales.

La disparition du dispositif fragiliserait des patients souvent âgés et peu mobiles, dont le suivi régulier repose sur ces professionnelles. Dans un département où le CHU de Montpellier a récemment renforcé ses urgences pédiatriques pour faire face à une pression croissante, la tension sur le système de santé local se fait chaque année plus palpable.

L’issue du jugement de vendredi sera scrutée de près par les professionnels de santé, les associations de patients et les élus locaux. Quelle que soit la décision, les vingt infirmières héraultaises espèrent enfin recevoir les salaires qui leur sont dus depuis deux longs mois de travail gratuit. Pour en savoir plus sur la procédure en cours, le communiqué officiel de l’Assurance Maladie détaille la position de la CNAM.

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