Montpellier accueille ce mercredi 2 avril un colloque scientifique d’envergure nationale consacré aux liens entre pesticides et cancers. Organisé par le Cancéropôle Grand Sud-Ouest à l’amphithéâtre Charles Flahault de l’Institut de Botanique, l’événement réunit pendant deux jours les meilleurs spécialistes français du sujet.
Épidémiologistes, toxicologues, juristes, parlementaires et associations de victimes se retrouvent dans la capitale héraultaise pour dresser un état des lieux des connaissances sur ce sujet de santé publique majeur. Sept sessions thématiques sont programmées jusqu’au jeudi 3 avril.
Un colloque pluridisciplinaire inédit à l’Institut de Botanique
Le congrès se tient au 163 rue Auguste Broussonnet, dans les locaux historiques de l’Institut de Botanique rattaché à l’Université de Montpellier. Les travaux débutent dès 13 heures ce mercredi et se poursuivent jusqu’au jeudi soir. Plus de 30 intervenants sont attendus, parmi lesquels Julie Pannequin, chercheuse à l’Institut de Génomique Fonctionnelle de Montpellier et co-organisatrice de l’événement, Marc Billaud du Centre de recherche en Cancérologie de Lyon et Pierre Sujobert des Hospices Civils de Lyon.
L’originalité de ce colloque tient à son approche résolument pluridisciplinaire. Sept sessions couvrent l’ensemble du spectre : épidémiologie du cancer et pesticides, apports de la toxicologie et de la biologie moléculaire, cadre législatif et réglementaire, récits de victimes et construction du doute scientifique, alternatives agricoles et réduction des pesticides. Les associations de victimes prennent la parole aux côtés des scientifiques et des parlementaires spécialistes du dossier.
Des données scientifiques préoccupantes pour les agriculteurs
Ce colloque intervient dans un contexte où les preuves scientifiques s’accumulent. L’expertise collective de l’INSERM, actualisée en 2021, établit une présomption forte de lien entre l’exposition professionnelle aux pesticides et six pathologies : lymphomes non hodgkiniens, myélome multiple, cancer de la prostate, maladie de Parkinson, troubles cognitifs et bronchopneumopathie chronique obstructive. Les agriculteurs et tout particulièrement les viticulteurs figurent parmi les populations les plus exposées.
Selon l’INSERM, des substances actives spécifiques comme le malathion, le diazinon, le lindane et le DDT présentent une présomption forte de lien avec les lymphomes non hodgkiniens. La famille des organophosphorés est également pointée du doigt.
La cohorte AGRICAN, qui suit environ 180 000 personnes depuis 2005, constitue l’une des plus vastes études au monde sur la santé des agriculteurs. Pierre Lebailly, coordinateur de cette cohorte, fait partie des intervenants attendus à Montpellier. Les résultats de ses travaux alimentent le débat sur la reconnaissance des maladies professionnelles liées aux pesticides.
L’Hérault et l’Occitanie en première ligne
Le choix de Montpellier pour accueillir ce congrès n’est pas anodin. L’Hérault est l’un des premiers départements viticoles de France avec plus de 60 000 hectares de vignes. Les viticulteurs héraultais font partie des professionnels les plus concernés par l’exposition aux produits phytosanitaires. Une étude de l’INSERM a d’ailleurs mis en évidence un lien entre la proximité des vignes et le risque de leucémie pédiatrique, un sujet particulièrement sensible dans les communes rurales de la métropole montpelliéraine.
Le journaliste Stéphane Foucart, spécialiste des questions environnementales au Monde et auteur de plusieurs enquêtes sur le lobbying de l’industrie agrochimique, figure parmi les intervenants. Sa présence illustre la dimension sociétale du débat, au-delà du strict cadre scientifique. La Fondation ARC, la Ligue contre le cancer et l’Association française d’étude des lymphomes comptent parmi les partenaires institutionnels du colloque.
Un enjeu qui dépasse le monde agricole
Si les agriculteurs sont les premiers concernés, la question des pesticides touche l’ensemble de la population. Les riverains des zones de traitement, les consommateurs exposés via l’alimentation et les enfants vivant à proximité des exploitations sont aussi visés par les recherches présentées lors du colloque. L’INSERM a identifié une présomption modérée de lien entre exposition aux pesticides et leucémies, cancers du système nerveux central, cancers de la vessie et du rein.
La session consacrée aux alternatives agricoles et à la réduction des pesticides promet d’ouvrir des perspectives concrètes. À l’heure où la métropole de Montpellier multiplie les initiatives en faveur de la biodiversité, la transition vers une agriculture moins dépendante des produits chimiques représente un enjeu majeur pour le territoire.
« Nous invitons tous ceux qui s’intéressent à ce sujet d’actualité à venir s’informer grâce aux meilleurs experts français. »
Julie Pannequin, co-organisatrice du colloque, chercheuse à l’Institut de Génomique Fonctionnelle de Montpellier
Infos pratiques
Le colloque se déroule les 2 et 3 avril 2026 à l’amphithéâtre Charles Flahault de l’Institut de Botanique, situé au 163 rue Auguste Broussonnet à Montpellier. L’inscription est accessible à partir de 50 euros pour les étudiants et jeunes chercheurs, 70 euros pour les professionnels. Le tarif comprend les pauses café, l’apéritif du mercredi soir et le déjeuner buffet du jeudi. Le programme détaillé est consultable sur le site du Cancéropôle Grand Sud-Ouest.





