Les pêcheurs de Méditerranée restent à quai. Réunis à Sète le 1er avril, les marins d’Occitanie, de PACA et de Corse ont voté une grève illimitée à compter du mardi 7 avril. Le prix du gasoil, devenu insoutenable pour la profession, est au cœur de cette mobilisation qui menace toute la filière halieutique régionale.
Le gasoil, premier poste de charges des marins
Le litre de gasoil maritime oscille actuellement entre 1,10 et 1,15 euro sur le continent. En Corse, la facture grimpe encore : les pêcheurs paient entre 1,30 et 1,45 euro le litre, soit 20 à 30 % de plus que leurs homologues du littoral méditerranéen. Le carburant représente à lui seul 40 à 50 % du chiffre d’affaires d’un bateau de pêche, selon Daniel Defusco, président du Comité régional des pêches.
L’État a annoncé une compensation de 20 centimes par litre pour soutenir la profession. Les marins jugent cette aide largement insuffisante. Bernard Perez, président du Comité régional des pêches d’Occitanie, estime que les marins perdent au minimum 350 euros par semaine à cause de la flambée des prix.
« C’est insupportable de travailler avec des prix comme ça. Il y en a beaucoup qui vont se dire : non, ce n’est plus rentable. »
Daniel Defusco, président du Comité régional des pêches
Sète en première ligne : la criée condamnée à fermer
Premier port de pêche français en Méditerranée, Sète va être frappé de plein fouet. Sur le port sétois, 11 chalutiers et une centaine de petits métiers cesseront toute activité dès mardi. À l’échelle de la façade méditerranéenne, ce sont une trentaine de chalutiers et 300 à 500 navires de petite pêche qui resteront amarrés.
Kelly Llinarès, directrice de la criée de Sète, ne cache pas son inquiétude. La halle aux poissons, qui écoule habituellement 10 à 15 tonnes de produits de la mer chaque jour, n’aura tout simplement plus rien à vendre. La fermeture de la criée est inévitable dès le premier jour de grève.
« À partir de mardi, tous les pêcheurs ont décidé de rester à quai. La grève des pêcheurs va m’impacter à 100 %. »
Kelly Llinarès, directrice de la criée de Sète
660 emplois indirects menacés dans la filière
L’arrêt de la pêche ne concerne pas uniquement les marins. Derrière chaque bateau qui reste à quai, toute une chaîne économique se retrouve à l’arrêt : mareyeurs, transporteurs, poissonniers, restaurateurs. Au total, ce sont environ 660 emplois indirects qui dépendent directement de l’activité de la criée sétoise. La grève, lancée à quelques jours des vacances de Pâques, période habituellement faste pour la vente de poisson frais, risque d’amplifier les pertes pour l’ensemble de la filière.
À Montpellier, les étals des marchés et des poissonneries pourraient rapidement se vider si le conflit s’installe dans la durée. La capitale héraultaise, qui s’approvisionne en grande partie via la criée de Sète, sera directement touchée. Les restaurateurs du littoral, en pleine préparation de la saison estivale, redoutent eux aussi les conséquences d’un mouvement prolongé.
Une profession qui se bat pour sa survie
Cette grève s’inscrit dans un contexte de tensions accumulées depuis plusieurs années. Entre les restrictions européennes sur les jours de mer, l’interdiction d’investir dans de nouveaux chalutiers soumis à des plans de gestion et la hausse continue des charges, les pêcheurs méditerranéens se sentent pris en étau. La profession, qui a déjà perdu de nombreux navires ces dernières décennies, craint de voir disparaître une activité ancestrale qui a façonné l’identité maritime de Sète et du littoral héraultais.
Les pêcheurs réclament une revalorisation significative de l’aide au carburant et des mesures structurelles pour pérenniser leur activité. En Corse, les marins se disent prêts à bloquer l’ensemble des ports de l’île si le gouvernement ne réagit pas. Le mouvement, qui concerne trois régions du sud de la France, pourrait s’étendre si les négociations n’aboutissent pas rapidement.
La grève démarre le 7 avril, en pleine semaine précédant les vacances de Pâques. Les consommateurs de Montpellier et du littoral héraultais doivent s’attendre à une raréfaction du poisson frais local sur les étals dès la semaine prochaine.
Quel calendrier pour la suite ?
Le mouvement est déclaré illimité. Aucune date de reprise n’est fixée. Les représentants de la profession attendent désormais un geste du gouvernement, au-delà des 20 centimes par litre déjà annoncés. La prochaine étape pourrait passer par une rencontre avec le secrétariat d’État chargé de la Mer, que les comités régionaux des pêches appellent de leurs vœux depuis plusieurs semaines.
La situation rappelle les mouvements sociaux récents qui ont touché la région. Sète, qui prépare par ailleurs son festival maritime Escale à Sète prévu cet été, voit son économie portuaire traverser une passe difficile.





