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Invasion de lapins dans l’Hérault : la FDSEA réclame l’armée pour sauver les cultures

La FDSEA de l’Hérault réclame l’intervention de l’armée. Depuis six ans, les lapins de garenne prolifèrent autour de Montpellier et dévastent les cultures. Les pertes dépassent le million d’euros pour la seule campagne 2025-2026 et la vingtaine de communes touchées ne parvient plus à endiguer le phénomène.

La situation a pris un tournant lors d’une réunion de crise organisée à la préfecture de l’Hérault le 26 mars 2026. Face à l’ampleur des dégâts, Jérôme Despey, président de la FDSEA 34, a formulé une demande inédite : faire appel aux forces armées pour épauler chasseurs et louvetiers sur le terrain.

Des millions de lapins qui dévastent les cultures

Le problème remonte à 2018 dans la plaine de Mauguio. Des colonies de lapins de garenne se sont installées sous les remblais de la ligne à grande vitesse Montpellier-Nîmes et de l’ancienne voie ferrée, y trouvant un habitat idéal à l’abri des prédateurs. Depuis, la population n’a cessé de croître de manière exponentielle.

Selon la CUMA locale, 2 000 hectares de céréales ont été détruits et les pertes s’élèvent à 1,5 million d’euros rien qu’en 2025. Blé, pois chiches, vignes, vergers : les rongeurs s’attaquent à toutes les cultures sans distinction. À Mauguio, 300 des 700 hectares habituellement cultivés resteront en friche cette année.

Des agriculteurs au bord du gouffre

Robert Cecchetti, pomiculteur, avait planté 5 000 arbres fruitiers en 2020. La moitié a été détruite par les lapins qui rongent l’écorce des jeunes plants. Il a déboursé plus de 10 000 euros en protections individuelles et en remplacement d’arbres, sans parvenir à sauver sa production.

« On perd notre outil de travail. Sans action rapide, on va couler et l’agriculture risque de disparaître du secteur. »

Karine Salmeron, céréalière et viticultrice dans la métropole de Montpellier

La Sica Les Vergers a investi 40 000 euros en 2025 uniquement pour protéger ses arbres. Ces coûts s’ajoutent aux pertes de récolte et fragilisent des exploitations déjà sous tension. Le problème d’indemnisation aggrave la colère des professionnels : contrairement aux dégâts causés par les sangliers, ceux provoqués par les lapins ne font l’objet d’aucune compensation légale dans le code de l’environnement.

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La préfète renforce le dispositif de régulation

La préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, a signé un arrêté le 10 mars 2026 autorisant des opérations de régulation renforcées jusqu’au 10 juin. Tirs de jour comme de nuit, captures au furet et pose de cages : les louvetiers disposent désormais d’un arsenal élargi. Neuf lieutenants de louveterie supplémentaires seront recrutés, portant l’effectif total à 30 agents déployés sur 19 communes de l’est héraultais et 7 dans le Biterrois.

Le nouveau plan d’action prévoit aussi un entretien renforcé des abords des infrastructures par les communes et les opérateurs ferroviaires, avec des sanctions en cas de non-respect. La classification en Esod (espèce susceptible d’occasionner des dégâts), déjà appliquée à 13 communes depuis 2021, sera étendue à d’autres territoires. Des autorisations de capture et de déplacement seront délivrées toute l’année.

L’appel à l’armée, un geste de désespoir

Malgré ces mesures, la FDSEA juge la réponse insuffisante. Les battues administratives organisées ces dernières années n’ont pas permis de contenir la population. Les prédateurs naturels comme les renards et les buses restent trop peu nombreux pour réguler des colonies aussi denses. Jérôme Despey demande une intervention militaire « dans les plus brefs délais » pour appuyer les opérations de terrain.

La FDSEA réclame également des études génétiques afin de déterminer si les lapins actuels sont des hybrides résistants à la myxomatose et au VHD (maladie hémorragique virale), deux pathologies qui régulaient autrefois les populations. Max Alliès, président de la fédération des chasseurs de l’Hérault, participe aux discussions avec la chambre d’agriculture pour réévaluer la stratégie globale de gestion. Autrement dit, toutes les pistes sont sur la table, y compris les plus radicales.

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Les agriculteurs de l’Hérault ne bénéficient d’aucune indemnisation pour les dégâts causés par les lapins. La FDSEA demande la création d’un fonds de compensation dédié.

Une vingtaine de communes touchées autour de la métropole

Le phénomène ne se limite plus à Mauguio. Baillargues, Candillargues, Castelnau-le-Lez, Lansargues, Le Crès, Marsillargues, Mudaison, Saint-Aunès, Saint-Brès et Saint-Nazaire-de-Pézan figurent parmi les communes les plus impactées. L’est de la métropole de Montpellier concentre l’essentiel des dégâts, tandis que le secteur de Béziers commence à signaler des proliférations préoccupantes.

Les infrastructures ferroviaires sont elles aussi menacées. Les terriers creusés sous les voies de la LGV et de la ligne Nîmes-Montpellier fragilisent les remblais et posent des questions de sécurité. Les opérateurs ferroviaires sont désormais mis à contribution dans le plan de régulation pour entretenir les abords de leurs installations. Alors que Montpellier affichait récemment ses ambitions en matière de biodiversité, cette crise rappelle que la cohabitation entre faune sauvage et activité agricole reste un défi complexe à l’échelle du territoire.