Ce samedi 11 avril, le quartier Celleneuve vit au rythme d’un grand banquet populaire. La Superluette, nouvelle Maison de l’alimentation solidaire imaginée par la Ville de Montpellier, s’offre une journée festive d’inauguration publique, avant l’ouverture complète de ses services le 13 avril. De 11 heures à 22 heures, habitants, associations et curieux sont invités à découvrir ce lieu pensé comme un laboratoire de démocratie alimentaire.
Installée sur l’esplanade Léo Malet, face au marché de Celleneuve, la Superluette occupe un bâtiment de 360 m² racheté et entièrement rénové par la municipalité. L’ensemble représente un investissement de 2 millions d’euros, cofinancé par l’État, des fonds européens et des partenaires privés.
Un projet né d’un constat : la précarité alimentaire explose à Montpellier
Derrière le côté festif de cette journée, il y a un chiffre qui pèse lourd. Près de 28 % des Montpelliérains vivent sous le seuil de pauvreté. La précarité alimentaire gagne du terrain dans la métropole. Les dispositifs classiques d’aide alimentaire, basés sur les dons de produits imposés aux bénéficiaires, montrent leurs limites face à l’ampleur du phénomène.
La municipalité a donc fait le pari d’un modèle radicalement différent. Il ne s’agit plus seulement de distribuer des denrées : l’objectif est de redonner aux habitants la capacité de choisir ce qu’ils mangent, à des tarifs adaptés à leurs revenus. La Superluette est le premier maillon visible d’un réseau de cinq Maisons de l’alimentation solidaire prévues à terme sur le territoire.
« On est là pour permettre aux gens de faire des choix éclairés, ensemble. Le système actuel, fondé sur des dons de produits imposés, n’est pas satisfaisant. »
Marie Massart, adjointe à la politique alimentaire de Montpellier
Quatre associations aux commandes du quotidien
La Ville reste propriétaire des murs mais délègue la gestion à un collectif de quatre associations qui partagent les lieux : l’Esperluette, la Caisse Alimentaire Commune, Vrac et Cocinas et LaBoca. Chacune apporte son expertise : restauration participative, démarches de sécurité sociale de l’alimentation, ateliers cuisine ou médiation sociale autour du repas.
Le lieu regroupera à terme une épicerie solidaire, un café ouvert sur le quartier, une cantine participative avec ateliers cuisine, un espace pour cultiver des plantes aromatiques et un comptoir d’échanges entre habitants. Des temps culturels, des débats et même des ateliers théâtre viendront compléter la programmation hebdomadaire.
Pour Nicolas Bricas, président de Vrac et Cocinas, la démarche vise un changement profond de posture : « On doit permettre aux habitants de reprendre la main sur leur alimentation. » L’idée n’est plus de recevoir passivement : le lieu veut coconstruire une offre qui a du sens.
Un programme festif qui court toute la journée
L’inauguration officielle du bâtiment avait eu lieu le 7 février dernier. Depuis, un chantier participatif a mobilisé habitants et bénévoles tout au long du printemps : fabrication de mobilier, décoration, signalétique, aménagement des extérieurs. La journée du 11 avril marque la fin de cette phase et l’ouverture au grand public.
Le programme démarre à 11 heures avec un accueil, une exposition et un espace calme ouverts à tous. À midi, un casse-croûte partagé s’installe rue Antonin-Chauliac, entre pique-nique improvisé et surprises artistiques. Un cortège festif pour le droit à l’alimentation défile à 14 heures, suivi d’un ciné-débat à 14 h 30. Concerts, banquet ambulant et animations se succèdent jusqu’à 22 heures.
L’objectif affiché par les organisateurs est clair : faire de cette journée une fête de quartier ouverte, populaire et intergénérationnelle. Une manière concrète de montrer que l’alimentation peut redevenir un espace de rencontre, pas seulement un poste de dépense contraint.
Les services complets à partir du 13 avril
Les Montpelliérains qui n’auront pas pu se rendre à la fête pourront découvrir les services dès le lundi 13 avril. L’épicerie solidaire, le café et la cantine participative ouvriront alors leurs portes selon des horaires réguliers. Les tarifs pratiqués tiendront compte des revenus de chacun, avec un principe de prix différenciés et une priorité donnée aux produits locaux et durables.
Au-delà de Celleneuve, la Superluette doit préfigurer les prochaines ouvertures prévues dans d’autres quartiers, notamment à Lemasson. Elle rejoint ainsi un réseau qui compte déjà le Mas d’Hauts Val et Co aux Hauts de Massane et le Mas Chez Antoine dans le quartier des Arceaux, deux lieux ouverts ces derniers mois dans la même logique.
Pour Solène Champroy, cheffe du projet, l’enjeu dépasse la simple aide d’urgence : il s’agit de « remettre du collectif dans l’assiette », en redonnant aux habitants un pouvoir d’agir sur leur alimentation. Un pari ambitieux, qui trouvera ce samedi son premier grand moment public.






