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Verdict du procès Lorenzo Roques : cinq et six ans de prison pour les deux principaux accusés

Cinq ans et demi après l’agression qui a laissé Lorenzo Roques tétraplégique, la cour criminelle de l’Hérault a rendu son verdict ce lundi 13 avril. Deux des six accusés ont été condamnés à des peines de prison ferme avec incarcération immédiate. Les quatre autres écopent de peines de sursis. Une décision que la famille de la victime accueille avec amertume.

Le procès, ouvert le 7 avril devant la cour criminelle de Montpellier, s’est achevé après une semaine d’audiences souvent éprouvantes. Au cœur des débats : la nuit du 23 août 2020, sur le parking de la piscine les Néréides à Lattes, où une rixe entre des jeunes de Lattes et de Pérols a basculé dans le drame.

Cinq et six ans de prison pour les deux principaux accusés

La cour a prononcé les peines les plus lourdes contre les deux hommes directement impliqués dans les violences sur Lorenzo. Sébastien P., reconnu coupable du plaquage qui a provoqué la fracture des vertèbres cervicales de la victime, a été condamné à cinq ans d’emprisonnement dont trois ans et demi ferme. Il a été incarcéré à l’issue de l’audience.

Lucas B., poursuivi pour avoir porté des coups supplémentaires alors que Lorenzo gisait déjà au sol, écope de la peine la plus sévère : six ans de réclusion criminelle. Lui aussi a été immédiatement placé sous mandat de dépôt. Son avocate, Me Maryse Péchevis, a d’ores et déjà annoncé faire appel de la décision.

Les quatre autres accusés, poursuivis pour leur participation à la bagarre sans avoir directement frappé Lorenzo, ont été condamnés à des peines allant de quatre à douze mois de prison, entièrement assorties du sursis.

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L’avocat général Jean-Christophe Tixier avait requis huit ans de réclusion criminelle contre Lucas B. et cinq ans ferme contre Sébastien P. La cour a donc suivi les réquisitions pour l’un et allégé la peine pour l’autre.

La justice face aux attentes de la victime

La confrontation entre les peines requises et les peines prononcées révèle une certaine clémence judiciaire. L’avocat général estimait que Lucas B. méritait les huit années complètes, tandis que la cour s’en est tenue à six ans. Ce léger adoucissement reflète la sensibilité de la cour aux antécédents quasi inexistants des accusés, tous décrits par le président comme des jeunes sans pedigree judiciaire, issus de familles respectives.

Cependant, cette nuance légale échappe largement à la victime et à son entourage. Pour Lorenzo et sa mère Élise Vera, le résultat demeure insuffisant face à l’ampleur des dégâts. Chacun des six accusés a bénéficié d’une certaine compréhension du tribunal : les deux principaux subissent l’incarcération, certes, mais avec des peines qui restent sous le seuil réglementaire pour les crimes de violence grave.

Lorenzo Roques, 25 ans, tétraplégique à 85 pour cent

Cette nuit du 23 août 2020, Lorenzo a 19 ans. Sur ce parking de Lattes, une altercation oppose deux groupes de jeunes, sous l’effet de l’alcool et de stupéfiants selon les éléments du dossier. Lorenzo est projeté au sol puis roué de coups, notamment à la nuque. Grièvement blessé, il est retrouvé inerte dans un fossé, les cervicales brisées.

Depuis ce soir-là, le jeune homme vit avec un taux de déficit fonctionnel permanent de 85 pour cent. Cette incapacité englobe la paralysie des membres inférieurs et la limitation sévère des membres supérieurs. Présent tout au long du procès, Lorenzo a assisté à chaque audience dans un silence digne, entouré de sa mère Élise Vera et de ses proches. L’instruction a mis cinq ans et demi à aboutir devant la cour criminelle.

« C’est un peu léger, ce n’est pas ce qu’on attendait. »

Lorenzo Roques, à la sortie de la cour criminelle de l’Hérault

Une famille entre soulagement et amertume

À la sortie du palais de justice, la réaction de la famille oscille entre le soulagement de voir deux accusés incarcérés et la déception face à des peines jugées insuffisantes. Élise Vera, la mère de Lorenzo, ne cache pas son épuisement après des années de combat judiciaire. Cinq ans et demi d’attente, de procédures, de silence administratif ont rongé les forces de la famille.

« Les peines ne seront jamais à la hauteur. J’en ai marre de tout ça, j’en peux plus. »

Élise Vera, mère de Lorenzo Roques

Le contraste est saisissant avec les déclarations des accusés lors de leurs dernières prises de parole, vendredi. Sébastien P. avait présenté ses excuses à Lorenzo et à sa famille, assurant qu’il penserait à lui « toute sa vie ». Lucas B. s’était contenté de déclarer n’avoir « rien à ajouter » à ses précédents témoignages. Ces paroles, entendues dans un prétoire tendu, résonnent différemment à l’annonce du verdict.

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Procédure civile et dommages-intérêts à venir

Le verdict criminel ouvre la porte à une seconde phase judiciaire, souvent plus pénible encore pour les victimes. La procédure civile, distincte du volet pénal, vise à obtenir la réparation financière du préjudice subi. Lorenzo et sa famille devront porter plainte auprès du tribunal civil pour réclamer dommages et intérêts. Cette phase dépend de la solvabilité des condamnés et de leur capacité à indemniser sur le long terme, un enjeu crucial puisque les besoins médicaux et d’adaptation du logement représentent un coût permanent et considérable.

Un procès qui a marqué Montpellier

Cette affaire a profondément marqué la capitale héraultaise. Le procès, suivi par un public nombreux, a mis en lumière les conséquences dramatiques d’une bagarre qui n’a duré que quelques minutes mais qui a détruit la vie d’un jeune homme de 19 ans. Au fil des audiences, les témoignages ont révélé le profil des accusés : des jeunes sans antécédents judiciaires, décrits par leur entourage comme « des gens bien » selon les termes du président de la cour. Cette absence de passé criminel a manifestement pesé sur les sentences prononcées.

Les accusés disposent désormais de dix jours pour faire appel du verdict. Avec l’appel déjà annoncé par la défense de Lucas B., l’affaire pourrait connaître un nouveau chapitre judiciaire dans les mois à venir. Pour Lorenzo Roques et sa famille, le combat est loin d’être terminé : la procédure civile visant à obtenir des dommages et intérêts reste à venir, et elle sera sans doute tout aussi éprouvante que les audiences criminelles qui viennent de s’achever.

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