Un rapport de l’Observatoire des libertés de Montpellier, publié lundi 12 octobre, accuse la police municipale d’avoir pris part aux opérations de maintien de l’ordre déclenchées pendant le blocus des lycées. Photos et vidéos à l’appui, l’Observatoire parle d’une participation « organisée, anticipée ». La Ville de Montpellier rejette cette lecture des images.
Trois journées passées au crible par l’Observatoire
Le mouvement lycéen a gagné Montpellier le 29 septembre. Depuis, les observateurs de l’OLM, une structure que Midi Libre dit « proche de la Ligue des droits de l’Homme », suivent chaque rassemblement, appareil photo en main. Leur rapport range « le recours quasi-systématique à la police municipale » parmi les « dispositifs de maintien de l’ordre préoccupants » relevés depuis le début de la mobilisation.
Dès cette première journée, un observateur de la structure décrivait deux fourgons de la police municipale devant le lycée Jean-Monnet. Trois dates concentrent ensuite ses observations :
- 1er octobre, avenue Jean-Mermoz : des agents municipaux casqués, boucliers à la main, font face aux lycéens aux côtés de la brigade anti-criminalité.
- 6 octobre, place de la Comédie : après une manifestation déclarée de plus de 10 000 personnes, des policiers municipaux forment un barrage devant l’office de tourisme pour bloquer l’accès au Polygone.
- 8 octobre, même secteur : une dizaine d’agents dotés de casques, boucliers, coudières et genouillères interviennent en deux unités de quatre à cinq.
L’Observatoire affirme que ses équipes ont vu la brigade anti-criminalité diriger « à plusieurs reprises, la police municipale, leur indiquant les positionnements, les lieux sur lesquels se déplacer ».
« La cohésion avec les équipes de la BAC, qui dirigent l’opération, les équipements, la charge en courant sur plusieurs dizaines de mètres, au soutien d’une dispersion ayant nécessité l’usage de lacrymogène caractérise la participation organisée de deux unités à des opérations de maintien de l’ordre, de façon intégrée au dispositif »
Extrait du rapport de l’Observatoire des libertés de Montpellier, cité par Midi Libre
Le document relève aussi que « plusieurs agents de la police municipale masquent leur visage, empêchant toute identification ». Sa conclusion est tranchée : la participation des agents « n’est pas le fait d’agents isolés » et lui « apparaît, au regard des éléments observés, contraire à la loi ».
La Ville dément toute mission de maintien de l’ordre
Le sujet est arrivé dans l’hémicycle municipal le mardi 6 octobre. Livia Jampy, conseillère municipale LFI, a interpellé le premier adjoint sur les moyens confiés au service : « On lui confie des équipements dits anti-émeute, une présence dans des dispositifs qui ne sont pas les siens ». L’élue a ajouté que « petit à petit, on la transforme en supplétif de la police nationale là où l’État se désengage », selon le compte rendu du média local Le Poing.
Sébastien Cote, premier adjoint au maire délégué à la tranquillité publique et à la prévention de la délinquance, a balayé l’accusation en réclamant des preuves. Au cours de la même séance, rapporte Midi Libre, il a dénoncé « la volonté d’amalgamer les choses » et assuré qu’« il n’y a pas une image où un policier municipal s’en prend à un manifestant ».
« La police municipale était présente devant le lycée Mermoz pour prévenir de tout accident devant le carrefour. Sur les protections, nous sommes dans le cadre d’un mouvement potentiellement dangereux avec des jets de projectiles qui vont potentiellement toucher tous ceux qui portent un uniforme. […] Ce ne sont pas des équipements contre, ce sont des équipements de protection »
Sébastien Cote, premier adjoint au maire de Montpellier, au conseil municipal du 6 octobre
L’adjoint a justifié l’intervention du quartier Antigone par la protection d’un bâtiment municipal : « Quand des casseurs défoncent les portes des halles Jacques-Cœur, là, nous sommes dans les pouvoirs de la police municipale de protéger les bâtiments ». Une vidéo de l’Observatoire montre pourtant des agents équipés de boucliers courir avec la BAC depuis les abords du lycée Joffre jusque devant les locaux de la Dreal, à 140 mètres des halles d’après les mesures du Poing.
La controverse n’est pas neuve. Le 18 septembre 2025, dans Le Métropolitain, le même élu démentait déjà toute participation au maintien de l’ordre après la journée « Bloquons tout » du 10 septembre. Ses policiers étaient « engagés uniquement pour une mission de protection », affirmait-il, tout en annonçant la création d’« une équipe spécialisée qui a été formée pour affronter de telles situations ».
Ce que disent les textes
L’article L. 511-1 du code de la sécurité intérieure confie aux agents de police municipale, sous l’autorité du maire, les tâches que celui-ci leur attribue « en matière de prévention et de surveillance du bon ordre, de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publiques ». Le maintien de l’ordre désigne autre chose : le dispositif déployé autour d’une manifestation, jusqu’à la dispersion de la foule.
La convention type annexée au même code, prévue pour l’application de son article R. 512-5, ne laisse guère de place au doute. Son préambule s’ouvre sur cette phrase : « En aucun cas il ne peut être confié à la police municipale de mission de maintien de l’ordre. » Toute commune dotée d’au moins cinq emplois d’agent de police municipale doit signer une telle convention avec le préfet.
Montpellier relève du régime de la police d’État, souligne Le Poing. L’article L. 2214-4 du code général des collectivités territoriales y réserve à l’État seul la répression des atteintes à la tranquillité publique, hors troubles de voisinage. Le même texte lui confie « le bon ordre quand il se fait occasionnellement de grands rassemblements d’hommes ».
Restent les casques et les boucliers. Interrogé par le sénateur de Seine-Saint-Denis Vincent Capo-Canellas, le ministère de l’Intérieur a répondu au Journal officiel du Sénat du 25 avril 2019 que ces agents « ne peuvent intervenir physiquement pour effectuer des opérations de maintien ou de rétablissement de l’ordre, par exemple lors de manifestations sur la voie publique ». Il en tire une conséquence matérielle : les casques, hors équipages motorisés, « et les boucliers anti émeutes en polycarbonate ne font pas partie de l’équipement de l’agent de police municipale ».
Le GSO, une unité née à l’automne 2024
Derrière l’« équipe spécialisée » se trouve le Groupement de soutien opérationnel, créé à l’automne 2024 selon Le Poing et fort d’une vingtaine d’agents. Une offre d’emploi publiée par la Ville en mai 2025 précise que le poste implique « des opérations conjointes impliquant la police nationale voire d’autres services de l’État ». Un article du Métropolitain paru en août 2026 écrit que l’unité « contribue au maintien de l’ordre public en intervenant lors de manifestations, d’émeutes ou de tout autre événement susceptible de perturber la tranquillité publique ».
Le 8 octobre, les badges « G.S.O. » étaient visibles sur les gilets des agents déployés devant l’office de tourisme, relève l’Observatoire. Pour Sophie Mazas, avocate montpelliéraine de la Ligue des droits de l’Homme, « le fait que ces agents ne soient pas formés au maintien de l’ordre représente des risques pour la population ». Elle demande au maire Michaël Delafosse de « suspendre les activités du G.S.O. au nom du principe de précaution ».
L’édile a reçu une délégation de lycéens le 8 octobre. Selon Le Poing, le maire aurait évoqué devant eux d’éventuelles sanctions dans l’hypothèse où des agents se seraient rendus coupables d’infractions. Contactées à plusieurs reprises par ce média, ni la mairie ni la préfecture de l’Hérault n’ont donné suite à ses questions.
D’autres volets judiciaires suivent leur cours. Le parquet de Montpellier avait détaillé 44 gardes à vue dont 38 mineurs au début des blocages. Un journaliste montpelliérain a de son côté déposé plainte contre X après avoir été heurté par un motard de la police devant le lycée Clemenceau.
Une réforme des polices municipales en attente
Sur le terrain, la Ville revendique 207 policiers municipaux sur son site institutionnel. La fiche officielle du service la décrit chargée de la surveillance « des établissements scolaires, principalement écoles maternelles et primaires ». La protection des bâtiments communaux y figure aussi, au titre de Vigipirate.
Le débat montpelliérain croise un chantier législatif. Le projet de loi relatif aux polices municipales et aux gardes champêtres, qui élargit leurs prérogatives tout en renforçant leur contrôle, a été déposé au Sénat le 29 octobre 2025. Les sénateurs l’ont adopté le 10 février 2026 avant transmission à l’Assemblée nationale. Le texte prévoit d’attribuer à chaque agent un numéro d’identification individuel, inscrit dans un registre national et « porté de manière apparente ». Les policiers municipaux photographiés le 8 octobre par l’Observatoire n’en portaient aucun.















