Le débat sur l’efficacité de l’encadrement des loyers a été relancé ce mardi 28 avril 2026 par une étude de l’observatoire CLAMEUR, qui conclut à un effet quasi nul du dispositif sur les prix de la location dans les villes concernées. Une analyse aussitôt contestée par la Fondation pour le Logement, ex-Fondation Abbé-Pierre, qui dénonce une lecture biaisée des données. À Montpellier, où le mécanisme est en place depuis le 1er juillet 2022, la mairie défend bec et ongles son bilan.
Quatre ans après son entrée en vigueur, l’encadrement des loyers reste un marqueur fort de la majorité de Michaël Delafosse. Il demeure aussi un point de friction permanent avec les professionnels de l’immobilier. À quelques mois de la fin de l’expérimentation prévue en novembre 2026, le bras de fer entre partisans et détracteurs du dispositif s’intensifie.
Une étude qui conteste l’efficacité du dispositif
L’observatoire CLAMEUR, soutenu par une trentaine d’entreprises et de fédérations de l’immobilier, a publié son « état des lieux du marché locatif privé » mardi dernier. Sa conclusion est sans appel : l’encadrement des loyers ne produit pas « d’effet significatif » sur les prix. Pour parvenir à ce constat, l’observatoire a comparé l’évolution des baux signés à Bordeaux, Montpellier, Lyon et Lille avec un groupe de villes témoins où les loyers ne sont pas encadrés.
L’étude met aussi en avant un effet psychologique sur les bailleurs, qui pousserait certains propriétaires à retirer leur bien du marché locatif. Entre 2020 et 2022, 5,64 % du stock de logements locatifs privés a quitté le marché chaque année, contre 3,2 % sur la période 2016-2019. Un repli imputé à la pandémie et aux nouvelles contraintes énergétiques selon Arnaud Simon, directeur du comité scientifique de l’observatoire.
« Encadrement des loyers, permis de louer, ces sujets n’ont pas d’effet immédiat sur la valeur de l’immobilier mais ils ont un fort effet psychologique sur les bailleurs. »
Jean-Michel Camizon, président de CLAMEUR
Cette étude vient contredire frontalement les conclusions publiées la veille par l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur). L’agence rattachée à la métropole du Grand Paris affirmait que le dispositif avait permis de réduire les loyers de 5 % en moyenne à Paris depuis 2019. La baisse atteindrait même 4,96 % dans les autres villes où il s’applique. La méthodologie de l’Apur est précisément ce que CLAMEUR conteste.
Montpellier érigée en « bonne élève » par la Fondation pour le Logement
La Fondation pour le Logement n’a pas tardé à réagir. Sa directrice régionale Occitanie, Sylvie Chamvoux, pointe les angles morts de l’analyse de CLAMEUR. Selon elle, l’observatoire travaille sur les baux signés sans vérifier si les propriétaires respectent réellement le plafond imposé par la mesure.
« Quand on est sur un territoire tendu comme Montpellier pour un logement on peut avoir 30 ou 40 candidats. Donc même si le logement est en dehors des clous, le bail sera signé à la fin. »
Sylvie Chamvoux, directrice régionale Occitanie de la Fondation pour le Logement
Le baromètre annuel de la Fondation, qui se base sur les annonces postées en ligne, dresse un tout autre tableau. Montpellier y figure parmi les villes où la conformité progresse le plus vite. La capitale héraultaise est passée de 37 % d’annonces en dépassement du loyer maximal en 2022 à seulement 12 % trois ans plus tard. Les petits logements, particulièrement touchés par les loyers abusifs, ont vu leur situation s’améliorer de façon notable selon Sylvie Chamvoux.
Du côté de la mairie, la vice-présidente de la Métropole en charge du logement, Clara Gimenez, défend un dispositif qui permet aux Montpelliérains de « continuer à se loger dignement ». Pour elle, l’opposition farouche de certains professionnels prouve l’efficacité de la mesure.
« C’est un vrai combat idéologique, certains pensent que le logement est un droit, d’autres que c’est une marchandise. »
Clara Gimenez, vice-présidente de Montpellier Méditerranée Métropole en charge du logement
Un bras de fer avant la décision nationale
Le calendrier ajoute de la pression. L’expérimentation nationale arrive à échéance en novembre 2026 et le gouvernement devra trancher sur sa pérennisation. Toutes les communes qui l’appliquent demandent que le dispositif soit gravé dans le marbre, sous peine de voir le système locatif local repartir à la dérive sur un territoire tendu où la demande dépasse largement l’offre.
La régulation du marché passe aussi par d’autres leviers. Montpellier multiplie depuis plusieurs mois les actions contre les locations meublées non déclarées, avec des condamnations records pour Airbnb illégal qui visent à remettre des biens dans le parc locatif classique. Le contexte est aussi celui d’un marché qui se détend : les prix de l’immobilier continuent de baisser en avril 2026, ce qui pourrait à terme alléger la pression sur les loyers.
Reste à savoir comment les législateurs trancheront entre des études aux conclusions diamétralement opposées. À Montpellier, où environ 70 % des résidences principales sont occupées par des locataires, la question dépasse la simple bataille de chiffres. Elle touche au quotidien de dizaines de milliers de ménages, étudiants en tête, qui peinent à trouver un toit dans une métropole où la tension locative reste l’une des plus fortes de France.
Pour la mairie, la prochaine étape consistera à mieux faire connaître les plafonds aux propriétaires comme aux locataires. La Fondation pour le Logement rejoint cette analyse et plaide pour un renforcement de la communication des collectivités, condition selon elle d’une application plus rigoureuse de la mesure dans les zones où la pression sur le






