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Ametyst : la concertation sur le projet CSR s’enflamme à Montpellier

La première réunion publique consacrée à la transformation de l’usine de traitement des déchets Ametyst, à Montpellier, a réuni une centaine de personnes le lundi 11 mai 2026. Plus de trois heures d’échanges tendus ont mis face à face partisans et opposants d’un projet de 110 millions d’euros qui divise profondément la métropole depuis plusieurs années.

Un projet qui cristallise les inquiétudes sanitaires

Implantée depuis 2008 dans le quartier Garosud-les Grisettes, l’usine Ametyst doit aujourd’hui se transformer pour répondre aux nouvelles exigences réglementaires et environnementales. Le projet porté par la Métropole de Montpellier et son délégataire Urbaser Environnement, en poste depuis le 1er janvier 2026, prévoit l’installation d’une chaufferie fonctionnant au CSR (Combustible solide de récupération).

Le principe : utiliser les déchets non recyclables pour produire de la chaleur et de l’énergie. Actuellement, environ 60 % des déchets qui arrivent sur le site repartent pour être enfouis ou incinérés ailleurs. La Métropole promet une installation de « haute performance environnementale » capable de multiplier par 6,5 la production locale d’énergie, d’alimenter en chaleur quelque 12 000 logements via le réseau de chauffage urbain et de réduire fortement le recours à l’enfouissement.

Mais dans la salle Fernand-Pelloutier, au siège de la Métropole, les garanties techniques n’ont pas suffi à apaiser les esprits. Plusieurs riverains ont rappelé les nuisances olfactives historiques du site et mis en cause les risques liés aux futures émissions atmosphériques, notamment les microparticules et les PFAS.

« On sait aujourd’hui que ce sont les micro-particules qui vont générer dans l’atmosphère la pollution avec les PFAS. Et aujourd’hui on sait tous les dangers que représentent les PFAS : perturbateurs endocriniens, générateurs de cancers, générateurs de maladies cardio-vasculaires. »

Un riverain, lors de la réunion publique du 11 mai 2026

« Ce n’est pas un incinérateur » : l’opérateur à la peine face aux critiques

Face aux accusations répétées d’« incinérateur déguisé », portées notamment par l’écologiste Coralie Mantion, le directeur des relations contractuelles d’Urbaser, Bérenger Saltel-Pongy, a martelé une distinction technique : « Une centrale CSR, ce n’est pas une usine d’incinération. Une usine d’incinération reçoit des ordures ménagères brutes. Ici, il s’agit d’un combustible préparé, trié, calibré et contrôlé avant valorisation. »

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L’opérateur assure que les émissions de métaux lourds seront « 32 fois inférieures à la norme » et celles de dioxines et furanes « 12 fois inférieures à la réglementation nationale ». Un double système de filtration, injection de charbon actif et bicarbonate de soude, ainsi qu’un traitement catalytique des oxydes d’azote sont prévus. Une étude de risque sanitaire doit être intégrée au futur dossier d’autorisation environnementale déposé auprès de l’État.

Pierre-Marie Carvajal, vice-président de la Métropole en charge de la gestion des déchets et maire de Castries, a reconnu la légitimité des interrogations.

« La Métropole se doit d’être exigeante avec la qualité du travail du délégataire et pousser plus loin les préconisations d’un point de vue sanitaire. »

Pierre-Marie Carvajal, vice-président de la Métropole de Montpellier en charge des déchets

François Vasquez, l’opposant qui ne décolère pas

Le moment fort de la soirée a été la prise de parole de François Vasquez, ancien vice-président écologiste de la Métropole chargé des déchets. Écarté de sa délégation après son opposition publique au projet CSR, l’ancien élu attendait depuis plus de deux heures pour intervenir.

Très offensif, il a dénoncé « un grand carnage » et accusé la Métropole d’avoir abandonné la stratégie « zéro déchet » votée à l’unanimité plusieurs années auparavant. « Ce qu’il faut faire, c’est un registre des cancers », a-t-il lancé, contestant l’utilité d’un simple suivi épidémiologique. Il a également mis en doute la viabilité économique du projet, estimant que les cimenteries « ne veulent pas » du CSR à base de plastiques produit par les collectivités.

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De son côté, Antoine Bertrand, élu d’opposition LFI, a interrogé Urbaser sur les garanties prévues « en cas de crise ou d’événement imprévu » et rappelé que « le risque zéro n’existe pas ».

Calendrier et prochaines étapes de la concertation

La concertation publique est ouverte jusqu’au 14 juin 2026. Elle offre plusieurs modes de participation : réunions thématiques, ateliers, contributions en ligne sur le site projet-transformation-ametyst.fr, permanences en mairie à Montpellier, Lattes, Saint-Jean-de-Védas et Villeneuve-lès-Maguelone, visites du site et un atelier dédié à un groupe citoyen.

Si la concertation aboutit favorablement, les autorisations administratives sont attendues début 2027. Les travaux pourraient démarrer en septembre 2027 pour une livraison prévue fin 2029 et une mise en service complète en 2030. La Métropole avance également que les nouvelles recettes issues de la production d’énergie pourraient, à terme, contribuer à réduire la taxe d’enlèvement des ordures ménagères payée par les habitants. C’était l’une des promesses de campagne de Michaël Delafosse, réélu maire et président de la Métropole en mars 2026.

Localisation : site Ametyst, quartier Garosud-les Grisettes, Montpellier

Cette transformation s’inscrit dans un budget métropolitain 2026 marqué par de fortes tensions autour des investissements et de la fiscalité locale. Le dossier Ametyst, devenu hautement sensible pendant la campagne municipale, s’annonce comme l’un des sujets les plus conflictuels du nouveau mandat.