Le collectif écologiste Atterrissons d’urgence Montpellier a déposé une plainte pour pratique commerciale trompeuse contre la société gestionnaire de l’aéroport de Montpellier-Méditerranée. En cause : une vidéo publicitaire promettant un Montpellier-Paris en moins de deux heures, que les militants jugent « factuellement impossible ». L’affaire a été portée devant le procureur de la République le 14 avril dernier.
Cette plainte pénale fait suite à un premier revers auprès du jury de déontologie publicitaire en 2025, qui avait jugé l’appel du collectif infondé. Les militants ne s’en sont pas arrêtés là, franchissant une étape supplémentaire en saisissant cette fois la justice pour non-respect du code de la consommation. Au-delà du cas précis, le collectif demande une interdiction pure et simple de toute publicité pour le secteur aérien dans la métropole, sur le modèle de ce que pratique déjà Amsterdam. Un dossier qui relance un débat local brûlant sur la place de l’avion dans une ville qui affiche par ailleurs des ambitions écologiques fortes.
Une vidéo pastiche de Mission Impossible dans le viseur
La publicité incriminée, diffusée en septembre 2024 et toujours disponible en ligne, s’appelle « Montpublicitaire ». Elle met en scène un agent secret débarquant par erreur à Montpellier alors qu’il est attendu à Paris. Rassuré par une voix off, il prend un vol Transavia vers Orly puis la ligne 14 du métro parisien pour rejoindre la capitale en un temps record.
Le problème, selon les plaignants : le calcul ne tient pas debout. Marie-Noël de Visscher, membre du collectif, conteste point par point le chrono affiché par la gestion de la plateforme aéroportuaire.
« C’est mission impossible, on a étudié point par point. En additionnant les temps minimum qu’il faut pour rejoindre l’aéroport, pour monter dans l’avion, le temps des passages, des contrôles, on arrive à trois heures. »
Marie-Noël de Visscher, membre d’Atterrissons d’urgence Montpellier
L’argumentaire juridique du collectif s’appuie sur le code de la consommation, qui interdit toute pratique commerciale trompeuse. La plainte a été rédigée avec le soutien de Maître Elohane Durant, avocate au barreau de Montpellier. Une campagne de financement participatif a également été lancée pour soutenir cette procédure, mobilisant à la fois les sympathisants du mouvement et les citoyens sensibilisés aux questions climatiques.
Un trajet contesté, un train qui fait presque aussi bien
Pour les militants, la comparaison avec le TGV met à mal le message publicitaire. Le trajet Montpellier-Paris en train dure désormais moins de 3h30 de gare à gare, sans les contrôles, sans la navette et surtout sans les émissions associées au transport aérien.
La cité surdouée dispose depuis l’ouverture de la LGV Méditerranée d’une liaison ferroviaire directe avec la capitale, qui reste l’axe privilégié pour la quasi-totalité des voyageurs d’affaires. En termes de bilan carbone, le contraste est saisissant : un trajet en train émet environ 15 fois moins de dioxyde de carbone qu’un vol équivalent. Vanter une alternative aérienne quand le rail fait presque aussi bien sans les désagréments apparaît, pour le collectif, comme une incitation à polluer sans raison.
« On estime qu’au-delà des problèmes de publicité mensongère, ça devient franchement indécent d’inciter les gens à prendre l’avion quand on a un train qui fait le trajet quasiment dans le même temps. »
Marie-Noël de Visscher, membre d’Atterrissons d’urgence Montpellier
Le porte-parole du collectif Stuart Page rappelle que le réseau national Rester sur Terre, auquel Atterrissons d’urgence est affilié, mène depuis plusieurs années un combat pour l’encadrement de la publicité aérienne. Cette action s’inscrit dans un mouvement plus large d’associations qui demandent un traitement comparable de l’avion à celui appliqué aux énergies fossiles et véhicules polluants.
Un aéroport qui vise 3 millions de passagers
La plainte intervient alors que l’aéroport affiche des ambitions de croissance inédites. 1 686 000 passagers ont transité par la plateforme en 2025, un chiffre en baisse de 6 % sur un an mais que la direction veut faire bondir à trois millions à moyen terme.
L’été 2026 s’annonce d’ailleurs comme un programme record avec 39 destinations desservies vers 17 pays. Pour les opposants, cette trajectoire est incompatible avec les engagements climatiques affichés par la métropole, qui a par ailleurs lancé plusieurs chantiers de décarbonation bien relayés localement.
474kg de CO2 par passager selon ce site, soit près du quart du budget carbone annuel de 2 tonnes recommandé par les accords de Paris.
L’aéroport de Montpellier, toujours prêt à accélérer le réchauffement climatique pour gagner de l’argent. #DestinationCrashClimatique— Atterrissons d’Urgence Montpellier (@mtprespire) 11 avril 2025
Rappel : le trafic aérien représente environ 3 à 4 % des émissions françaises de gaz à effet de serre selon les dernières estimations. Ce chiffre peut doubler si l’on tient compte de l’effet radiatif des traînées de condensation, phénomène moins visible mais tout aussi impactant pour le climat.
Vers une interdiction de la publicité aérienne à Montpellier ?
Au-delà de la vidéo ciblée, les militants demandent une interdiction générale de toute publicité pour des compagnies aériennes ou des aéroports dans l’espace public montpelliérain. Leur référence : Amsterdam, qui a banni ce type de communication en 2022 dans son métro et sur son mobilier urbain, considérant que promouvoir des trajets carbonés était incompatible avec les engagements climatiques.
La décision relève cependant du règlement local de publicité, un document voté par la métropole. Aucune annonce officielle de Michaël Delafosse ou de son équipe n’a été faite à ce stade pour aller dans ce sens, même si la municipalité a renforcé ces dernières années sa politique de lutte contre les nuisances environnementales.
Pour le collectif, cette plainte devant le procureur sert autant à obtenir le retrait de la vidéo qu’à ouvrir un débat public. Le parquet de Montpellier dispose désormais de plusieurs mois pour décider de l’opportunité des poursuites. Selon les militants, c’est aussi une occasion de sensibiliser l’opinion à l’incompatibilité entre une véritable politique climatique et l’expansion illimitée du trafic aérien.
Un contexte national qui pousse dans le même sens
La bataille montpelliéraine s’inscrit dans un mouvement plus large. La loi Climat et Résilience de 2021 a déjà encadré certaines pratiques publicitaires pour les énergies fossiles et les véhicules polluants. Plusieurs collectifs tentent désormais d’obtenir un traitement similaire pour l’avion.
D’autres villes françaises ont été ciblées par des procédures comparables ces dernières années. À chaque fois, l’argument est le même : rendre la publicité pour des activités fortement carbonées juridiquement plus risquée afin de freiner leur banalisation. Les associations espèrent que la procédure montpelliéraine fera école en Occitanie et au-delà.
La réponse de l’aéroport Montpellier-Méditerranée reste laconique. La direction renvoie vers ses chantiers de modernisation, dont l’électrification complète des opérations au sol depuis juillet 2025, pour justifier son engagement environnemental. Pour les militants, ces efforts de modernisation, bien que bienvenus, ne sauraient justifier une stratégie globale de croissance du trafic incompatible avec les objectifs climatiques.









