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À Montpellier, les salariés de Sauramps alertent sur la crise

Grande librairie indépendante française — intérieur avec étagères remplies de livres et lumière naturelle

Les employés de la librairie Sauramps, institution culturelle montpelliéraine fondée en 1946, ont lancé une alerte sur la situation précaire de l’enseigne. Chiffre d’affaires divisé par deux en trois ans, commandes suspendues, rayons qui se vident : la crise s’est aggravée ces dernières semaines alors que l’enseigne fête ses 80 ans.

Des rayons vides et des commandes suspendues

Quiconque pousse la porte de la grande librairie de la Comédie ne peut pas manquer les signaux. L’espace jeunesse au niveau moins un est fermé, barré d’un bandeau rouge. Les jeux et loisirs créatifs ont été repoussés dans un recoin. Les autres rayons ne sont guère mieux fournis. Des employés, sous couvert d’anonymat, décrivent une consigne claire venue de la direction : condenser l’offre pour que les vides se remarquent le moins possible.

La librairie Sauramps Odysseum a fermé définitivement en janvier 2026, un an après la boutique du musée Fabre. Il ne reste aujourd’hui que deux adresses : la librairie du Triangle à Montpellier et l’enseigne Sauramps en Cévennes à Alès. Les effectifs sont passés de plus de 90 salariés en 2020 à une cinquantaine aujourd’hui, dont 47 à Montpellier et 7 à Alès.

« On oscille entre inquiétude et résignation. On voit la situation se dégrader depuis plusieurs mois, personne n’est dupe. On se demande juste quand le couperet va tomber. Les rayons se vident petit à petit. La dernière directive ? Condenser l’offre pour que cela se voie le moins possible. »

Un salarié de Sauramps, sous couvert d’anonymat

La direction a par ailleurs demandé aux équipes de ne plus prendre de commandes clients jusqu’à nouvel ordre. Une instruction que les salariés, qui vivent cette communication comme une humiliation, ont du mal à appliquer face à des habitués fidèles.

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Un chiffre d’affaires divisé par trois en six ans

Les chiffres publiés par Amétis, la holding immobilière du groupe François Fontès qui détient Sauramps depuis 2017, dressent un tableau sombre. Le chiffre d’affaires du groupe s’établissait à 22,8 millions d’euros en 2020, année où Sauramps occupait la 4e place au classement national des librairies établi par Livres Hebdo. Il est tombé à 16,3 millions en 2022, puis à 10,3 millions en 2023 et à 8,5 millions en 2024. En quatre ans, la librairie a perdu les deux tiers de son chiffre d’affaires.

Les pertes cumulées atteindraient 5,2 millions d’euros selon La Lettre M, journal économique régional, même si la direction les chiffre plutôt autour de 3,5 millions. Amétis aurait injecté 9,5 millions d’euros dans la structure depuis la reprise. Dans le dernier classement Livres Hebdo, Sauramps figure au 18e rang, contre le 4e en 2020.

Pour David Lafarge, directeur général, la situation est pourtant gérable : « Contrairement à ce que j’ai lu, il n’y a pas de rendez-vous décisif fin avril. Sauramps continue, rien ne change. Nous allons célébrer nos 80 ans. » Pour le délégué CGT Julien Domergue, qui tire la sonnette d’alarme depuis février 2024, les chiffres racontent une autre histoire. Fin mai, François Fontès évoquait publiquement la piste d’un redressement judiciaire pour tenter de sortir de l’impasse.

Un loyer insoutenable et un propriétaire fragilisé

Au cœur du problème : le loyer de la grande librairie de la Comédie, estimé à 1,5 million d’euros par an. Il représente aujourd’hui environ 17,6% du chiffre d’affaires, soit le double du seuil que les professionnels du secteur considèrent comme soutenable (entre 8 et 10%). Ce loyer n’a pas été renégocié depuis la reprise par François Fontès en 2017, malgré la dégradation continue des ventes.

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Le groupe Hugar, dont Amétis est la branche immobilière, traverse lui aussi une période difficile. En 2025, les promoteurs français n’ont vendu que 92 352 logements neufs, soit 45% de moins que durant les années 2017-2019. Les défaillances dans le secteur de la construction ont progressé de 45% sur un an au troisième trimestre 2025. François Fontès, qui déclarait encore en 2023 que son groupe était « dans une situation financière totalement satisfaisante », semble aujourd’hui avoir atteint les limites de sa capacité de soutien.

Le propriétaire évoque un « projet d’association » sans préciser avec qui ni dans quelles conditions. Une communication était attendue avant la fin avril 2026. Elle n’est toujours pas venue, ce qui alimente les inquiétudes des salariés.

La librairie indépendante française sous pression

La crise de Sauramps s’inscrit dans un contexte national difficile pour les librairies indépendantes. Le marché français du livre a reculé de 2,5% en volume en 2025. Le Centre national du livre recense 72 fermetures de librairies en 2024, contre une moyenne de 40 par an entre 2021 et 2023. La librairie Tire-Lire à Toulouse (48 ans d’existence) et Comptines à Bordeaux (50 ans) ont fermé en janvier 2026. La librairie Antoine à Versailles, centenaire, a baissé le rideau en juin 2025.

Le recul du Pass Culture aggrave la situation. Depuis mars 2025, le dispositif a été réduit de moitié pour les 18 ans, passant de 300 à 150 euros. Les libraires mesurent depuis une baisse de fréquentation des jeunes. Pour Sauramps, dont l’espace jeunesse a été le premier à fermer, la corrélation est directe. La hausse des achats en ligne, accentuée par la concentration des ventes sur un petit nombre de titres, fragilise les librairies dont le modèle repose sur un large catalogue.

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Fondée il y a 80 ans par la famille Saurel, présente dans la vie culturelle montpelliéraine sur plusieurs générations, Sauramps porte aujourd’hui un