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Sauramps : François Fontès évoque le redressement judiciaire

La librairie Sauramps, fondée à Montpellier en 1946, traverse la crise la plus grave de son histoire. Son propriétaire François Fontès n’exclut plus le recours au redressement judiciaire tout en affirmant sa volonté de maintenir l’enseigne en activité. Les 44 salariés et l’ensemble de la clientèle de la capitale héraultaise retiennent leur souffle.

Un plongeon financier de trois ans

Les chiffres sont vertigineux. En 2021, le groupe Sauramps affichait encore 21,3 millions d’euros de chiffre d’affaires. En 2024, ce montant est tombé à 8,56 millions d’euros, soit une chute de plus de 60 % en trois ans. Les pertes s’accumulent, estimées à 3,5 millions d’euros sur la période récente, portant le total des déficits à plus de 5 millions d’euros selon les syndicats.

François Fontès, architecte montpelliérain à la tête du groupe immobilier Hugar, a racheté Sauramps en 2017 lors d’une précédente liquidation judiciaire. Depuis, il a injecté plus de 9,5 millions d’euros de sa poche via sa holding Amétis. À l’époque du rachat, la librairie comptait 94 salariés. Elle n’en regroupe plus que 44 aujourd’hui, après la fermeture successive du point de vente du musée Fabre en 2025 et de celui d’Odysseum en janvier 2026. Ne subsistent plus que la grande librairie du Triangle à Montpellier et l’enseigne de Sauramps en Cévennes à Alès.

La concurrence du commerce en ligne, notamment d’Amazon, la désaffection progressive du livre neuf en librairie physique et le poids des charges d’exploitation ont progressivement étranglé la trésorerie. Le secteur de la librairie indépendante souffre partout en France : Decitre, Le Furet du Nord et Gibert Joseph sont déjà sous protection judiciaire.

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Des locaux obsolètes au Triangle, un bailleur sous pression

Installée depuis 1978 sous la verrière du centre commercial du Polygone, la librairie Sauramps du Triangle souffre d’une dégradation continue de ses locaux. La direction décrit des infiltrations qui condamnent régulièrement des zones entières, l’absence d’ascenseur, des problèmes d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite et des températures difficiles en été aux étages supérieurs.

Face à ce constat, les libraires ont invité leurs clients à signer une pétition sur Change.org adressée aux propriétaires des murs, Actipierre, filiale du groupe AEW. La pétition avait recueilli plus de 1 400 signatures vérifiées à fin avril. François Fontès confirme que la situation locative est dans l’impasse : « Klépierre, ça ne me paraît pas possible compte tenu de tous les travaux. Il y a la verrière qui fuit, il n’y a pas d’ascenseur, pas d’accessibilité handicapé. C’est un local obsolète depuis longtemps. »

La mauvaise santé de l’enseigne a eu une conséquence symbolique supplémentaire : pour la première fois en plus de quarante ans, Sauramps était absente de la Comédie du Livre 2026. Une absence remarquée dans la ville tant la librairie constituait un pilier du salon littéraire chaque printemps. Le directeur David Lafarge l’avait expliqué sans détour : « Pour nous, la Comédie du Livre représente 60 000 euros de commandes, un engagement dont le retour n’est jamais forcément garanti. Au vu de nos difficultés actuelles, c’est trop lourd. »

« Je n’ai pas l’intention de laisser tomber Sauramps. »

François Fontès, propriétaire de la librairie Sauramps

Le redressement judiciaire sur la table

François Fontès n’écarte plus l’option d’un placement en redressement judiciaire. Il assure cependant que cette procédure ne signifie pas la fin de l’activité. « Un dossier en redressement judiciaire ne veut pas dire pour autant un arrêt de l’activité », a-t-il précisé, en ajoutant vouloir prendre sa décision rapidement. Les salaires du mois de mai seront bien versés et la protection des salariés assurée, promet-il.

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Le propriétaire relativise en rappelant que la procédure est désormais la norme dans le secteur : « Tous les libraires importants de France sont en procédure de redressement judiciaire. Decitre, Le Furet du Nord, Gibert… C’est une maladie qui touche l’ensemble de la profession. » Ce constat ne suffit pas à rassurer les 44 salariés, qui attendent depuis plusieurs semaines de connaître leur avenir.

Sur la question de l’emplacement, Fontès s’en tient à une ligne : rester dans le secteur, dans une partie des locaux qu’il détient. « La piste pour moi, aujourd’hui, c’est de rester sur place, dans une partie des locaux que je détiens. J’étudie toutes les solutions. » Il possède en propre une partie du foncier du Triangle, ce qui lui offre une marge de manœuvre par rapport au bail Klépierre.

Collectivités et clients mobilisés pour l’institution

La mobilisation autour de la librairie a rapidement dépassé le seul cercle des habitués. Michaël Delafosse, maire et président de la Métropole de Montpellier, a clairement indiqué sa volonté de préserver la présence de Sauramps en centre-ville. Lui-même lecteur assidu de la librairie du Triangle lors de ses études à Paul-Valéry, il a avancé plusieurs pistes : « On peut aider à chercher un autre local, plus adapté. »

Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, a de son côté tenu une réunion de travail avec François Fontès. Les deux collectivités se disent prêtes à accompagner un projet de restructuration, sans préciser encore sous quelle forme cette aide pourrait se concrétiser.

La mobilisation des lecteurs, traduite dans la pétition et dans de nombreux témoignages, illustre l’attachement des Montpelliérains à cette institution culturelle. Fondée en 1946, Sauramps avait déjà traversé une première liquidation judiciaire en 2017 avant d’être reprise par François Fontès. L’enseigne célèbre ses 80 ans cette année dans des circonstances difficiles.

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