La gestion de l’office municipal de tourisme de La Grande-Motte se retrouve sous le feu des critiques. Dans un rapport rendu public ce mercredi 8 juillet, la Chambre régionale des comptes Occitanie pointe des recrutements « en famille », une gouvernance jugée trop souple et des subventions communales en hausse alors que les recettes explosent.
Un outil touristique performant au fonctionnement opaque
L’office de tourisme de La Grande-Motte n’est pas une petite structure. Cet établissement public industriel et commercial gère un budget annuel moyen de 3,7 millions d’euros pour animer l’une des stations balnéaires les plus fréquentées du littoral héraultais.
La juridiction financière s’est penchée sur ses exercices 2020 à 2024. Son verdict tient en une image : un outil efficace pour le développement touristique dont le fonctionnement interne souffre de « défaillances structurelles ». Sept recommandations accompagnent le rapport, présenté à Montpellier.
La station, déjà habituée aux dossiers sensibles après l’annulation en justice du permis de la paillote L’Effet Mer, voit cette fois sa vitrine touristique mise en cause.
« Ce n’est pas un rapport sur la stratégie touristique de la ville. Notre contrôle porte sur la régularité de la gestion et sur les procédures internes. »
Valérie Renet, présidente de la Chambre régionale des comptes Occitanie
Une taxe de séjour qui explose, des subventions qui suivent
Première anomalie relevée : les ressources de l’office ont bondi. La taxe de séjour, sa principale recette, est passée de 0,9 million d’euros avant la crise sanitaire à 1,5 million d’euros en 2024, soit une progression de 75,2 % entre 2018 et 2024.
Logiquement, le soutien de la commune aurait dû diminuer. C’est l’inverse qui s’est produit. La subvention municipale a continué de grimper jusqu’à 1,3 million d’euros en 2024, alors que les missions confiées à l’office n’avaient pas changé.
La Chambre pointe une information financière trop imprécise et une hausse des charges plus rapide que celle des recettes. Le conseil municipal ne disposait pas de tous les éléments pour ajuster le montant versé. Depuis 2025, la commune a toutefois amorcé une baisse de sa contribution de 250 000 euros. Les auditeurs relèvent aussi que la grille tarifaire du Palais des Congrès n’est pas toujours respectée, certains clients profitant de remises importantes sans justification claire.
Des recrutements « en famille » dans le viseur
C’est sur les ressources humaines que le rapport se fait le plus sévère. Entre 2021 et 2023, près de la moitié des effectifs a été renouvelée. Neuf ruptures conventionnelles ont été signées pour un coût total de 277 000 euros.
Dans la foulée, sept recrutements sur onze ont concerné des proches des dirigeants de l’office. La juridiction décrit un « esprit de famille » et détaille des liens qui interrogent :
- un frère, un ex-mari, une fille et un fils rattachés au responsable de la comptabilité ;
- un assistant d’animation, cousin du directeur ;
- un gendre graphiste lié à un membre élu du comité de direction ainsi que sa fille chargée d’animation.
Pour la première conseillère Émilie Almero, le problème ne tient pas seulement aux liens familiaux. Aucune offre publiée, aucune analyse des candidatures, aucun élément objectivant les choix : les dossiers ne comportaient ni CV ni pièce permettant d’apprécier les profils. Plusieurs situations de conflits d’intérêts ont ainsi pu s’installer, faute d’un contrôle interne suffisant.
Le directeur conteste, le parquet en embuscade
Le maire Stéphan Rossignol, qui préside le comité de direction, est lui aussi mis en cause. Plusieurs revalorisations salariales du directeur ainsi qu’une indemnité de départ à la retraite jugée non conforme ont été décidées par le seul président, sans validation collective.
Dans sa réponse annexée au rapport, le directeur Jérôme Arnaud réfute une partie des analyses. Il rappelle que la subvention baisse depuis 2025 et que les charges de personnel sont restées stables. Les recrutements, assure-t-il, répondaient à des besoins urgents ou à des profils très spécifiques, sans « traitement de faveur ».
Il s’engage malgré tout à appliquer les sept recommandations : commission interne de recrutement, dispositif de prévention des conflits d’intérêts et renoncement, par précaution, à embaucher des personnes proches des responsables. La juridiction financière n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai dans la région, après avoir épinglé la gestion du festival Printemps des Comédiens ou sanctionné les Internationales de la guitare.
Reste une inconnue de taille. La Chambre peut signaler au procureur de la République les faits susceptibles d’une qualification pénale, comme elle l’a fait pour les offices de Courchevel, Biarritz ou Agde. Sur ce point, le rapport ne tranche pas encore. Affaire à suivre pour les habitants de la station et de la métropole voisine.















