La station d’épuration Maera, implantée sur le site de l’ancienne Céreirède à la périphérie de Montpellier, a franchi une étape décisive dans la transition énergétique de la Métropole. Depuis le 25 février 2026, elle injecte du biométhane dans le réseau de distribution classique, transformant les boues d’épuration en énergie verte locale. Un investissement de 165 millions d’euros, porté par la Régie des eaux, pour ce qui représente aujourd’hui le plus grand chantier de la Métropole de Montpellier.
Des déchets transformés en ressource énergétique
Le procédé repose sur la méthanisation des boues issues du traitement des eaux usées. Le biogaz produit est purifié en biométhane avant d’être injecté dans le réseau de gaz naturel opéré par GRDF. La station de purification, intégrée au chantier confié à Véolia, mobilise entre 150 et 200 ouvriers sur le site.
Un contrat de quinze ans a été signé avec EDF, qui rachète l’énergie produite. Pour Alain Géan, responsable national des approvisionnements en biométhane chez EDF, le signal envoyé dépasse la seule réussite technique. Il rappelle l’explosion des prix du gaz fossile depuis la fin février et le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran comme autant de raisons de saluer l’initiative montpelliéraine.
« Ce sont les déchets, les eaux usées qui deviennent une ressource énergétique locale. C’est bien que Montpellier donne cette impulsion. »
Frédéric Rolland, directeur héraultais de GRDF
Le biométhane ainsi produit émet six fois moins de gaz à effet de serre que son équivalent fossile. Une performance que Manu Reynaud, président de la Régie des eaux, résume d’une formule : « On est en avance sur les normes européennes. »
Une montée en charge progressive jusqu’en 2029
Les objectifs de production sont ambitieux. La Métropole vise 10 gigawatts heure (GWh) en 2026, avant de tripler progressivement pour atteindre 31,7 GWh en 2029. À titre de comparaison, cette production correspondra à la consommation annuelle de 9 000 logements ou à l’alimentation de 124 bus.
Parallèlement à la méthanisation, le chantier prévoit une nouvelle unité de valorisation énergétique des boues d’une capacité de 24 GWh. La moitié servira à l’autoalimentation de la station elle-même, l’autre moitié fournira chaleur et eau chaude à 3 000 logements. Des panneaux photovoltaïques viendront compléter le dispositif, générant 25 GWh supplémentaires par an. Résultat attendu à l’issue des travaux : la station produira deux fois plus d’énergie qu’elle n’en consomme.
La souveraineté énergétique comme horizon
Michaël Delafosse a présenté ce « chantier titanesque » comme une pièce maîtresse d’une stratégie plus vaste. L’objectif de la Métropole est de faire passer la part des énergies renouvelables et de récupération à 44 % de l’énergie consommée d’ici 2030, en s’appuyant sur un triptyque : biométhane, chaufferies bois et géothermie. À Cambacérès, la plus grande centrale géothermique de France a déjà été mise en service. À Amétyst, la future filière CSR est en cours de construction.
« L’objectif, c’est de tripler la production d’énergie sur la métropole entre 2020 et 2030. Initialement c’était de la doubler. Nous accélérons. Ici, c’est autant l’imagination que le volontarisme qui sont au pouvoir. »
Michaël Delafosse, président de la Métropole de Montpellier
La volonté affichée est de couvrir 10 % du gaz consommé sur le territoire à partir de sources renouvelables produites localement. Une démarche que Delafosse inscrit dans un enjeu de souveraineté nationale, en rupture avec les dépendances envers la Russie, les États-Unis ou l’Algérie.
La réutilisation des eaux usées en parallèle
Le projet Maera ne se limite pas à la production de gaz vert. En marge de la méthanisation, la Régie des eaux développe le projet Life Rewa, qui vise à recycler les eaux usées issues de treize stations d’épuration du territoire. Une unité mobile de traitement intervient actuellement sur cinq sites : Maera, Fabrègues, Cournonterral, Villeneuve-lès-Maguelone et Saint-Georges-d’Orques.
Une fois filtrée selon différents procédés, cette eau recyclée est proposée pour des usages variés : nettoyage de voirie, alimentation des citernes de pompiers, arrosage des espaces verts ou irrigation agricole. La Métropole ambitionne de produire 111 000 mètres cubes d’eau recyclée par an, réduisant d’autant la pression sur la ressource en eau potable dans une région soumise à des épisodes de sécheresse croissants.














