Deux visages monumentaux se font face dans la nef de l’ancienne église. Les yeux clos, un doigt posé sur les lèvres, ils appellent au silence. Avec « Mirage », le sculpteur catalan Jaume Plensa investit le Carré Sainte-Anne jusqu’au 1er novembre 2026, pour une exposition d’art contemporain pensée sur mesure pour ce lieu si particulier de l’Écusson.
Le Carré Sainte-Anne poursuit son ambition contemporaine
Après la spectaculaire installation participative de l’artiste JR en 2025, le Carré Sainte-Anne continue de transformer son ancienne église en écrin pour la création actuelle. L’édifice montpelliérain, construit à la fin du XIXe siècle comme symbole de réconciliation entre catholiques et protestants, accueille cette fois une proposition radicalement opposée à celle de l’an passé.
Là où JR saturait l’espace de mille images, Plensa fait le choix du vide et de la suspension. L’exposition a ouvert ses portes le 3 juin et s’étend sur cinq mois, jusqu’au cœur de l’automne. Les Montpelliérains disposent donc de tout l’été pour découvrir ce dialogue inédit entre une œuvre et une architecture.
Des œuvres qui invitent au recueillement
Au centre de la nef, deux têtes géantes en maille d’acier inoxydable, Invisible Laura et Invisible Ruirui (2018), se répondent. Hautes de plusieurs mètres, elles semblent à la fois présentes et immatérielles. Le regard traverse leurs volumes ajourés. La lumière qui les baigne dessine des ombres mouvantes sur les murs de pierre.
Dans les collatéraux, deux gisantes d’albâtre prolongent cette atmosphère méditative. Le rêve de Martine et Le rêve d’Isolde (2025) évoquent discrètement l’histoire de l’art religieux qui hante encore les lieux. Dans le chœur, trois visages sculptés dans le bois, Maria, Zvetlana et Keying, accueillent les visiteurs les paupières baissées, comme une invitation insistante à ralentir. Chaque salle impose son propre tempo, loin de l’agitation de la rue voisine.
Né à Barcelone en 1955, Jaume Plensa compte parmi les figures majeures de la sculpture contemporaine. Ses œuvres se déploient dans l’espace public de Chicago à Taipei, en passant par Londres et Madrid. La célèbre Crown Fountain du Millennium Park de Chicago reste l’une de ses réalisations les plus emblématiques. À Antibes, son Nomad domine les remparts depuis 2010, preuve de son attachement à la Méditerranée.
« Parler plus profondément, au lieu de parler plus fort »
Le commissaire de l’exposition, Numa Hambursin, décrit le projet comme une rencontre rare entre l’œuvre de l’artiste et l’architecture du Carré Sainte-Anne. Les transparences des Invisibles prolongent les élans verticaux de la nef. Les visages de bois répondent aux tonalités des décors muraux. Rien n’est démonstratif. Les sculptures semblent plutôt révéler des caractères déjà présents dans l’édifice. Les gisantes d’albâtre dialoguent ainsi avec le passé religieux du Carré Sainte-Anne sans jamais le commenter frontalement.
Pour Plensa, ce silence n’a rien d’un refuge passif. Il s’agit d’une autre manière d’être présent au monde, face au vacarme médiatique et numérique qui sature notre quotidien.
« Nous sommes dans un moment particulier pour le monde, la politique et la société. Tout est extrême et violent. Je crois au contraire qu’il est nécessaire de parler plus profondément, au lieu de parler plus fort. »
Jaume Plensa, artiste
Cette recherche autour du langage et de ses limites traverse toute l’œuvre du Catalan. Alphabets entrelacés, visages aux yeux clos, silhouettes méditatives : son univers interroge depuis des années l’identité, la mémoire et l’intériorité. La vidéo de présentation ci-dessous permet de découvrir l’ambiance de l’installation avant la visite.
Une exposition gratuite tout l’été
« Mirage » se visite gratuitement du 3 juin au 1er novembre 2026, tous les jours de 10h à 18h, au Carré Sainte-Anne, 2 rue Philippy, en plein cœur de l’Écusson. L’accès libre fait de cette installation l’une des sorties culturelles incontournables de la saison estivale dans la capitale héraultaise. Le format de l’installation, à la fois contemplatif et accessible, s’adresse aussi bien aux familles qu’aux amateurs d’art contemporain.
Le lieu confirme sa place dans le paysage artistique local aux côtés du musée Fabre et du Pavillon Populaire, qui accueille en parallèle les Boutographies. De quoi composer un véritable parcours d’expositions pour les amateurs d’art de la métropole.















