Le 48e Cinemed a refermé samedi une édition que son équipe n’oubliera pas de sitôt. Privé du Corum depuis les intempéries du 30 septembre puis amputé de sa cérémonie de palmarès par la mobilisation du 24 octobre, le Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier a tout de même rendu son verdict. L’Antigone d’or revient à Dua, de la cinéaste kosovare Blerta Basholli.
Blerta Basholli décroche un deuxième Antigone d’or à Montpellier
Dua est une coproduction entre le Kosovo, la Suisse et la France, d’une durée de 1 h 41. Le film suit une adolescente de 13 ans à Pristina, à la fin des années 1990, à l’approche de la guerre et sur fond de tensions ethniques qui s’exacerbent. Le festival l’avait programmé deux fois au centre Rabelais, le 18 puis le 23 octobre.
Pour sa réalisatrice, le trophée a un goût de retour. Blerta Basholli avait déjà reçu l’Antigone d’or en 2021 pour Hive, son premier long métrage, celui-là même qui avait raflé le Grand Prix, le prix de la mise en scène et le prix du public à Sundance. Dua arrive à Montpellier auréolé du prix SACD décerné à la Semaine de la Critique cannoise. Le Kosovo en a fait son candidat pour l’Oscar du meilleur film international.
Le jury était présidé par le réalisateur Thierry Klifa, entouré de la comédienne et réalisatrice Laetitia Dosch, des comédiens Suzanne Jouannet et Idir Azougli, ainsi que du producteur Romain Rousseau. Ils étaient neuf longs métrages de fiction en lice. La dotation s’élève à 15 000 €, versés par Montpellier Méditerranée Métropole : 10 000 € pour le distributeur français du film, 5 000 € pour la réalisatrice.
Douze prix et des films palestiniens à plusieurs lignes du palmarès
Le palmarès publié par le festival compte douze récompenses et deux mentions spéciales, réparties entre les longs métrages de fiction, les documentaires et les courts métrages. Des films palestiniens occupent plusieurs de ses lignes, du documentaire au court métrage.
- Prix de la Critique Crédit Agricole : Chronicles from the Siege, d’Abdallah Al-Khatib
- Prix du Public Cours Florent : Voyage au pays des blancs, de Dani Sancho
- Prix étudiant de la première œuvre : Furies, de Rami Kodeih
- Prix des activités sociales de l’énergie : I Matter, d’Alina Serban
- Prix des exploitants La Gazette de Montpellier : Les Filles d’Abraham, de Hanaël El Yousfi
- Prix Ulysse Decipro, documentaire : Habibi Hussein, d’Alex Bakri
- Grand prix du court métrage : Intersecting Memory, de Shayma’ Awawdeh
Chez les courts, le public a distingué Signature, de Brahim Fritah. Le prix Jeune public de la Ville de Montpellier, remis par un groupe de lycéens, est allé à Petite Frappe, d’Arnaud Jabouin, avec une mention pour Kentucky Gaza, d’Omar Rammal. Canal+ a choisi d’acheter Left Behind, Still Standing, de la cinéaste Vida Skerk. Le prix JAM de la meilleure musique récompense Fabienne Van Eck pour la bande originale de Conversation With The Sea.
La cérémonie du palmarès sacrifiée à la journée de mobilisation
Rien de tout cela n’a été annoncé sur scène. Au nom de la sécurité des spectateurs, de ses équipes et de ses invités, face aux manifestations attendues ce samedi, le festival a décidé dès le 22 octobre d’arrêter toutes ses projections à 14 h. La cérémonie du palmarès, programmée le soir, a été purement annulée. Les organisateurs ont prévenu que le verdict tomberait samedi soir, par newsletter puis sur leur site et leurs réseaux sociaux.
Le film de clôture, lui, a été sauvé. 7 h 40 ce matin-là, que signe Nicole Garcia, est passé de 20 h à 11 h, dans les salles 1 et 7 du Pathé Comédie. La réalisatrice était présente. Les équipes du festival ont réécrit en urgence toute la journée du samedi pour conserver la plupart des séances annoncées.
Ce n’était pas la première contrariété du genre. Le 17 octobre déjà, le Cinemed avait annulé ses projections de l’après-midi, puis renoncé à reprendre à 20 h 30 devant la tournure des affrontements. Cette journée avait rassemblé jusqu’à 35 000 personnes selon la préfecture, 40 000 selon les syndicats, avant que le centre-ville ne bascule en fin d’après-midi.
« Un festival qui aurait pu s’interrompre en cours tous les jours car chaque jour a apporté son lot de problématiques insolubles. Il nous a fallu refaire les grilles horaires cinq fois, les chauffeurs ont galéré dans les embouteillages comme jamais, la billetterie a dû en permanence rassurer et convaincre les spectateurs… »
Christophe Leparc, directeur du Cinemed, lors du cocktail de clôture à l’Opéra-Comédie, propos rapportés par Midi Libre
Christophe Leparc a tenu à remercier les bénévoles « sans lesquels ce festival n’aurait pu avoir lieu ». Le directeur reconnaît sortir de l’édition « épuisés et un peu frustrés de cette fin au goût d’inachevé ».
Un festival déplacé et un film montpelliérain reparti sans trophée
Le décor de cette 48e édition avait changé bien avant la manifestation. Les pluies du 30 septembre ont mis le Corum partiellement hors d’usage et le palais des congrès a été fermé par arrêté municipal pour plusieurs semaines. Le festival a basculé en urgence vers le Pathé Comédie et le centre Rabelais.
Dans ces conditions, le programme est resté copieux : 239 films, dont 116 longs métrages et 123 courts, venus de tout le bassin méditerranéen. L’édition précédente avait établi un record de fréquentation avec 65 000 entrées.
Une curiosité locale manque à l’appel du palmarès. Des femmes comme les autres, de Dominique Cabrera, entièrement tourné à Montpellier, concourait pour l’Antigone d’or avec Yolande Moreau et Hélène Vincent au générique. Le film ne figure sur aucune ligne de la liste publiée par le festival.
Côté professionnel, les Cinemed Meetings ont tenu leurs trois journées du 20 au 22 octobre. La bourse principale d’aide au développement, dotée de 8 000 € par le Centre national du cinéma, est allée au projet de deuxième long métrage du Turc Serhat Karaaslan, Les Criminels. Le palmarès complet est consultable sur le site du festival.















