La Métropole de Montpellier vient de publier un point d’étape sur sa filière jeu vidéo et le constat ne souffre pas de discussion : la capitale héraultaise s’impose comme l’un des grands pôles français du secteur. Avec près de 700 professionnels, plus de 60 studios actifs et un Fonds d’aide ICC qui multiplie les succès commerciaux, l’écosystème local change de dimension.
De Clair Obscur chez Sandfall Interactive aux jeux signés The Game Bakers, Wild Sheep Studio ou Fireplace Games, la liste des productions remarquées s’allonge chaque trimestre. Tour d’horizon d’une filière qui a basculé dans une autre ligue.
Le Fonds d’aide ICC, levier décisif pour les studios indépendants
Lancé en 2022 par Montpellier Méditerranée Métropole, le Fonds d’aide à la création des Industries culturelles et créatives (ICC) est doté de 720 000 euros par an. Il accompagne les projets dans l’animation, la fiction, le documentaire, l’expérience immersive et le jeu vidéo, en phase de développement comme de production.
Ce dispositif a déjà permis à huit jeux de voir le jour. Quatorze autres sont actuellement en développement. Pour les studios indépendants, le coup de pouce financier change la donne en amont d’une production où chaque mois pèse lourd sur la trésorerie.
« L’obtention du Fonds d’aide de la Métropole a constitué un levier décisif auprès des banques. Mais au-delà de l’aspect pratique, ce Fonds représente un signal fort de la part de la collectivité, la preuve qu’elle croit en nous. C’est extrêmement motivant. »
Alice Ourliac, responsable financière de The Game Bakers
À noter : un porteur de projet peut déposer jusqu’à trois dossiers par session et bénéficier de trois financements maximum sur une même année.
Cairn, Adorable Adventures, Tides of Tomorrow : la salve 2026 des studios montpelliérains
Les sorties récentes confirment la régularité de la production locale. Sorti le 29 janvier 2026, Cairn, le jeu d’escalade de The Game Bakers, a séduit plus de 500 000 joueurs selon les chiffres communiqués par le studio. Il vient clôturer une trilogie sur la liberté entamée avec Furi et Haven.
Le 30 avril, c’est Wild Sheep Studio qui sortait son tout premier jeu, Adorable Adventures, une aventure contemplative inspirée des Cévennes. Le joueur y incarne Boris, un jeune marcassin parti à la recherche de sa famille après un incendie de forêt.
« C’est un jeu à la fois pédagogique et apaisant, destiné autant aux enfants qu’aux adultes. Derrière son aspect ludique, il invite aussi à une réflexion sur l’environnement. »
Céline Tellier, fondatrice et directrice artistique de Wild Sheep Studio
DigixArt, déjà couronné en 2022 pour Road 96, vient d’enchaîner avec Tides of Tomorrow, salué pour son sens de la narration. Du côté de Castelnau-le-Lez, Carpool Studio prépare son premier projet et recrute déjà des testeurs volontaires pour orienter le gameplay.
Sandfall et l’effet Clair Obscur, le séisme de 2025
Le déclic médiatique mondial est venu d’un studio de la cité surdouée : Sandfall Interactive. Sorti le 24 avril 2025, Clair Obscur : Expedition 33 a écoulé près de 8 millions d’exemplaires en un an et raflé les principales distinctions internationales, dont neuf prix aux Game Awards 2025, un record absolu pour un seul titre.
Fondé en 2020 par Guillaume Broche, ancien d’Ubisoft Montpellier, le studio a fait passer la ville d’une discrétion polie à une visibilité planétaire. Pour la filière locale, l’onde de choc se mesure dès aujourd’hui : recrutements, partenaires éditeurs et investisseurs cherchent désormais à s’implanter à Montpellier.
Plus de 22 trophées Pégases (l’équivalent des César du jeu vidéo) ont été décernés à des studios montpelliérains depuis la création de la cérémonie en 2020. Une régularité rare dans le paysage français.
Sur les épaules d’Ubisoft : 700 professionnels et un écosystème complet
L’histoire vidéoludique de la métropole commence en 1994 avec l’arrivée d’Ubisoft à Castelnau-le-Lez. Dans le sillage du géant français, plus de soixante studios ont émergé, souvent fondés par d’anciens collaborateurs partis tenter l’aventure indépendante. Près de 700 professionnels travaillent aujourd’hui dans la filière sur le territoire métropolitain.
Cet écosystème s’appuie sur des écoles spécialisées reconnues, à l’image de la Cité Créative installée sur l’ancien site militaire de Montcalm. Le secteur reste porteur : selon le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs, le jeu vidéo est devenu la première industrie culturelle en France, avec un chiffre d’affaires supérieur à 6 milliards d’euros, devant le cinéma et la musique enregistrée.
Pour les Montpelliérains, le bénéfice est concret : emplois qualifiés, attractivité internationale, développement de filières connexes (motion capture, sound design, formation). Le pari de la Métropole sur ce secteur, longtemps jugé secondaire, paye désormais sur tous les tableaux. Pour comprendre le détail du dispositif et ses critères, la Ville détaille les modalités du Fonds d’aide ICC sur son site officiel.
Reste maintenant à transformer l’essai. Avec le succès historique de Sandfall en 2025, la trajectoire de Cairn et la vitalité des nouveaux entrants, Montpellier dispose désormais d’arguments solides pour figurer durablement sur la carte mondiale du jeu vidéo. La prochaine étape se jouera sur la fidélisation des talents et la consolidation des studios qui montent.











