Le CHU de Montpellier va devenir le premier hôpital français à déployer une intelligence artificielle souveraine intégrée à son système d’information. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a confirmé le 9 avril un financement public de 14,9 millions d’euros pour lancer Alliance Santé IA, un projet porté par l’établissement montpelliérain avec la société ADLIN Science.
Ce soutien, débloqué dans le cadre du programme France 2030, vise à faire du CHU la vitrine nationale d’une IA hospitalière maîtrisée de bout en bout. Un dossier qui intéresse bien au-delà de la capitale héraultaise.
Un projet pilote doté de 14,9 millions d’euros
L’annonce a été faite depuis Nantes lors de la 9e étape du Tour de France de l’innovation en santé. Le financement provient du Secrétariat général pour l’investissement et de l’Agence de l’innovation en santé, deux bras opérationnels de France 2030. Sur un budget global de 18 millions d’euros, 14,9 millions seront apportés par l’État.
Le CHU pilote l’opération avec la société montpelliéraine ADLIN Science, épaulés par un consortium de référence réunissant le Cinès, Inria, AnaHealthcare et Numalis. Un partenariat structurant a également été noué avec l’hébergeur français Scaleway pour assurer la souveraineté des données. Le projet bénéficie du soutien de MedVallée, de la Métropole de Montpellier et de la Région Occitanie.
Des cas d’usage déjà testés aux urgences pédiatriques
Alliance Santé IA n’est pas un projet de laboratoire. Dès septembre 2025, un essai clinique a démarré aux urgences pédiatriques du CHU avec cent vingt familles volontaires. L’objectif : automatiser la documentation médicale, les prescriptions et les lettres de sortie pour redonner du temps aux soignants.
Trois autres terrains sont ciblés à court terme. Au bloc opératoire, l’IA doit vérifier les checklists de sécurité, générer les comptes rendus et coder les actes. En médecine ambulatoire, elle servira à synthétiser l’historique patient et à produire des ordonnances normalisées. Les fonctions supports de l’hôpital, de la pharmacie aux admissions, sont aussi dans le périmètre.
Une infrastructure technique entièrement maîtrisée
La singularité du projet tient à son architecture. Les données resteront hébergées sur une plateforme certifiée HDS (Hébergeur de Données de Santé). Les calculs seront réalisés sur un cluster haute performance équipé de huit cartes graphiques GPU H100 fournies par Dell Technologies. De quoi faire tourner en interne des modèles d’intelligence artificielle sans dépendre d’un prestataire américain.
Le CHU capitalise sur une brique existante : ERIOS Assistant, un agent conversationnel souverain déjà intégré au dossier patient informatisé. Cet outil, développé au sein du centre ERIOS créé en 2022, a valeur de laboratoire vivant. Les équipes montpelliéraines y travaillent depuis plusieurs années, avec l’ambition affichée d’un modèle « souverain, gouverné et réplicable » dans d’autres hôpitaux français.
Une promesse de temps soignant, sous surveillance des syndicats
La direction du CHU met en avant un bénéfice concret pour les équipes : décharger les professionnels de santé des tâches administratives chronophages. L’argument est stratégique à l’heure où les hôpitaux publics peinent à recruter.
« L’IA hospitalière, qui n’a pas vocation à remplacer des personnels, doit changer la pratique hospitalière en l’améliorant. »
Anne Ferrer, directrice générale du CHU de Montpellier
Les représentants syndicaux restent attentifs. Leur position se résume à une formule lâchée à la sortie de la réunion d’information : « S’il n’y a pas de suppressions de poste, on dit banco ». L’équation qui se joue dans les prochains mois portera autant sur la technologie que sur la confiance entre la direction et les Montpelliérains qui travaillent dans l’établissement.
Prochaine étape : le lancement officiel le 16 juin
Le CHU et ses partenaires se donnent rendez-vous le 16 juin à Montpellier pour un événement de lancement officiel. Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement en charge de France 2030, est attendu. Cette dernière étape du Tour de France de l’innovation en santé doit permettre de présenter publiquement les premiers résultats et le rôle de chaque membre du consortium.
Pour les patients de la métropole, les premiers effets concrets pourraient arriver dès la fin de l’année 2026. Le déploiement se fera service par service, en commençant par les unités déjà engagées dans l’expérimentation. Le CHU avait déjà renforcé ses urgences pédiatriques en mars et s’inscrit clairement dans une dynamique de modernisation accélérée.
Le projet Alliance Santé IA est documenté en détail sur le site officiel du CHU de Montpellier.







