Montpellier Info

Toute l'actualité de Montpellier et sa région en direct

Taxe foncière 2026 : la Métropole de Montpellier multiplie son taux par 36

Le conseil de Métropole de Montpellier a voté le 28 avril 2026 une hausse spectaculaire de la part intercommunale de la taxe foncière : le taux passe de 0,16 % à 5,8 %, soit une multiplication par 36. Les 31 communes de l’agglomération sont concernées. Les propriétaires découvriront la facture à l’automne, sur leurs avis d’imposition d’octobre.

De quelques euros à plusieurs centaines : ce que vous paierez en plus

Jusqu’en 2025, la part que percevait la Métropole sur chaque taxe foncière représentait une somme quasi symbolique. Pour un appartement de 45 m², elle s’élevait à environ 3 euros par an. Pour un logement de 70 m² en centre-ville, elle atteignait à peine 5 euros. Une exception nationale que Renaud Calvat, vice-président délégué aux Finances, qualifiait lui-même de « taux particulièrement bas par rapport à d’autres villes ».

À partir d’octobre 2026, la facture change radicalement de dimension. Pour ce même appartement de 45 m², la part métropolitaine bondira à 109 euros. Pour le 70 m² du centre-ville, elle passera à 181 euros. Pour une maison de 90 m², la note atteindra 290 euros. S’y ajoutent la revalorisation nationale automatique des bases cadastrales, fixée à 0,8 % pour 2026, ainsi qu’une probable hausse de la taxe Gemapi, destinée à la protection contre les inondations, que le gouvernement souhaite porter à 50 euros par personne.

L’opposition conteste les chiffres avancés par la majorité. Rhany Slimane, conseiller métropolitain LFI, estime que certains propriétaires pourraient voir leur taxe globale augmenter de 350 à 1 000 euros par an, selon la taille et la valeur du bien.

READ  Conseil municipal d'installation : Delafosse réélu maire, 33 nouveaux visages parmi les 69 élus

Une promesse de campagne… et une distinction technique

Pendant la campagne des municipales de mars 2026, Michaël Delafosse s’était engagé à ne pas augmenter la taxe foncière. La part communale, fixée à 52,63 % depuis 2020, reste effectivement inchangée. Mais la taxe foncière repose sur deux lignes distinctes : celle que vote la commune et celle que vote séparément l’intercommunalité. C’est sur cette seconde colonne, relevant de la seule Métropole, que la hausse a été actée.

La subtilité n’a pas échappé à l’opposition. Salim Jawhari, conseiller issu de la liste Mohed Altrad, a dénoncé une « rupture avec la parole donnée », rappelant que la majorité s’était engagée, lors du débat d’orientation budgétaire 2025, à « ne pas toucher à la taxe foncière ». Virginie Martos-Ferrara, maire de Villeneuve-lès-Maguelone et élue de la majorité, a elle-même reconnu l’inconfort de la situation.

« On a été élus en promettant de ne pas augmenter les impôts. Mais nous prendrons nos responsabilités en votant pour le budget. »

Virginie Martos-Ferrara, maire de Villeneuve-lès-Maguelone

L’opposition parle de « déni de démocratie »

Les critiques sont venues de plusieurs bords. Antoine Bertrand, élu du groupe LFI – Verts populaires, a haussé le ton lors des débats en conseil de Métropole.

« C’est une forme de déni de démocratie, qui intervient un mois après les élections municipales. Si vous aviez l’intention d’augmenter la fiscalité, il fallait le dire pendant la campagne, il faudra maintenant l’assumer devant vos électeurs. »

Antoine Bertrand, élu LFI – Verts populaires au conseil de Métropole

Roger Caizergues, maire de Lavérune, a préféré s’abstenir, estimant que « la temporalité retenue est trop resserrée ». D’autres voix encore, comme celle de Guy Lauret, maire de Vendargues, ont questionné la justice fiscale d’une hausse pesant sur les seuls propriétaires, sans distinction de revenus.

READ  Marels : 200 policiers délogent le narcotrafic à Montpellier

Une collectivité financièrement étranglée, selon la majorité

La Métropole justifie cette hausse par une situation financière présentée comme structurellement déséquilibrée. La dotation globale de fonctionnement versée par l’État à l’agglomération montpelliéraine s’élève à seulement 85 euros par habitant, la plus basse de toutes les métropoles françaises. Un alignement sur la médiane nationale représenterait 20 millions d’euros supplémentaires par an pour la collectivité.

À cela s’ajoutent 12,4 millions d’euros de recettes retirés par l’État en 2025 et 2026, auxquels s’ajoutent 19 millions d’euros prélevés chaque année depuis 2010 au titre de la suppression de la taxe professionnelle. Dans ce contexte, la Métropole gère un périmètre de compétences très étendu : 350 millions d’euros pour les mobilités, 128 millions pour les déchets, 76 millions pour la culture (dont les 15 médiathèques du réseau) et 41 millions pour le sport, dont l’entretien de 15 piscines métropolitaines. Le coût de fonctionnement par habitant atteint 1 095 euros, contre 600 euros en moyenne nationale.

Michaël Delafosse a répondu aux critiques d’une formule directe lors des débats :

« Quel service public doit-on réduire ? Quel service public doit-on fermer ? Fermer l’une des quinze piscines ou des quinze médiathèques de la Métropole, personne ne l’a proposé. L’impôt n’est jamais agréable : il permet de créer du commun. »

Michaël Delafosse, président de la Métropole de Montpellier

La hausse doit générer 44 millions d’euros de recettes supplémentaires pour la collectivité. Le budget primitif 2026 de la Métropole, voté lors de la même séance, s’établit à 1,7 milliard d’euros pour un programme d’investissements réduit à 371 millions, contre 482 millions en 2025.

READ  Budget 2026 : Montpellier adopte 718 millions d'euros entre ambitions et critiques à gauche

Un taux encore très inférieur à celui de Toulouse ou Strasbourg

Renaud Calvat a insisté sur un élément de comparaison : malgré la hausse, le taux intercommunal de Montpellier reste bien inférieur à celui des autres grandes agglomérations françaises. L’Eurométropole de Strasbourg, ville comparable en taille, applique un taux de 4,60 %. Toulouse Métropole se situe à 13 %, soit plus du double du taux désormais voté à Montpellier.

Les élus écologistes Grégoire Delforge et Manu Reynaud, qui ont voté en faveur du budget, ont néanmoins demandé que cette hausse s’inscrive « dans une réflexion de plus long terme », notamment sur la trajectoire du taux pour les sept prochaines années. Une façon d’appeler à ne pas en rester là d’ici à 2032.