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Othman Garrido : le djihadiste montpelliérain jugé à Paris pour assassinat terroriste

Façade de la cour du Mai au palais de justice de Paris

Parti de La Paillade à 18 ans pour la Syrie, il n’est rentré en France qu’en 2020, expulsé par la Turquie après huit années en zone irako-syrienne. Othman Garrido, Montpelliérain de 32 ans, est jugé à partir de ce lundi 14 septembre par la cour d’assises spéciale de Paris. Assassinat, meurtres en bande organisée : les crimes qui lui sont reprochés ont été commis en Irak et en Syrie. Les débats sont programmés jusqu’au 22 septembre et la peine maximale encourue est la perpétuité.

Huit ans en zone irako-syrienne

Né en janvier 1994, Othman Garrido a passé son enfance dans le quartier de La Paillade, au sein d’une famille baignant dans l’idéologie djihadiste, résume l’AFP. La même source indique qu’il quitte l’école à 12 ans pour aller travailler sur les marchés aux côtés de son père.

Le départ intervient en 2012. Le jeune homme rejoint d’abord Jabhat al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, puis bascule vers l’État islamique après la scission entre les deux organisations. Là-bas, il se fait appeler « Abou Salman al Faransi ».

Sa famille suit le même chemin. L’AFP indique que son père, converti d’origine franco-espagnole, s’est fait exploser en 2016 et que ses deux frères sont morts les armes à la main. Midi Libre situe pour sa part le décès du père lors d’un attentat suicide à Baghouz. Il est aujourd’hui le seul survivant de sa famille, toujours selon l’AFP.

Son visage apparaît dès novembre 2014 dans une vidéo de propagande de l’État islamique. Le document, relevé par Midi Libre, montre trois jeunes Français brûler leur passeport et appeler leurs compatriotes à frapper le territoire national.

Un téléphone, 78 photos et un index levé

L’accusation repose pour l’essentiel sur un appareil. Un téléphone considéré comme celui de son épouse religieuse a été récupéré à Baghouz, en Syrie, puis remis aux enquêteurs français sur un disque dur par les Américains, à la tête de la coalition qui a fait tomber Daech en 2019. Les fichiers contiennent 78 photos d’Othman Garrido.

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Un cliché concentre l’accusation d’assassinat. Un foulard masque une partie du visage de l’homme qui pose au-dessus d’un corps décapité. La tête de la victime est posée à ses pieds. L’individu lève l’index vers le ciel dans le signe d’allégeance à Daech et présente du sang sur les mains. Pour l’enquête, il s’agit de l’auteur du crime.

Le second volet du dossier porte sur l’exécution publique de deux ressortissants iraniens, en 2015 à Al-Qaryatayn, dans le centre de la Syrie. Une série de photos montre un groupe de combattants posant autour des corps, les têtes tranchées déposées sur les cadavres. Othman Garrido y sourit, un bras sur l’épaule de chacun des deux exécuteurs, les Français Yacine Rettoun et Oumar Diaw, présumés morts depuis. D’autres clichés le montrent à bord du pick-up qui conduit les deux hommes vers l’endroit de leur exécution. Il admet avoir été présent au moment des faits.

« Il ne faut pas faire dire à une photo plus que ce qu’elle dit »

La défense attaque frontalement la valeur probante de ces images. L’accusé a admis une ressemblance sur la photo de l’assassinat, tout en démentant en être l’auteur. Il a un temps évoqué la possibilité qu’il s’agisse de l’un de ses frères.

Les éléments techniques laissent une marge. Le cliché n’est ni daté ni géolocalisé, l’identité de la victime demeure inconnue et les experts ne sont pas parvenus à identifier formellement l’homme masqué.

« Il ne faut pas faire dire à une photo plus que ce qu’elle dit. »

« Même à supposer que ce soit lui sur la photo, ça ne permet pas de dire qu’il est l’assassin. »

Me Antoine Ory, avocat d’Othman Garrido

Son conseil plaide aussi une évolution en détention. Psychiatres et psychologues ont relevé qu’il semblait avoir amorcé, en détention, une prise de distance avec le discours djihadiste. En avril 2023, l’administration pénitentiaire notait qu’il paraissait avoir entamé une « déconstruction idéologique ». « Garrido a fait un chemin, et est engagé dans une démarche sincère », assure Me Ory.

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L’Hérault, premier pourvoyeur de départs vers la Syrie

Le dossier renvoie à une réalité départementale rarement mise sur la table. En décembre 2022, Midi Libre rapportait que, selon les services de l’État, aucun département français n’avait vu partir autant de familles vers la Syrie. « Entre cinquante et cent personnes » originaires de l’Hérault ont rejoint les rangs de l’État islamique, indiquaient alors ces mêmes services. Hugues Moutouh, à l’époque préfet du département, en tirait un constat sans détour.

« C’est pour cela que je dis que l’on n’est pas dans un département anodin. Ce noyau qui est parti c’étaient les plus déterminés. Mais des structures associatives ont favorisé cela. Il y a un environnement, un terreau. »

Hugues Moutouh, alors préfet de l’Hérault, en décembre 2022

À l’échelle nationale, environ 1 500 Français ont rejoint les zones contrôlées par le califat autoproclamé. La menace reste une préoccupation locale permanente : la préfecture de l’Hérault a encore simulé une attaque terroriste au centre commercial d’Odysseum le 24 mars dernier, pour tester la coordination des secours montpelliérains.

Le cas Garrido occupe une place singulière dans le paysage judiciaire antiterroriste. Le Monde note que deux combattants français de l’État islamique seulement, encore vivants, ont été mis en accusation devant des assises à raison d’une mise à mort publique en Syrie : Othman Garrido et Tyler Vilus. Ce dernier a écopé de la perpétuité en appel, le 21 septembre 2021.

Un second procès le 22 septembre

Le parcours judiciaire d’Othman Garrido a été long. Un mandat d’arrêt le visait depuis 2016. La Turquie l’a renvoyé vers la France en octobre 2020 : mise en examen dans la foulée, puis placement en détention provisoire, toujours en vigueur lors de l’arrêt de novembre 2024. La mise en accusation a été prononcée mi-juillet 2024 par les magistrats instructeurs du pôle antiterroriste. La chambre de l’instruction l’a validée le 6 novembre de la même année.

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Devant la cour d’assises spéciale, formation spécialement composée, sans jury populaire, il devra répondre de faits qui s’étendent de janvier 2013 à juillet 2020 :

  • assassinat d’une personne en relation avec une entreprise terroriste
  • meurtre de deux personnes en bande organisée, en relation avec une entreprise terroriste
  • association de malfaiteurs terroriste criminelle

Une seconde audience est prévue le 22 septembre. En avril 2017, alors qu’il se trouvait encore en Syrie, Othman Garrido écopait par défaut de quinze années de réclusion. Les juges retenaient alors son ralliement à Daech, sa présence à des entraînements puis à des combats, ainsi que ses appels lancés aux musulmans de France pour qu’ils passent à l’acte. Il a fait opposition à ce jugement, ce qui lui ouvre le droit d’être rejugé en sa présence.

La question de la qualification pénale traverse d’autres dossiers montpelliérains. Dans l’affaire Doualemn, le rapporteur public du tribunal administratif de Paris estimait début septembre que les propos de l’influenceur, « graves et condamnables », ne suffisaient pas à caractériser une entreprise terroriste. Le dossier jugé cette semaine à Paris relève d’une tout autre catégorie de faits.