Une élève de CE1 atteinte d’autisme a quitté seule son école de Montpellier en pleine journée, sans que personne ne la voie sortir. La fillette de 8 ans a été retrouvée par hasard par son père, à plusieurs centaines de mètres de l’établissement. Le rectorat reconnaît les faits et met en cause un portail hors d’usage, plus d’un mois après un incident que les parents n’ont appris ni par un appel ni par une alerte.
Retrouvée dans la rue par son propre père
Les faits remontent au mardi 8 septembre, selon le récit de la famille recueilli par Midi Libre. Le père de la fillette roulait dans les rues du quartier Saint-Martin lorsqu’il a aperçu son enfant dans la rue. Elle était censée se trouver en classe à l’école Diderot, à 800 mètres de là d’après sa mère.
Scolarisée en CE1, l’enfant est autiste. La mère décrit un trajet qui aurait pu mal tourner.
« Elle n’a aucune conscience du danger et ne peut même pas s’exprimer. Là, elle a traversé plusieurs routes et un parc mal fréquenté. »
La mère de l’élève, auprès de Midi Libre
Le père s’est présenté à l’école dans la foulée. Sa femme rapporte ce qu’il y a trouvé : « Quand il est arrivé, le personnel était en train de la chercher dans l’école. Personne ne l’avait vu sortir. Et surtout, personne ne nous avait prévenus de sa disparition, ni alerté la police… » Une réunion s’est tenue dix jours plus tard, le vendredi 18 septembre, avec la directrice de l’établissement et une représentante du rectorat.
Le rectorat invoque un accès hors d’usage
Interrogée par le quotidien, l’académie de Montpellier confirme l’incident et en détaille le déroulé. L’enfant se trouvait alors hors de la classe, accompagnée par son accompagnante d’élève en situation de handicap.
« L’enfant, qui manifestait des signes d’inconfort, avait été accompagnée par son accompagnante d’élève en situation de handicap (AESH) dans une contre-allée située entre l’école et le plateau sportif, afin de lui permettre de retrouver son calme. Au cours de ce temps d’accompagnement, l’enfant a échappé à la vigilance de son AESH et franchi un portail défectueux donnant vers l’extérieur. »
Le rectorat de l’académie de Montpellier, cité par Midi Libre
Toujours selon le rectorat, l’absence a déclenché des recherches immédiates de l’AESH puis l’alerte de la directrice, qui a mobilisé les personnels de l’école. L’institution assure que « des mesures ont été prises sans délai ». Les services municipaux ont remis l’ouverture en état dès le lendemain matin. La directrice a ensuite formalisé un protocole écrit qui porte sur la fermeture des accès, sur le suivi individuel de chaque enfant accompagné et sur les réflexes à appliquer quand un élève n’est plus localisé.
La DSDEN de l’Hérault « regrette cet incident » tout en le qualifiant de « caractère tout à fait exceptionnel dans la mesure où la sécurité des élèves est une priorité des personnels ». Elle affirme que les mesures renforcées sont désormais en vigueur. La version de la mère diffère sur un point : la directrice lui aurait indiqué que la sortie avait pu se produire pendant la récréation. Elle lui aurait aussi dit que « le portillon ne fermait pas depuis quelques jours ». L’académie situe l’épisode lors d’un temps d’accompagnement individuel.
Douze heures d’AESH par semaine, dans une école sans Ulis
Le dispositif d’accompagnement de l’élève éclaire le reste. Elle bénéficie d’un programme personnalisé avec une AESH à raison de douze heures par semaine, uniquement l’après-midi. Le reste du temps scolaire se déroule donc en classe ordinaire sans accompagnement dédié.
L’école Diderot, rue de la Bandido, ne dispose d’aucun dispositif d’unité localisée pour l’inclusion scolaire selon l’annuaire de l’éducation nationale. Le même fichier recense 27 écoles, 17 collèges et 5 lycées dotés d’un dispositif Ulis à Montpellier. Le syndicat SNUDI FO 34 comptait cet été 86 dispositifs Ulis dans le premier degré héraultais contre 72 dans le second. La pénurie touche aussi les accompagnants : il manquait au moins une AESH dans 24,2 % des collèges et lycées de l’académie au 4 septembre, selon le Snes-FSU.
La famille n’en est pas à sa première attente. Dès ses 3 ans, l’enfant disposait d’une notification pour un Sessad, ces services médico-sociaux qui suivent l’enfant hors des murs d’un institut. Aucune place ne s’est libérée. Une notification en institut médico-éducatif a suivi l’an dernier, également restée sans effet. La mère a demandé un transfert vers l’école Paul-Bert, où son fils est accueilli en classe Ulis. La proposition est à l’étude, sans réponse à ce jour. Elle refuse de remettre sa fille à Diderot.
« Près de 700 enfants » sans solution dans l’Hérault
Le même jour, Midi Libre publiait le témoignage d’une autre mère montpelliéraine. Christelle élève seule Gecyna, 11 ans, autiste non verbale, diagnostiquée à 3 ans. Après un institut adapté à Mauguio puis trois années en classe Ulis dans son école de secteur, la fillette a vu son temps scolaire fondre à deux matinées, faute d’AESH ou d’enseignant présent.
À cette rentrée, le collège de secteur a fait savoir qu’il n’avait pas les moyens de l’accueillir en Ulis. Sa mère lui fait désormais classe à la maison. Elle attend une place en institut médico-éducatif : « Elle n’a jamais pu avoir de place malgré une notification depuis l’âge de 6 ans. » Et d’ajouter, sur la scolarité ordinaire : « À l’école, ma fille n’a jamais pu participer à une sortie scolaire. Sa sécurité ne pouvait pas être garantie. »
Ces parcours ne sont pas isolés dans le département. L’Unapei 34, qui fait fonctionner 33 structures médico-sociales dans le département, a relancé en septembre sa campagne « J’ai pas école… mais j’y ai droit ! ». L’association estime que près de 700 enfants y seraient encore sans solution adaptée.
« Nous avons plus de 300 enfants devant la porte de nos établissements que nous ne pouvons pas accueillir faute de place. Il faudrait que l’État mette davantage de moyens dans nos structures »
Bernard Dessimoulie, président de l’Unapei 34
L’association a créé un service social chargé d’accompagner les familles dans leurs démarches. Elle participe également à la Communauté 360° de l’Hérault, qui réunit dix-huit associations du secteur du handicap pour orienter les personnes restées sans réponse. Son pôle enfance détaille les instituts et services qu’elle fait fonctionner dans le département.
D’autres dispositifs adaptés affichent complet dans le département. L’unique classe bilingue français-langue des signes de l’Hérault ne compte que sept places pour tout le département. Pour l’élève de Diderot, les réponses actées à ce jour tiennent en un accès remis en état, un protocole écrit et une demande de changement d’école toujours sans réponse.














