Montpellier Info

Toute l'actualité de Montpellier et sa région en direct

Liam, 3 ans, sourd profond, privé de rentrée à Montpellier

Classe bilingue du pôle d'enseignement des jeunes sourds à l'école Michel de l'Hospital de Montpellier

Ses parents ont quitté Reims pour que Liam, 3 ans, fasse sa première rentrée dans l’unique classe bilingue français-langue des signes de l’Hérault, à l’école Michel de l’Hospital de Montpellier. À quelques semaines de septembre, aucune place ne lui est proposée. La famille dénonce un dispositif saturé qui ne compte que sept places pour tout le département.

Une famille venue de Reims pour l’unique PEJS de l’Hérault

Liam est atteint d’une surdité profonde. Ses audiogrammes font état d’une perte auditive de 90 à 100 décibels et la Maison départementale des personnes handicapées lui reconnaît un taux d’incapacité de 80 %. Contrairement à ses parents Laura et Clément, tous deux sourds sévères et capables de communiquer oralement, le petit garçon ne perçoit aucun son. Sa langue est la langue des signes française.

Pour lui offrir une scolarité dans cette langue, la famille a tout quitté. Direction la capitale héraultaise, où l’école maternelle Michel de l’Hospital, à Port-Marianne, abrite depuis septembre 2024 le premier pôle d’enseignement des jeunes sourds (PEJS) de l’Hérault. Créé au niveau national en 2017, le dispositif permet aux enfants sourds d’apprendre en langue des signes au sein d’une classe qui mêle élèves sourds et entendants. L’encadrement y est pensé pour eux : une enseignante qui signe, une AESH collective elle-même malentendante et un professeur sourd du CESDA qui vient renforcer leur niveau de langue des signes.

Localisation : école Michel de l’Hospital, quartier Port-Marianne, Montpellier

Sept places pour tout un département

Le projet familial s’est heurté à un mur. Avant même le déménagement, la directrice avait prévenu que l’effectif était complet pour la rentrée 2026, tout en assurant qu’elle recontacterait la famille si une place se libérait. Une place s’est bel et bien libérée. Laura l’a appris par des parents d’élèves, a rappelé l’école et s’est vu répondre qu’aucune nouvelle admission n’était envisagée pour l’année 2026-2027, rapporte Midi Libre.

READ  Tentative d'enlèvement présumée au parc Charpak à Montpellier

La classe accueille 22 élèves, dont quinze entendants, pour sept places réservées aux enfants sourds. « En accueillant 15 enfants entendants dans cette classe de 22, on perd des places pour nos enfants sourds. 7 pour tout le département, c’est trop peu ! », s’agace la maman auprès du quotidien. Interrogée, l’académie de Montpellier défend un plafond fixé « afin de garantir la qualité des apprentissages et la mixité entre élèves sourds et élèves entendants ».

« Sa langue maternelle est celle des signes »

L’Éducation nationale oriente la famille vers une scolarisation en milieu ordinaire, dans l’école de secteur, avec l’appui d’une AESH. Ces accompagnantes d’élèves en situation de handicap avaient elles-mêmes dénoncé leur précarité lors d’une grève à Montpellier au début du mois de juin. La réponse est jugée inadaptée par les parents comme par les médecins : deux certificats concluent à l’impossibilité d’un accueil en école classique, l’un demandant explicitement une « scolarisation en PEJS car impossible en école ordinaire ». Un appareillage a été tenté puis abandonné après qu’un embout a blessé le tympan du petit garçon.

« Liam, lui, n’entend absolument rien. Il nous voit parler sans percevoir les mots. Aujourd’hui, sa langue, c’est la langue des signes. C’est comme ça qu’il comprend le monde. »

Laura, mère de Liam, au Métropolitain

Les parents savent de quoi ils parlent. Scolarisée en milieu ordinaire jusqu’en sixième, Laura garde le souvenir de cours incompris et de plusieurs années de harcèlement. Clément retient surtout la solitude d’un enfant qui ne suit pas les conversations de la cour de récréation. Leur crainte ne porte pas sur les apprentissages : à trois ans, on apprend surtout à jouer, à partager, à se faire des copains. C’est cette vie de groupe qu’ils ne veulent pas voir refusée à leur fils.

READ  Brevet 2026 : près de 88 % de réussite dans l'académie de Montpellier

Une vie de famille suspendue à une réponse

Le déménagement a déjà coûté 3 000 euros au couple. Clément, cuisinier de métier, a démissionné avant de quitter Reims et attend de connaître le sort de son fils pour chercher un poste dans la métropole. Laura ne travaille plus depuis la naissance de Liam. Sans solution en septembre, la famille devra organiser une année d’instruction à la maison qu’elle espère encore éviter. Le dossier rejoint les tensions apparues au printemps autour de la carte scolaire dans les écoles de Montpellier.

Une piste de repli existe à Poitiers, où les enfants sourds sont accueillis en PEJS à toute période de l’année et sans limite de places. Un nouveau départ que les parents redoutent d’avoir à financer. Le cas de Liam illustre une réalité plus large : selon l’enquête de la Drees citée par la Fondation pour l’Audition, près de 500 000 personnes vivent en France avec une surdité sévère ou profonde. Le cadre national du parcours de formation du jeune sourd promet pourtant à chaque famille le libre choix entre une communication bilingue et le français oral. À Montpellier, ce choix se joue désormais en quelques semaines, avant la rentrée.