Après une journée de grève nationale des assistants d’éducation ce mardi 2 juin, une nouvelle mobilisation se prépare pour les accompagnants d’élèves en situation de handicap le 9 juin. À Montpellier comme dans toute la région, les précaires de l’Éducation nationale font entendre leur voix face à des conditions de travail jugées indignes.
Le 2 juin, les AED mettent les vies scolaires à l’arrêt
Ce mardi 2 juin 2026, une intersyndicale réunissant huit organisations (CGT-Éduc’action, SNES-FSU, SUD Éducation, SGEN-CFDT, SE-UNSA) a appelé les assistants d’éducation à cesser le travail. Dans les collèges et lycées de l’Hérault, les surveillances, gestions de permanence et encadrements de cantine ont été perturbés, comme dans le reste du pays.
Les AED occupent des postes charnières dans les établissements : ils assurent l’encadrement et la surveillance des élèves durant le temps scolaire, gèrent les entrées et sorties, font le lien entre familles et administration. Pourtant, leurs conditions d’emploi restent précaires. Recrutés en contrats à durée déterminée renouvelables, ils ne peuvent prétendre à la CDIsation qu’après six ans d’exercice continu, soit le double du délai prévu pour les salariés du secteur privé.
La revendication phare de la journée du 2 juin porte sur les salaires. Malgré une série de mobilisations ces dernières années, aucune grille salariale nationale n’existe pour les AED. Chaque établissement, chaque chef d’établissement, fixe les éventuelles revalorisations au cas par cas. Certaines académies ont commencé à mettre en place des grilles locales ; le mouvement reste néanmoins très partiel.
« On est encore loin d’une discussion sur un vrai statut d’AED. »
Elena Blond, secrétaire nationale de la CGT-Éduc’action
Si les AED ont obtenu en 2022 le droit à une prime REP et REP+ dans les établissements classés en réseau d’éducation prioritaire, les syndicats estiment que ces avancées restent insuffisantes face à l’ampleur de la précarité. Le slogan retenu pour la journée, « Le 2 juin, mettons les vies scolaires à l’arrêt ! », résume la détermination des manifestants.
Le 9 juin, les AESH réclament un vrai statut de fonctionnaire
Une semaine plus tard, ce sont les accompagnants d’élèves en situation de handicap qui appellent à la grève. Le mardi 9 juin, une intersyndicale nationale demande à toutes les AESH ainsi qu’aux autres personnels solidaires de se mobiliser pour obtenir un vrai statut de la fonction publique.
La situation des AESH est particulièrement préoccupante : ces professionnels, qui permettent aux élèves en situation de handicap d’être scolarisés en milieu ordinaire, exercent en majorité 24 heures par semaine. Ce temps partiel, imposé par les contrats, génère un revenu mensuel d’environ 910 euros net, un salaire qui place nombre d’entre eux en dessous du seuil de pauvreté.
Une avancée, néanmoins, est intervenue en mai : pour la première fois, le ministère de l’Éducation nationale a ouvert le 20 mai un groupe de travail dédié à la fonctionnarisation des AESH. Mais les syndicats ont rapidement déchanté face aux contours envisagés par le ministère. Selon les organisations syndicales présentes, ce dernier n’envisagerait de fonctionnariser que 10 à 20 % des AESH, soit ceux qui accepteraient de passer à temps complet.
Cette condition pose un problème de fond. Passer un AESH à temps plein implique de lui attribuer de nouvelles tâches, au risque de dénaturer le cœur de son métier. Les syndicats s’inquiètent d’une dérive vers un poste d’« agent d’accessibilité » qui diluerait les missions pédagogiques actuelles.
« Une AESH qui a un élève avec des problèmes de vision adapte les documents pour que l’élève puisse les lire. Il y a tout un temps déjà effectué en dehors du temps de classe. »
Source syndicale intersyndicale AESH, citée par Basta!
Les AESH espèrent que leur mobilisation du 9 juin pèsera sur la prochaine réunion du groupe de travail ministériel. Dans l’académie de Montpellier, les syndicats de l’Éducation nationale avaient déjà obtenu des concessions, comme lorsque la Région Occitanie a finalement répondu au Snes-FSU sur la situation au lycée Joffre. Le ministère de l’Éducation nationale n’a pas répondu aux demandes de précision formulées par les organisations syndicales et les médias.
L’Hérault se mobilise pour ses précaires de l’école inclusive
Dans l’académie de Montpellier, la situation est représentative de la réalité nationale. Les établissements du premier et du second degré de l’Hérault comptent plusieurs centaines d’AED et d’AESH, dont beaucoup jonglent entre temps partiel contraint et incertitude sur le renouvellement de leur contrat. France 3 Occitanie a relaté la mobilisation de ce 2 juin dans la région, avec des rassemblements observés à Montpellier et à Nîmes. La mobilisation dans le monde éducatif local n’est pas nouvelle : début mai, enseignants, parents et lycéens du lycée Jules-Guesde avaient marché vers le rectorat pour dénoncer les suppressions de postes.
Les syndicats insistent sur un paradoxe : sans AED, la vie scolaire s’arrête ; sans AESH, des centaines d’élèves en situation de handicap ne peuvent pas accéder à leur classe. Ces personnels sont pourtant parmi les moins bien rémunérés et les moins sécurisés de l’Éducation nationale. La double mobilisation de juin vise à changer ce rapport de force, à quelques semaines des grandes vacances et alors que le gouvernement prépare son budget pour la rentrée 2026.
Pour les Montpelliérains concernés : parents d’élèves, enseignants, personnels : la semaine qui s’ouvre sera celle de tous les regards : après les AED hier, les AESH mardi prochain. Deux catégories de personnels, deux grèves, une seule revendication commune : la reconnaissance d’un travail essentiel à l’école inclusive.















