Trois semaines après l’altercation entre un professeur et deux élèves, la communauté éducative du lycée Jules-Guesde s’est rassemblée ce lundi 4 mai 2026 devant l’établissement avant de marcher vers le rectorat. Une centaine d’enseignants, de parents et de lycéens ont voulu maintenir la pression sur l’académie de Montpellier pour obtenir des moyens humains supplémentaires.
Le rendez-vous était fixé à 7h45 devant le lycée de l’avenue Charles-Flahault. Vers 9h, le cortège s’est élancé en direction de l’académie de Montpellier, située à quelques rues. Préavis de grève à l’appui, déposé par la FSU, la CGT, SUD Éducation 34 et soutenu par la FCPE et le Conseil des délégués pour la vie lycéenne, la mobilisation porte une revendication précise : quatre postes d’assistants d’éducation supplémentaires et la création d’un mi-temps d’infirmière scolaire.
Une rentrée tendue après trois semaines de crise
L’établissement de 2 800 élèves vit au rythme d’une crise ouverte depuis le 10 avril. Ce vendredi-là, en début d’après-midi, un enseignant de physique-chimie était filmé en pleine altercation avec deux lycéens, dans un couloir. Les images, diffusées en boucle sur les réseaux sociaux, ont déclenché une vague de réactions politiques bien au-delà de Montpellier.
Le rapport d’enquête administrative remis le 22 avril par l’académie a confirmé un déroulement précis. Les deux élèves, assis dans un couloir avec des écouteurs, refusaient le rappel au règlement intérieur puis l’identification. L’enseignant a tenté de les photographier avec son téléphone pour pouvoir les nommer, ce qui a déclenché une bousculade pendant laquelle il a porté une gifle, avant d’être lui-même plaqué au sol et frappé.
L’académie a qualifié le geste de l’enseignant de « geste inapproprié », intervenant dans « un contexte spécifique d’irrespect, de contestation de l’autorité et de violence ». Les coups portés à l’enseignant sont qualifiés de « faits de violence particulièrement graves » sous la forme d’une « agression physique ». Le dossier a été transmis au procureur de la République et le professeur a déposé plainte pour vol avec violence en réunion.
Quatre AED et une infirmière : la revendication n’est pas nouvelle
Les personnels mobilisés ce 4 mai martèlent que l’altercation n’est qu’un symptôme. La demande de quatre assistants d’éducation supplémentaires et d’une infirmière à mi-temps remonte au printemps 2025, après une première mobilisation des AED restée sans réponse satisfaisante.
Avec huit assistants d’éducation pour 2 800 élèves, la vie scolaire de l’établissement fonctionne en sous-effectif chronique selon les syndicats. Congés maladie non remplacés, surveillance des couloirs assurée à minima, pas d’infirmière sur place une partie de la semaine : la situation décrite par les enseignants raconte une école sous tension permanente, où une altercation comme celle du 10 avril devient possible.
« On a mal réagi en donnant une gifle. Ce qui s’est passé ce jour-là raconte aussi l’épuisement de tous les adultes de l’établissement. »
L’enseignant impliqué, dans une déclaration publiée par France 3 Occitanie
Le rectorat, de son côté, a annoncé un renfort temporaire d’un AED et un accompagnement spécifique pour l’établissement, jugé largement insuffisant par les organisations syndicales et la FCPE.
Sanctions actées contre les deux élèves et l’enseignant
Les conclusions disciplinaires de l’académie sont tombées avant la mobilisation. Les deux élèves impliqués, exclus à titre conservatoire dès le lendemain des faits, sont convoqués devant un conseil de discipline qui se tient après les vacances de printemps. Les sanctions définitives interviendront dans les prochains jours.
L’enseignant, lui, fait l’objet d’un rappel à ses obligations professionnelles et devra suivre une formation à la gestion des conflits. Aucune procédure plus lourde n’a été engagée à son encontre par l’académie. Le volet pénal reste suspendu aux investigations du parquet de Montpellier, saisi du dossier par le rectorat.
Cette double sanction n’a pas calmé la colère des enseignants qui dénoncent une instrumentalisation politique de l’incident. Plusieurs élus, notamment d’extrême droite, avaient appelé à des sanctions exemplaires contre les deux lycéens, parfois en visant leurs origines. Une lecture rejetée par les syndicats, qui rappellent que les deux élèves n’avaient aucun antécédent disciplinaire.
La marche vers le rectorat, point d’orgue de la mobilisation
Vers 9 heures, le cortège a quitté le parvis du lycée pour rejoindre le siège de l’académie, rue de l’Université. Slogans, banderoles et tracts portaient la même demande : des moyens, pas des discours. Le mouvement bénéficie d’un préavis de grève couvrant l’ensemble de la semaine, du 4 au 7 mai, ouvrant la possibilité d’autres actions si la rectrice ne reçoit pas une délégation.
Au-delà du cas Jules-Guesde, la séquence rejoint une mobilisation plus large dans l’éducation montpelliéraine. Le 31 mars dernier, environ 80 enseignants s’étaient déjà rassemblés devant le rectorat pour dénoncer le manque de moyens dans les établissements de l’académie. Une grève générale aux contours similaires qui n’avait pas obtenu de réponse concrète à l’époque.
L’action de ce 4 mai s’inscrit aussi dans le calendrier syndical national, alors qu’une nouvelle journée de grève de la fonction publique est prévue le mardi 13 mai pour s’opposer aux mesures d’austérité annoncées pour 2026. Pour l’équipe pédagogique de Jules-Guesde, l’urgence reste pourtant locale : préparer la fin de l’année scolaire, les épreuves du baccalauréat et la rentrée prochaine sans subir une nouvelle dégradation des conditions de travail.
