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Affaire Lorenzo : Lucas Barreto remis en liberté, sa mère s’indigne

Lucas Barreto a quitté la prison de Villeneuve-lès-Maguelone après seulement quinze jours de détention. Condamné à six ans de prison ferme le 13 avril dernier pour l’agression qui a rendu Lorenzo Roques tétraplégique, le jeune homme de 28 ans a obtenu sa remise en liberté de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Montpellier dans l’attente de son procès en appel.

La décision, rendue jeudi 30 avril 2026, a profondément choqué la famille de la victime. Elise, la mère de Lorenzo, dénonce une justice « honteuse » et un « manque de respect » pour son fils, devenu paraplégique à 19 ans après une bagarre survenue à Lattes en août 2020.

Quinze jours derrière les barreaux, puis dehors

Lucas Barreto avait été incarcéré le 13 avril 2026 dans la foulée du verdict prononcé par la cour criminelle de l’Hérault. Reconnu coupable de violences ayant entraîné une infirmité permanente, il avait immédiatement fait appel à l’énoncé de la condamnation. Son maintien en détention était contesté par sa défense.

L’audience devant la chambre de l’instruction s’est tenue le mardi 28 avril. Le jeune homme, qui a toujours nié avoir frappé Lorenzo Roques au sol, plaidait une libération sous contrôle judiciaire ou un placement sous bracelet électronique. Deux jours plus tard, les magistrats ont tranché en sa faveur. Lucas Barreto est désormais libre jusqu’à la tenue du procès en appel, dont la date n’a pas encore été fixée.

« C’est honteux. Mon fils, lui, il est handicapé à vie. »

La nouvelle a brisé la mère de Lorenzo. Jointe par téléphone par les médias, Elise n’a pas caché sa colère devant cette remise en liberté qui intervient à peine deux semaines après la condamnation.

« Je suis sans voix. Après cinq ans et demi d’attente, où les agresseurs de mon fils ont vécu libres et sans contrainte, alors que lui a failli mourir quatre fois, a subi des opérations et a vécu l’enfer, la justice en condamne deux à de la prison ferme. Et quelques jours après, un est remis en liberté. C’est honteux. Mon fils, lui, il est handicapé à vie. »

Elise, mère de Lorenzo Roques

La mère du jeune tétraplégique pointe également une particularité de la décision. La magistrate qui a ordonné la remise en liberté de Lucas Barreto serait la même qui avait, en 2020, libéré les jeunes mis en cause après leur garde à vue de quelques jours. Une coïncidence vécue comme une nouvelle gifle par la famille, qui se sait désormais embarquée dans une longue attente avant le second procès.

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Une décision contre l’avis de l’avocat général

L’avocat général s’était pourtant prononcé contre la remise en liberté. À l’audience du 28 avril, le magistrat du parquet général s’était dit « totalement opposé » à toute mesure d’élargissement, soulignant la gravité des faits et la lourdeur de la peine prononcée en première instance. Son avis n’a pas été suivi par la chambre de l’instruction.

Le principe est rappelé par l’article 506 du code de procédure pénale : la procédure d’appel suspend l’exécution du jugement. Une personne condamnée reste donc en principe libre pendant la procédure d’appel, sauf décision contraire de la juridiction. Lucas Barreto, présumé innocent jusqu’au procès en appel, retrouve donc sa liberté le temps que son dossier soit réexaminé.

La défense persiste à plaider l’acquittement

L’avocate du condamné, Maître Maryse Pechevis, avait annoncé l’appel dès le 13 avril, à l’énoncé du verdict. Elle s’était dite « consternée » par la décision de la cour criminelle. Sa stratégie reste inchangée : démontrer que son client n’a porté aucun coup à la victime et obtenir l’acquittement.

« On ne comprend pas sur quoi ça repose puisque les médecins légistes, les témoins, tous viennent conforter l’hypothèse suivant laquelle on a une première action qui est à l’origine de la tétraplégie de Lorenzo. La version de mon client a toujours été la même depuis le départ. Il est arrivé dans le fossé pour secourir les deux protagonistes. »

Maître Maryse Pechevis, avocate de Lucas Barreto

Lucas Barreto continue de soutenir qu’il n’a jamais frappé Lorenzo, contrairement à Sébastien Plo, son ancien co-détenu à Villeneuve-lès-Maguelone, condamné à cinq ans et identifié comme l’auteur du plaquage qui a précipité Lorenzo Roques dans le fossé. Une version contestée à la barre par la victime elle-même lors de la demande de remise en liberté formulée devant la cour d’appel.

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Un procès en appel attendu dans plusieurs mois

La date du second procès n’est pas connue. Plusieurs mois, voire plusieurs années peuvent s’écouler avant qu’une cour d’assises d’appel se penche à nouveau sur les faits. Une perspective qui pèse lourdement sur le moral de Lorenzo et de ses proches, qui s’apprêtent à retraverser une nouvelle phase judiciaire.

Pour la famille Roques, ce second procès intervient près de six ans après les faits du 22 août 2020. Lorenzo, aujourd’hui âgé de 25 ans, vit en fauteuil roulant depuis cette nuit-là.

Du côté des autres condamnés, la situation reste différenciée. Sébastien Plo, autre figure centrale du dossier, demeure en détention pour purger sa peine. Les autres protagonistes du dossier, jugés pour des faits annexes, avaient écopé de peines moins lourdes lors du verdict de la cour criminelle. Le premier procès, qui s’était tenu fin mars et début avril 2026, avait déjà été marqué par la résignation de la victime, devenue le symbole d’une justice qu’il dit avoir trop attendue.