Le président de la Métropole de Montpellier Michaël Delafosse sera jugé le 6 mai prochain au tribunal correctionnel dans l’affaire du complexe funéraire de Grammont. Cité à comparaître pour complicité d’absence de prise de mesure de sécurité et complicité de travail dissimulé, l’élu socialiste a obtenu la protection fonctionnelle de la collectivité, votée mardi 28 avril en conseil de Métropole.
Ses frais de défense seront pris en charge par les contribuables de la Métropole. Une décision annoncée par le premier vice-président aux finances Renaud Calvat juste après le départ du président de la salle.
Une audience fixée au 6 mai pour près de vingt prévenus
Le tribunal correctionnel de Montpellier examinera mercredi 6 mai 2026 les faits dénoncés par seize anciennes salariées du complexe funéraire de Grammont. La saisine résulte d’une citation directe déposée le 11 mars dernier par leur avocat Stéphane Fernandez, après plus de trois ans de procédure pénale jugée trop lente par les plaignantes.
La citation directe vise plusieurs salariés et cadres du service funéraire pour des faits d’agressions sexuelles, de harcèlement sexuel et moral et de travail dissimulé. Les faits visés se sont étalés selon les parties civiles entre 2018 et 2022, au sein de la Société des services funéraires de Montpellier Méditerranée Métropole, plus connue sous l’acronyme SF3M.
Outre les auteurs présumés directs, plusieurs responsables hiérarchiques et institutionnels sont cités pour leur rôle supposé dans la gestion de la situation. Sont notamment visés le directeur du complexe funéraire Gilbert Sainte-Marie ainsi qu’Éliane Lloret, élue métropolitaine et présidente de la société d’économie mixte qui exploite le site.
Pourquoi le maire de Montpellier est visé
Michaël Delafosse n’est pas mis en cause pour des faits matériels qu’il aurait personnellement commis. La citation directe lui reproche d’avoir manqué à ses obligations en tant que président de la Métropole, dont la collectivité détient 82,64 % du capital de la SF3M. Autrement dit, l’actionnaire majoritaire de l’entreprise gestionnaire du funérarium.
Selon l’argumentation déployée par Stéphane Fernandez, le président de la Métropole aurait été alerté de la situation sans y mettre fin. Les chefs retenus contre lui sont la « complicité d’absence de prise de mesure de sécurité et de protection de la santé physique et mentale des salariés » et la « complicité de travail dissimulé ».
À ce stade de la procédure, les accusations n’ont pas été jugées. La présomption d’innocence reste pleinement applicable à l’ensemble des personnes mises en cause. Le tribunal correctionnel devra apprécier les faits, les responsabilités et les éléments de preuve présentés par les parties.
Une affaire née en octobre 2022 dans un climat dénoncé comme « grivois »
L’affaire trouve son origine dans une vingtaine de plaintes déposées en octobre 2022. Les salariées dénonçaient des fessées, des frôlements de poitrine, des remarques sur leur physique et des propos sexistes répétés. Plusieurs assuraient avoir alerté leur hiérarchie ainsi que la Métropole sans obtenir de réponse à la hauteur des faits.
À l’époque, la direction du complexe funéraire avait contesté l’existence de faits de harcèlement sexuel caractérisé, en s’appuyant sur un audit interne. Ce même audit reconnaissait toutefois l’existence d’une « culture grivoise » et d’un « harcèlement d’ambiance », selon les éléments révélés par la presse locale. Les ex-employées avaient également manifesté devant le siège du complexe pour rendre l’affaire publique.
Trois ans et demi plus tard, le passage devant le tribunal correctionnel marque une étape décisive. Sous l’effet d’une procédure jugée trop longue par les parties civiles, ces dernières ont contourné la voie de l’instruction classique en saisissant directement le tribunal.
La Métropole paiera les frais d’avocat de son président
C’est le second volet politique de l’affaire. Mardi 28 avril, après l’adoption du budget primitif 2026 et le départ du président de la salle, Renaud Calvat a annoncé que Michaël Delafosse avait obtenu la protection fonctionnelle de la Métropole dans le cadre de cette procédure.
Ce dispositif, prévu par le statut de la fonction publique, permet à un élu mis en cause à raison de fonctions exercées au nom de la collectivité de bénéficier de l’appui de celle-ci. La prise en charge porte sur les frais d’avocat et les autres dépenses liées à la défense, payées par la Métropole et donc, in fine, par le contribuable.
L’octroi d’une protection fonctionnelle à un élu cité à comparaître au pénal n’a rien d’inédit dans la fonction publique territoriale. Le principe juridique veut qu’une faute personnelle détachable du service en exclue le bénéfice, ce que devra trancher le juge si la culpabilité est retenue. Dans l’attente, la collectivité couvre les frais.
Un calendrier politique tendu pour le maire de Montpellier
L’audience du 6 mai s’inscrit dans une séquence dense pour le maire-président. Trois semaines après son installation à la tête du nouveau conseil de Métropole et quelques jours après le vote d’un budget marqué par une hausse de la taxe foncière à 5,8 %, l’élu socialiste devra défendre sa responsabilité au pénal devant un tribunal correctionnel.
Au-delà du strict plan judiciaire, la procédure pose une question politique inédite pour la mandature qui débute : celle de la responsabilité d’un actionnaire public dans la gouvernance d’une société d’économie mixte. La SF3M gère un service essentiel, qui touche les familles montpelliéraines aux moments les plus difficiles de leur existence. Le procès du 6 mai en éclairera publiquement les coulisses.
Du côté des parties civiles, l’enjeu dépasse le seul dossier de Grammont. « On veut que ces violences soient enfin reconnues », expliquait l’une des anciennes salariées au micro de France Bleu Hérault à l’automne 2022. Près de quatre ans plus tard, ce sera au tribunal correctionnel de répondre.
« Cette assemblée est publique et on dira qui vote quoi sur TikTok ou ailleurs. »
Livia Jampy, élue La France Insoumise au conseil de Métropole, lors de la séance du 28 avril
L’audience du 6 mai sera ouverte au public au tribunal judiciaire de Montpellier. À ce stade, l’ensemble des personnes mises en cause bénéficient de la présomption














