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Internationales de la guitare : la Cour des comptes requiert 7 000 euros d’amende contre Confluences

L’association Confluences, organisatrice depuis 1994 des Internationales de la guitare à Montpellier, a comparu le 14 avril 2026 devant la chambre du contentieux de la Cour des comptes à Paris. Le procureur général a requis une amende de 7 000 euros contre sa présidente. Un préjudice financier de près de 700 000 euros est pointé par la juridiction.

Cette audience clôt un long bras de fer entre la juridiction financière et l’association héraultaise, connue pour son festival automnal qui rythme la capitale héraultaise depuis plus de trois décennies. Le jugement est attendu dans les prochains jours.

Une audience qui fait suite à un rapport accablant

La Chambre régionale des comptes d’Occitanie avait rendu en 2024 un rapport d’observations définitives portant sur les exercices 2018 à 2022 de Confluences. Le document dressait un tableau sans concessions de la gestion financière de l’association, qui organise également un salon de la lutherie à Montpellier.

Les magistrats pointaient plusieurs irrégularités : rémunérations jugées excessives, loyers versés à une SCI privée, indemnité de départ à la retraite non validée, opacité sur la fréquentation réelle du festival. Cinq recommandations avaient été formulées. Aucune n’a été appliquée selon la chambre régionale.

Un fondateur qualifié de « dirigeant de fait »

Au cœur du dossier : Talaat El Singaby, fondateur historique des Internationales de la guitare. Président de l’association pendant sept ans, devenu salarié en 2002, il tenait en réalité l’ensemble des manettes selon la Cour. Son contrat de travail prévoyait initialement 46 800 euros bruts annuels. En 2018, sa rémunération nette mensuelle atteignait 6 000 euros, bien au-dessus du plafond légal applicable aux dirigeants de fait d’association.

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Les magistrats relèvent aussi une indemnité de départ à la retraite de 60 000 euros nets, versée fin 2018 sans délibération du conseil d’administration. Six mois plus tard, il était réembauché comme directeur pour 4 000 euros nets mensuels. Au total sur la période 2018-2022, le fondateur a cumulé 558 000 euros de rémunérations selon le rapport CRC Occitanie. Plus problématique encore : le siège social de l’association était loué depuis 2006 à une SCI dont il était gérant et unique associé, pour un loyer porté à 24 000 euros annuels en 2020. Le fondateur est décédé l’an dernier à l’âge de 82 ans, ce qui a éteint les poursuites engagées contre lui.

Plus de 500 000 euros d’argent public chaque année

Le niveau des financements publics perçus par Confluences interpelle au regard des zones d’ombre de la gestion. Plus de 500 000 euros d’argent public étaient versés chaque année à l’association, dont 515 000 euros de subventions publiques en 2021 et 415 000 euros en 2022. Ces dotations représentaient plus de 50 % des ressources de la structure, dépendante quasi exclusivement de la puissance publique.

Les données de fréquentation transmises aux financeurs étaient jugées « dépourvues de fiabilité ». Le nombre de spectateurs, les tarifs pratiqués, le volume d’invitations distribuées : tout manquait de précision. La chambre relevait également des flux financiers opaques avec la Région Occitanie, qui aurait subventionné l’association au-delà de son cadre réglementaire via une société tierce.

La présidente seule à la barre

Les poursuites contre Talaat El Singaby se sont éteintes avec son décès. C’est donc Nicole Bigas, présidente de Confluences, qui a dû répondre le 14 avril devant les juges du contentieux de la Cour des comptes. Selon les propos recueillis par France 3 Occitanie à l’issue de l’audience, elle est ressortie encore « sonnée » de cette comparution parisienne.

« J’ai tenté de démontrer ma bonne foi aux magistrats, sachant que le principal responsable est absent. Le formalisme des réunions et des décisions n’a pas été respecté. »

Nicole Bigas, présidente de l’association Confluences

Le préjudice financier retenu par la Cour des comptes atteint 697 000 euros. Une amende de 7 000 euros a été requise par le procureur général contre la présidente. Le jugement de la juridiction financière est attendu dans les prochains jours.

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Un potentiel volet pénal à Montpellier

Au-delà de l’amende prononcée par la Cour des comptes, l’affaire pourrait connaître un nouveau rebondissement. Le parquet de Montpellier pourrait se saisir du dossier sur un plan pénal, selon les informations rendues publiques par France 3 Occitanie. Cette perspective reste une hypothèse à ce stade. Elle plane désormais au-dessus de la structure.

Dans un contexte où la Ville vient de voter son budget 2026 à 718 millions d’euros, l’affaire relance le débat sur le contrôle des subventions versées au tissu associatif culturel. Le nouveau conseil municipal de Michaël Delafosse devra vraisemblablement s’emparer de la question. Les Internationales de la guitare attendent quant à elles de savoir si leur édition 2026 pourra se tenir dans des conditions assainies.