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Riyadh, 19 ans, tué à Montpellier : cinq accusés face à la perpétuité aux assises

Cinq hommes comparaissent depuis le lundi 18 mai 2026 devant la cour d’assises de l’Hérault pour l’assassinat de Riyadh El Mamaar, 19 ans, tué d’une balle dans le dos le 16 mai 2023 dans le quartier du Val-de-Croze à Montpellier. Trois ans d’omerta, une cavale en Suisse et un silence quasi général chez les accusés : le procès s’annonce difficile.

Une expédition punitive brutale en plein quartier

Il est 19 heures, place Fourier, dans l’ouest de Montpellier. Ce mardi 16 mai 2023, Riyadh El Mamaar se trouve dans le quartier du Val-de-Croze lorsqu’une voiture s’arrête brusquement à sa hauteur. Trois ou quatre hommes en jaillissent, armés d’une machette, d’un sabre et d’une batte de base-ball. La victime et un ami prennent leurs jambes à leur cou.

Deux détonations claquent. Riyadh, atteint dans le dos d’un tir de calibre 22 Long Rifle à courte distance, s’effondre. Les secouristes lui pratiquent un massage cardiaque sur place avant de le transporter au CHU. Il décède à son arrivée à l’hôpital. Le jeune homme, décrit par sa famille et ses proches comme « un garçon sans histoires », n’avait aucun antécédent judiciaire. Il se destinait à une carrière dans la soudure aéronautique.

L’enquête pointe rapidement vers une rancœur de quartier : un conflit entre des jeunes du Val-de-Croze et une famille vivant en périphérie du quartier. Mais pendant trois ans, le silence des protagonistes va compliquer considérablement le travail des enquêteurs.

Localisation : Place Fourier, quartier du Val-de-Croze, Montpellier (ouest)

Cinq accusés, un seul tireur : le procès sous le signe du silence

La cour d’assises de l’Hérault juge cinq hommes pour ce drame, tous passibles de la réclusion criminelle à perpétuité. La présidente de la cour l’a rappelé dès l’ouverture du procès :

« Messieurs, vous encourrez tous pour ces faits la réclusion criminelle à perpétuité. »

La présidente de la cour d’assises de l’Hérault, à l’audience du 18 mai 2026

Parmi les accusés, les trois frères Hmazzou, Salladhine (28 ans), Yassine (26 ans) et Hafid (23 ans), ont fui vers la Suisse dans les heures suivant le crime. Salladhine s’est livré une semaine plus tard via son avocat, Me Chris Baptiste. Yassine et Hafid ont été arrêtés à Genève le 3 juin 2023. Les trois frères ont, depuis leur garde à vue initiale, majoritairement exercé leur droit au silence.

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Yassine Bachir, 23 ans, beau-frère des frères Hmazzou, est le seul à comparaître libre. Il affirme avoir conduit les trois hommes sur place sans savoir ce qui allait se passer. Étudiant en master 2 à l’université Paul-Valéry, où il se destinait aux ressources humaines, ses quelques mois d’incarcération ont mis un terme à ses études. Son avocate de défense, Me Luc Abratkiewicz, défend cette thèse du conducteur piégé.

Le cinquième accusé, Abdelali Elezaar, 30 ans, est désigné par la présidente comme « le commanditaire présumé ». Défendu par le ténor lillois Me Frank Berton, il clame son innocence. Arrêté à l’hôpital de Sète pour une raison médicale sans lien avec les faits, il aurait néanmoins été impliqué dans une altercation survenue dix jours avant le crime au Val-de-Croze, au cours de laquelle des coups de feu avaient déjà été tirés.

Trois ans d’omerta : l’enquête menée dans un contexte difficile

Le juge d’instruction a conduit ses investigations dans des conditions éprouvantes. Plusieurs témoins ont manifesté leur crainte de représailles, alimentant une loi du silence qui a durablement freiné l’avancement du dossier. L’avocate générale l’a pointé lors de l’audience, s’agaçant du mutisme de Salladhine Hmazzou :

« On peut s’attendre derrière à ce qu’il s’explique, et on a : droit au silence, droit au silence. »

L’avocate générale, à l’audience du 18 mai 2026

La défense, de son côté, tente de formuler une explication au silence collectif des trois frères. Me Gaspard Cuenant, qui défend Hafid Hmazzou, a décrit la logique qui se joue :

« L’équation est simple. Il y a trois frères, et un seul tireur. Dans cette dynamique, il y a un silence, car chacun a peur d’affecter les autres. »

Me Gaspard Cuenant, avocat de la défense, à l’audience du 18 mai 2026

La psychologue mandatée pour expertiser Yassine Bachir a elle aussi exprimé son désarroi face à la trajectoire de cet étudiant sans passé judiciaire : « J’en viens à me dire que rien ne le prédisposait à se retrouver en prison pour une affaire pareille. »

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Un verdict attendu d’ici la fin de la semaine

Le procès est prévu pour durer cinq jours. Les jurés de la cour d’assises de l’Hérault doivent répondre à la question que l’enquête n’a pas totalement élucidée : qui a tiré sur Riyadh El Mamaar et pourquoi ce jeune homme de 19 ans, sans histoires, a-t-il été la cible d’une telle violence ?

La famille de Riyadh, sous le choc depuis trois ans, avait exprimé en 2023 son incompréhension face au drame. Le quartier du Val-de-Croze, situé entre le quartier Ovalie et la route de Lavérune, vit depuis avec ce lourd silence. Les cinq accusés risquent la perpétuité. Le verdict est attendu d’ici au vendredi 22 mai 2026.