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Violences au lycée Jules-Guesde : le rectorat tranche, les deux élèves devant le conseil de discipline

Rectorat de l'académie de Montpellier, rue de l'Université

L’académie de Montpellier a rendu mercredi 22 avril au soir les conclusions de son enquête administrative sur la bagarre qui a opposé un professeur et deux élèves le 10 avril dernier au lycée Jules-Guesde. Les deux lycéens seront convoqués en conseil de discipline. L’enseignant, lui, s’en tire avec un rappel à ses obligations professionnelles et une formation obligatoire à la gestion des conflits.

Douze jours après les faits qui avaient fait la une des journaux nationaux, le rectorat tranche en retenant une lecture nuancée des événements.

Une première altercation hors caméra

La vidéo qui a enflammé les réseaux sociaux le 10 avril ne racontait qu’une partie de l’histoire. L’enquête flash menée pendant trois jours par l’académie, avec l’audition de 13 personnes, a mis au jour un premier accrochage, en amont de la séquence virale.

Selon le rapport, le professeur avait d’abord rappelé à l’ordre des élèves assis dans un couloir, écouteurs aux oreilles, en infraction avec le règlement intérieur de l’établissement. Face au refus d’un lycéen de décliner son identité, l’enseignant a sorti son téléphone pour le photographier. Il aurait alors été « empoigné brutalement et plaqué au mur », décrit le rectorat.

La scène filmée ensuite par un élève montre la suite : une seconde tentative de photographie, le smartphone arraché des mains du professeur, la gifle donnée à un élève puis le passage à tabac de l’enseignant, mis à terre par deux lycéens.

Les sanctions annoncées par le rectorat

L’académie confirme dans ses conclusions des « violences graves à l’encontre d’un enseignant de la part de deux élèves ». Les deux lycéens mis en cause sont convoqués devant le conseil de discipline de l’établissement. Ils risquent une exclusion définitive du lycée Jules-Guesde, qui scolarise plus de 2 000 élèves dans le quartier Saint-Denis.

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Pour l’enseignant, la ligne est plus fine. Le rectorat juge « inacceptable qu’un agent public, quel qu’il soit, s’en prenne physiquement à un élève ». Le geste est cependant replacé dans « un contexte particulier d’irrespect et de violence », ce qui évite au professeur une sanction lourde.

« Les deux élèves et l’enseignant ont tous les trois affirmé regretter leurs gestes. »

Extrait des conclusions de l’enquête flash, académie de Montpellier

L’intéressé fera simplement l’objet d’un rappel à ses obligations professionnelles assorti d’une obligation de formation à la gestion des conflits. Le rapport d’enquête a par ailleurs été transmis au parquet de Montpellier. Le professeur avait déposé plainte dès le lendemain des faits pour violences en réunion au sein d’un établissement scolaire.

Un lycée sous tension depuis deux semaines

Le dossier dépasse largement le périmètre de l’enceinte du lycée. La vidéo postée par un élève a été vue plusieurs millions de fois et a placé la communauté éducative montpelliéraine sur le devant de la scène nationale. Le ministre de l’Éducation Édouard Geffray avait publiquement dénoncé une situation « inadmissible », martelant le 15 avril devant les sénateurs qu’« on ne touche pas à un professeur en République ».

Sur place, les jours qui ont suivi ont été agités. Dès le lundi 13 avril, le rectorat a dépêché des équipes mobiles de sécurité pour encadrer la reprise des cours. Le mardi 14 avril, une partie des lycéens a bloqué les accès de l’établissement pour dénoncer à la fois les violences dans le couloir et ce qu’ils qualifiaient de « récupération politique et médiatique » de l’affaire. Les deux élèves visés par la vidéo ont été provisoirement exclus et l’enseignant suspendu le temps de l’enquête.

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Le lycée Jules-Guesde est situé rue de la République, dans le quartier Saint-Denis de Montpellier.

Quelles suites judiciaires ?

La transmission du rapport au parquet ouvre un second front. Saisi par le dépôt de plainte du professeur puis par le signalement administratif du rectorat, le parquet de Montpellier pourra décider d’ouvrir une information judiciaire ou de classer l’affaire sans suite selon les éléments réunis. Les deux élèves impliqués sont mineurs au moment des faits, ce qui place l’éventuelle procédure devant le tribunal pour enfants. À la différence du conseil de discipline qui peut prononcer une exclusion, la justice des mineurs privilégie le plus souvent des mesures éducatives, un stage de citoyenneté ou un travail d’intérêt général.

Le rectorat a indiqué qu’un dispositif d’apaisement et d’accompagnement du climat scolaire sera déployé au retour des vacances de printemps. Il s’agit d’éviter que l’épisode ne se rejoue et de reprendre contact avec les équipes pédagogiques, largement ébranlées par cette séquence. Le printemps a déjà été rude pour plusieurs établissements montpelliérains, avec notamment des tags racistes et antisémites découverts dans trois lycées quelques jours après l’incident de Jules-Guesde.

Le conseil de discipline, composé du chef d’établissement, de représentants des enseignants, des parents d’élèves et des lycéens, doit désormais se prononcer dans les prochaines semaines sur le sort des deux élèves. La palette des sanctions va du simple avertissement à l’exclusion définitive avec interdiction d’inscription dans un autre lycée de l’académie pendant un an.