Pas de peine de prison et pourtant des comptes à rendre aux victimes. Un Montpelliérain de 21 ans a été déclaré pénalement irresponsable par le tribunal correctionnel de Montpellier pour la nuit de violences du 13 mars, au cours de laquelle il s’en est pris à neuf personnes dont six policiers. L’expertise psychiatrique a conclu à une abolition du discernement au moment des faits. Le jeune homme devra verser près de 6 000 euros à ses victimes.
Une nuit de violences de la rue de la Méditerranée à la gare Saint-Roch
Tout commence le 13 mars vers 5 heures du matin, rue de la Méditerranée, à deux pas de la gare. Romain, un jeune homme jusque-là sans histoire, tente de voler un scooter à deux hommes. Il assène ensuite un coup de couteau à l’un d’eux sans la moindre raison apparente. La victime s’en tire avec une blessure de plusieurs centimètres à la lèvre. Torse nu malgré la nuit hivernale, le forcené exige encore qu’on lui remette un pull. Une caméra de vidéosurveillance a enregistré l’intégralité de la scène.
Le jeune homme prend ensuite la direction de la gare Saint-Roch. Un témoin le suit à distance pour orienter les forces de l’ordre. Avant l’arrivée des trois premiers fonctionnaires, il a déjà agressé un passager. Face aux policiers, la situation dégénère : un premier tir de pistolet à impulsion électrique reste sans effet, la lutte se poursuit au sol. Les agents encaissent des coups de poing, des coups de pied, des menaces de mort et des insultes.
Un second tir de taser permet de le maîtriser, non sans qu’il ait tenté de mordre un policier. Il faut l’arrivée de renforts de la brigade anticriminalité pour parvenir à le menotter. Refusant d’avancer, il oblige les fonctionnaires à lui attacher les jambes et à le porter jusqu’au véhicule. Un couteau de combat à cran d’arrêt sera retrouvé sur lui lors de la fouille.
Des urgences psychiatriques aux geôles de l’Hôtel de police
Au commissariat, l’état d’excitation extrême du jeune homme contraint les policiers à le transporter aux urgences psychiatriques du CHU de Montpellier. De retour à l’Hôtel de police, la crise repart de plus belle dans les geôles. Il refuse de se laisser enfermer en cellule malgré l’intervention de trois agents. L’un d’eux en ressort avec une entorse au genou et une atteinte aux ligaments.
À l’audience, son avocate a estimé que ces dernières violences auraient pu être évitées si son client n’avait pas été récupéré aux urgences du CHU pour être ramené en garde à vue. Elle a rappelé que le comportement du prévenu avait changé depuis trois semaines. Sa compagne décrivait un homme enfermé dans un délire survivaliste depuis plusieurs mois, persuadé d’être victime d’un complot et surveillé par des agents de la DGSI ou du Mossad.
Cette affaire s’ajoute à une série d’épisodes violents auxquels les agents publics montpelliérains sont confrontés cet été, après trois agressions en 48 heures dans le tramway mi-juillet puis l’attaque au rasoir d’un surveillant à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone.
« Son discernement était aboli au moment des faits »
Le procès s’est tenu le 8 juillet devant le tribunal correctionnel de Montpellier, comme l’a révélé Midi Libre ce samedi. Le jeune homme, qui souffre d’un trouble de l’attention, a fait profil bas à la barre. Il a reconnu l’ensemble des faits et présenté ses excuses aux victimes, avant d’expliquer son état ce soir-là.
« Je n’avais pas dormi pendant 36 heures, je n’avais pas pris mon traitement antidépresseur et j’avais fumé cinq ou six joints de cannabis. »
Romain, 21 ans, devant le tribunal correctionnel de Montpellier
L’expertise psychiatrique ordonnée après les faits a conclu à un épisode psychotique aigu avec trouble de la personnalité. Les médecins ont estimé que son discernement était aboli au moment des faits. Dans ce cas, l’article 122-1 du code pénal exclut toute responsabilité pénale : aucune peine ne peut être prononcée contre l’auteur.
La procureure a toutefois rappelé que l’irresponsabilité pénale n’efface pas les intérêts civils. Le tribunal a ainsi condamné le jeune homme à verser un total de près de 6 000 euros de dommages à ses neuf victimes. Le tribunal lui a aussi interdit de détenir une arme pendant cinq ans. Une issue judiciaire qui illustre le sort réservé aux auteurs de violences commises sous l’emprise d’une bouffée délirante : soignés plutôt que punis, sans échapper à la réparation du préjudice.















