Élisabeth Badinter a coupé le ruban du lycée qui porte son nom et celui de son mari, jeudi 10 septembre à Cournonterral. Le onzième établissement neuf construit par la Région Occitanie depuis 2016 a coûté 52 millions d’euros et accueillera 1 400 lycéens à terme. Une matinée d’hommages qui n’a pas effacé les deux années de retard du chantier.
« C’est tellement fou que mes jambes flageolent »
La philosophe et essayiste avait fait le déplacement dans l’Hérault pour l’occasion. Devant les élèves de seconde sortis de leurs classes, Élisabeth Badinter a dit son émotion de voir son prénom accolé à celui de Robert Badinter au fronton d’un lycée public. C’est le premier lycée à porter les deux noms du couple.
« Je ne trouve pas les mots, c’est quelque chose d’inouï. C’est tellement fou que mes jambes flageolent. »
Élisabeth Badinter, philosophe et essayiste
L’ancien garde des Sceaux de François Mitterrand, mort en février 2024, reste associé à l’abolition de la peine de mort en 1981 puis à la dépénalisation de l’homosexualité en 1982. Sa veuve a rapporté un mot de lui aux invités : « Robert disait que, quand on donne son nom à un lycée, ça vaut toutes les légions d’honneur ! »
La philosophe a profité de la tribune pour défendre l’institution scolaire. « L’école est un grand cadeau. Elle nous donne les armes », a-t-elle lancé, avant d’appeler à « remettre au goût du jour l’importance de l’effort ». Elle a eu un mot particulier pour les jeunes enseignants, à qui le métier paraît moins facile aujourd’hui, dit-elle, avec « le primat des réseaux sociaux ». Une exposition sur le dessin de presse, montée avec le Club de la presse d’Occitanie, lui a permis d’échanger avec des lycéens dans les couloirs.
Un nouveau #lycée pour l'#Occitanie ! Le 11e depuis 2016 💪
— Région Occitanie (@Occitanie) September 10, 2026
Il porte le nom d'Élisabeth & Robert Badinter, symboles de justice & d'égalité et accueillera jusqu'à 1 400 élèves à Cournonterral (34), sur 17 000 m² de bâtiment à énergie positive🔋
+ d'infos 👉https://t.co/CaQWSINDQu pic.twitter.com/UxexEC8lGN
Deux ans de retard et six millions d’euros de surcoût
Derrière les discours, la présidente de la Région Occitanie n’a pas caché la difficulté du dossier. Carole Delga a évoqué « un lourd combat avec 2 ans de retard et 6 millions d’euros de surcoût en raison de normes environnementales ». Un bras de fer qui l’a conduite à interpeller directement le préfet de région : « Je lui ai rappelé l’essentiel : que le diplôme est le meilleur moyen de lutter contre l’isolement et le chômage », rapporte-t-elle.
Le chantier s’était heurté en mars à la réglementation Natura 2000 : la préfète de l’Hérault avait alors mis en demeure la Région de tenir ses obligations de compensation écologique, pointant l’absence de maîtrise foncière complète sur les parcelles de compensation. La collectivité annonce aujourd’hui entretenir 26,7 hectares de zones naturelles protégées à proximité du site.
La livraison avait été actée le 15 juillet lors d’une remise de clés au vice-président régional Kamel Chibli. Le 1er septembre, 518 élèves franchissaient les grilles pour la première rentrée. La maire de Cournonterral Édith Gutierrez a salué « le travail de plusieurs mandats ». Le maire de Montpellier Michaël Delafosse, professeur d’histoire-géographie, a lancé aux invités : « L’esprit Badinter est déjà sur les élèves de ce lycée ! »
1 400 élèves à terme pour désengorger l’ouest montpelliérain
L’établissement doit monter en puissance avec l’arrivée des premières à la rentrée 2027, puis des terminales en 2028, jusqu’à 1 400 lycéens encadrés par 130 agents. Huit communes sont concernées : Cournonsec, Cournonterral, Fabrègues, Lavérune, Montbazin, Murviel-lès-Montpellier, Pignan et Saussan. Leurs collégiens partaient jusqu’ici vers les lycées saturés de la capitale héraultaise.
Le gain de temps se compte en heures. Maël, 15 ans, élève de seconde, explique à la Région qu’il aurait dû rejoindre le lycée Clemenceau à Montpellier : « Avec les bouchons j’aurais mis 1 h à 1 h 30, contre 20 à 25 minutes aujourd’hui. » Les 50 places de l’internat, transférées pour l’essentiel du lycée Champollion de Lattes, étaient complètes dès l’ouverture.
Sur 17 200 m² de planchers et six hectares, le lycée polyvalent aligne un restaurant scolaire dimensionné pour 1 000 convives, un CDI de 550 m², un plateau sportif extérieur de 4 000 m², une salle de musculation et une maison des lycéens. La carte des formations assume une couleur numérique, du baccalauréat professionnel aux CAP.
Énergie positive ici, travaux d’urgence ailleurs
Le bâtiment est présenté comme à énergie positive : il doit produire plus d’énergie qu’il n’en consomme, grâce à la géothermie et à 790 m² de panneaux photovoltaïques, avec une conception bioclimatique et des matériaux biosourcés. Plus de 60 % du site reste en espaces verts où un millier d’arbres ont été plantés. Un bassin de rétention de 6 750 m³ stocke les eaux pluviales. Les détails techniques figurent sur la fiche publiée par la Région Occitanie.
Le contraste est frappant avec le reste du parc régional. Deux jours plus tôt, les enseignants du lycée Joffre suspendaient leurs cours à Montpellier, incapables de tenir dans des salles dépassant les 30 degrés. Carole Delga a reconnu l’urgence du chantier thermique dans les établissements existants.
« Nous allons devoir en urgence mener des travaux durant l’année scolaire pour faire en sorte qu’aux prochaines chaleurs de mai ou juin 2027, il y ait des pièces rafraîchies. »
Carole Delga, présidente de la Région Occitanie
Une étude a été lancée dès le mois de juin avec les deux rectorats de la région pour identifier les lycées prioritaires, en interrogeant les proviseurs sur leurs besoins réels. La présidente de Région a conclu la matinée en s’adressant aux lycéens partis déjeuner : « Cette lumière est désormais dans vos mains. »















