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Souffrance au travail à Paul-Valéry : ce que dit l’inspection

Entrée du campus de l'université Paul-Valéry à Montpellier

Six mois après la lettre ouverte d’Anne Fraïsse au président de la République, l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) a rendu ses conclusions sur la situation de l’université Paul-Valéry. Le rapport, mis en ligne fin juillet par le ministère de l’Enseignement supérieur, confirme la réalité des drames évoqués par la présidente. Il décrit aussi une trajectoire financière qui continue de se dégrader et pointe des dysfonctionnements internes que la seule question des moyens ne suffit pas à expliquer.

Quatre suicides confirmés, aucune enquête interne

Tout part d’un cri d’alarme. Le 24 janvier 2026, la présidente de l’université Montpellier Paul-Valéry (UMPV) publie dans Le Monde une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron. Elle y établit un lien entre une série de décès survenus dans la communauté universitaire et les conditions de travail dans son établissement, dégradées selon elle par la situation budgétaire.

« Dans mon université, en cinq ans, il y a eu quatre suicides de personnels titulaires, trois crises cardiaques au travail, deux AVC sans compter les arrêts de travail longue maladie pour burn-out. Cette année, dans notre communauté, trois fonctionnaires en activité sont morts. »

Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry, lettre ouverte au président de la République

Missionnés en février, trois inspecteurs généraux ont mené auditions et analyses documentaires sur le campus de la route de Mende. Leur premier travail a consisté à vérifier les faits. Le rapport les confirme : depuis 2021, quatre agents de l’université, deux enseignants-chercheurs et deux personnels administratifs, ont mis fin à leurs jours, tous hors de leur lieu de travail. Un agent de la direction des ressources humaines a par ailleurs été victime d’une crise cardiaque sur son poste.

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Le constat le plus sévère porte sur la suite donnée à ces drames. Aucun accident de service n’a été déclaré, aucune enquête interne n’a été diligentée pour en analyser les causes, alors que les représentants du personnel le demandaient en instance de santé et sécurité au travail. Faute d’investigations, écrit la mission, aucun lien de causalité avec les conditions de travail ne peut être établi, ni d’ailleurs écarté. Les procès-verbaux étudiés attestent en revanche d’une dégradation des relations de travail depuis 2019.

Une situation financière qui continue de se dégrader

Deuxième volet de la lettre ouverte : l’argent. L’université, qui accueille 23 000 étudiants pour un millier de titulaires, est reconnue sous-dotée par le ministère lui-même. Une première mission de l’IGÉSR avait évalué en 2023 son déficit structurel à 8 millions d’euros et débouché sur un plan de redressement, le cadre partagé d’appui à la performance, signé en avril 2024. L’État s’engageait à verser 6 millions d’euros supplémentaires par an. Au total, près de 10,33 millions d’euros ont été attribués à l’établissement entre 2021 et 2025.

Le rapport dresse un bilan sans appel de ce plan. Les économies prévues n’ont pas été réalisées : le cadre fixait près de 1,07 million d’euros d’économies de fonctionnement entre 2023 et 2025, les comptes révèlent au contraire une hausse de 2,27 millions d’euros sur la période. Le budget initial 2026 affiche 18,8 millions d’euros de dépenses de fonctionnement. La mission relève que l’université n’a pas dégagé ses contreparties, ni le rectorat exercé de véritable contrôle, les crédits ayant été versés sans que la clause suspensive soit appliquée. Elle recommande de réactualiser le dispositif dans le prochain contrat d’objectifs et de créer un comité des suites chargé de vérifier l’application de ses recommandations.

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Des failles d’organisation au-delà du manque de postes

Sur le fond, les inspecteurs confirment la faiblesse des taux d’encadrement, qui alourdit la charge de travail dans un contexte de forte hausse des effectifs étudiants. Les départements de théâtre et d’arts plastiques ne couvrent que 39 % et 44 % de leurs heures d’enseignement avec des titulaires, la psychologie 45 %, l’AES 46 %.

La mission refuse pourtant toute causalité mécanique. Des départements bien mieux dotés connaissent des tensions marquées, quand des secteurs sous-encadrés en concentrent moins. Elle décrit surtout des dysfonctionnements structurels : une organisation interne atypique aux règles de fonctionnement floues, un déficit de régulation des relations sociales, une gestion des contractuels déstabilisante pour les services. Au département de psychologie, la crise se cristallise autour du laboratoire Epsylon, au point que les inspecteurs ont alerté la présidente sur l’état de détresse de plusieurs personnels. Le rapport s’étonne enfin que les 12,2 millions d’euros du projet MIRANDA, décrochés au titre de France 2030, soient redistribués en interne par appels à projets compétitifs, un mécanisme qui reproduit la surcharge administrative dénoncée par les enseignants-chercheurs.

Enquêtes systématiques et audit des risques recommandés

La mission formule une douzaine de recommandations. À l’université : engager systématiquement une enquête administrative dès la connaissance d’un accident grave, ouvrir la plateforme de signalement aux témoins, réactiver le plan de prévention des risques psychosociaux, clarifier par un règlement intérieur les prérogatives des conseils centraux, des composantes et des départements. Au rectorat : instaurer un contrôle interne pour fiabiliser le suivi financier. Le document complet est consultable sur le site du ministère de l’Enseignement supérieur.

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Anne Fraïsse évoque la situation de l’université Paul-Valéry (Ecomnews, 2026)

Pour la communauté universitaire, ce rapport arrive dans un climat déjà lourd. L’année écoulée a été marquée par des étudiants de troisième année privés d’examens faute de moyens, ainsi que par des mobilisations contre la hausse des frais d’inscription. La rentrée de septembre dira si les recommandations de l’inspection se traduisent en actes, à commencer par l’audit des risques psychosociaux que la communauté attend depuis des mois.

Si vous êtes concerné par des pensées suicidaires ou si un proche est en souffrance, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24h/24.