Le tramway montpelliérain pourrait franchir les limites de la Métropole pour la première fois. Michaël Delafosse, Stéphan Rossignol et Pierre-Martin Chazot ont signé lundi 14 septembre un protocole d’intention lançant les études d’une desserte de l’aéroport Montpellier-Méditerranée. Le prolongement des rails vers les plages est en revanche abandonné.
Deux kilomètres de rails au départ de Pérols
La signature s’est tenue lundi dans un salon de l’aéroport, sur le hameau de Fréjorgues à Mauguio. Trois exécutifs autour de la table : l’Agglomération du Pays de l’Or, la commune de Mauguio-Carnon et Montpellier Méditerranée Métropole. Étaient à leurs côtés la vice-présidente de la Métropole Julie Frêche ainsi que Jean-Pierre Rico, maire de Pérols.
Le document n’engage encore aucun rail. Il acte le lancement des études techniques, environnementales et financières. Une hypothèse tient toutefois la corde : un raccordement partant de la station Écopôle, sur la commune de Pérols, qui rejoindrait l’aérogare par l’axe de la M172 puis par l’avenue Jacqueline-Auriol. Le chiffrage initial table sur quelque deux kilomètres de rails supplémentaires. Un dépôt de tramway sortirait de terre sur l’actuel site de Fenouillet.
L’objectif affiché par les trois collectivités tient en un chiffre : relier l’aérogare à la gare Saint-Roch en moins de 30 minutes. La mise en service est espérée à l’horizon 2032-2033, soit d’ici la fin des mandats en cours. Le projet s’inscrit dans la démarche du Service express régional métropolitain, le futur RER métropolitain reliant Sète, Montpellier et Nîmes.
Des décennies de rivalités enterrées à Fréjorgues
Au-delà des rails, la portée de la journée est d’abord politique. Au début des années 2000, la Ville de Montpellier et le Pays de l’Or s’étaient affrontés durement sur la question de l’intercommunalité. Les tensions entre les deux intercommunalités ont duré des années. Michaël Delafosse est socialiste, Stéphan Rossignol appartient aux Républicains, Pierre-Martin Chazot siège comme divers droite.
« Qui eût cru que nous serions côte à côte pour penser ensemble les transports ? »
Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole
Le président du Pays de l’Or fait valoir un argument économique plutôt que symbolique. La zone de Fréjorgues ne se résume pas à une aérogare : elle concentre des activités logistiques, dont la zone Aéropole, qui promet jusqu’à 2 000 emplois en 2030.
« Les zones d’activités économiques à proximité font qu’aujourd’hui, ce ne sont pas loin de 10 000 salariés qui fréquentent cette zone, chaque jour, sans compter tous les visiteurs, ceux qui partent et qui arrivent à l’aéroport »
Stéphan Rossignol, maire de La Grande-Motte et président de l’Agglomération du Pays de l’Or
Ni Mauguio, ni Carnon : la mer définitivement écartée
Le communiqué de la Ville de Mauguio Carnon ne laisse aucune ambiguïté : le protocole porte exclusivement sur la desserte de l’aéroport. Aucune liaison en tramway vers Mauguio ou vers Carnon n’est prévue. Le vieux serpent de mer d’un tram jusqu’aux plages, régulièrement relancé depuis l’ouverture de la ligne 3 en 2012, s’arrête donc là. Son terminus de Pérols Étang de l’Or reste à un peu plus de deux kilomètres du littoral.
« Il n’y aura pas de tramway jusqu’à la mer, il n’y aura pas de tramway au centre-ville de Mauguio, il n’y aura pas d’intégration à la Métropole »
Pierre-Martin Chazot, maire de Mauguio-Carnon
L’édile melgorien assortit son accord de plusieurs conditions, qu’il répète depuis l’annonce de la rencontre :
- la protection des habitants du secteur de Vauguières
- la maîtrise du stationnement, sans parking-relais
- le maintien des dessertes agricoles et des accès aux entreprises
- un accompagnement prévu pour les taxis ainsi que pour les autres transporteurs
L’arbitrage tient aussi au portefeuille. Le scénario retenu est chiffré autour de 70 millions d’euros quand une extension vers le littoral était évaluée entre 150 et 170 millions, selon les éléments avancés lundi par le maire-président. Le prolongement de la ligne 1, autre piste un temps envisagée, pourrait atteindre 120 à 150 millions d’euros selon le chiffrage qu’il a livré.
Un financement qui reste entièrement à bâtir
Les 70 millions ne sont à ce stade qu’un ordre de grandeur. Le protocole ne fixe aucune contribution définitive. Les élus espèrent le concours de l’État et de la Région Occitanie. Un comité de pilotage partenarial doit être installé dans les prochaines semaines : il réunira les collectivités signataires, la société Aéroport Montpellier Méditerranée, la Région, le Département de l’Hérault et l’État.
La Métropole avance en terrain qui n’est pas le sien. Elle ne détient que 0,5 % du capital de la société aéroportuaire, loin derrière l’État, actionnaire à 60 %, la chambre de commerce et d’industrie de l’Hérault, qui en pèse 25 %, ainsi que la Région Occitanie avec 12,5 %. Elle n’est donc pas décisionnaire sur la plateforme qu’elle veut desservir.
Reste un débat que l’annonce n’a pas tranché. Le tramway doit réduire la part de la voiture dans les trajets vers Fréjorgues. Il accompagnera dans le même temps une plateforme qui vise 2,1 à 2,2 millions de passagers contre environ 1,8 million aujourd’hui, selon son président du directoire Emmanuel Brehmer. L’association Les Shifters Languedoc-Roussillon chiffre pour sa part à 111 000 tonnes équivalent CO2 les émissions imputables à la plateforme sur 2026. Cela pèse 7,3 % de la trajectoire annuelle que s’est fixée la Métropole. Le ratio grimperait à 11 % en 2030.
Comment rejoindre l’aéroport en attendant
Les voyageurs sans voiture n’ont aujourd’hui guère le choix. La navette aéroport du réseau liO relie la place de l’Europe à l’aérogare en passant par la gare Montpellier Sud de France. Le taxi reste l’autre option, nettement plus onéreuse. C’est cette correspondance imposée que le futur prolongement entend supprimer.
Le réseau montpelliérain sort d’une séquence chargée, entre l’ouverture de la ligne 5 en décembre 2025 et le renforcement de ses fréquences fin août. Le chantier de Fréjorgues, lui, n’ouvrira pas de sitôt : Michaël Delafosse indiquait début septembre qu’aucun travaux n’interviendrait dans les deux prochaines années. Les contraintes réglementaires puis environnementales pourraient étirer encore un calendrier que les élus veulent tenir avant la fin de leur mandat.















