Montpellier Info

Toute l'actualité de Montpellier et sa région en direct

Vols de batteries de vélos électriques : le fléau gagne Montpellier

Batterie de vélo à assistance électrique verrouillée sur un porte-bagage

Trois antivols, un lieu passant et un panneau annonçant la vidéosurveillance n’auront pas suffi. Fin juillet, près de la gare Saint-Roch, Maria a retrouvé son vélo à assistance électrique amputé de sa batterie, pendant qu’elle conduisait son fils à un rendez-vous médical. Le phénomène touche désormais des dizaines de cyclistes montpelliérains chaque mois, selon les usagers et les vélocistes de la métropole.

« Une vingtaine de vols en une semaine »

L’association d’usagers Vélocité a vu la courbe s’emballer au cœur de l’été. Son président, Nicolas Le Moigne, décrit un phénomène installé depuis plusieurs mois, qui pèse d’abord sur les budgets les plus serrés.

« Fin juillet, on en a compté une vingtaine en une semaine. Ce phénomène dure depuis plusieurs mois. C’est même devenu un frein à la pratique du vélo pour les plus modestes. »

Nicolas Le Moigne, président de l’association Vélocité

Les vélocistes tiennent le même discours. À la tête du magasin Cyclable de Castelnau-le-Lez, Olivier Mazouin dit enregistrer trois signalements par semaine en moyenne. Ses deux points de vente, celui de Castelnau et celui du quai des Tanneurs à Montpellier, ont vu défiler une quarantaine de clients dépouillés de leur batterie depuis juin. Le commerçant a prévenu le commissariat de cette recrudescence.

Boulevard de Strasbourg, la rupture est encore plus nette. Erwin, gérant de Ville et Vélo, comptait jusque-là un ou deux vols de batterie par an parmi ses clients. Depuis janvier, ils sont une cinquantaine. Deux mains courantes ont été déposées. Le commissariat de Montpellier, lui, fait état de « dix à vingt dépôts de plaintes par mois », pour « une tendance stable depuis le début d’année ».

READ  Montpellier : pourquoi le RAID était sur la friche Groupama

Des passes, un tournevis et souvent aucune trace

La discrétion du mode opératoire explique en partie l’ampleur du phénomène. Selon Nicolas Le Moigne, les voleurs disposent de clés et de passes qui leur permettent de sortir les batteries de leur socle sans forcément forcer. Erwin décrit de son côté des vols sous le cadre ou dans le porte-bagage qui ne laissent quasiment aucune trace visible. Beaucoup de propriétaires ne s’en rendent pas compte tout de suite.

Le 18 août, la vidéoprotection municipale a saisi une de ces scènes en direct, place Alexandre-Laissac, à proximité du boulevard du Jeu-de-Paume. Vers 11h25, les opérateurs du Centre de supervision urbaine repèrent un homme en train de dérober une batterie, puis suivent ses déplacements pendant qu’il file vers la gare. Une patrouille de police municipale l’intercepte.

« Lors de la palpation de sécurité, les agents découvrent dans son sac à dos plusieurs batteries de vélos électriques ainsi qu’un tournevis, probablement utilisé pour commettre les vols. »

Police municipale de Montpellier, publication du 19 août 2026

Une première victime, présente sur les lieux, a reconnu sa batterie. Le suspect a été conduit auprès de la police nationale, où une seconde victime est venue signaler le vol de la sienne et déposer plainte. Les caméras de la Ville avaient déjà permis de boucler une affaire du même ordre en juin : le vélo d’un lycéen dérobé pendant son épreuve du baccalauréat avait valu à son voleur une interpellation en moins d’une heure, avant une restitution dans la matinée.

Place Alexandre-Laissac, à Montpellier, où un voleur de batteries a été repéré par la vidéoprotection le 18 août.

De 500 à 800 € à sortir, sans filet assurantiel

Le préjudice fait mal. Une batterie neuve se négocie entre 500 et 800 € selon les modèles. Maria chiffre à 900 € la remise en état complète de son vélo, socle brisé compris. Sans emploi depuis peu, elle n’a pas encore fait réparer et se retrouve privée de son moyen de déplacement. Son contrat d’assurance couvre le vol du vélo sans couvrir celui de la batterie. Elle a déposé plainte en ligne puis au commissariat, sans grand espoir.

READ  Sauramps en redressement judiciaire : Delga et Delafosse à la rescousse

Même scénario pour Amélie, en juillet, sur le parvis du multiplexe d’Odysseum. « C’est une séance de cinéma qui m’a coûté 500 € », ironise cette cycliste de longue date, qui ne retirait jamais sa batterie tant elle la croyait difficile d’accès. Privée d’assistance, elle juge sa machine trop lourde pour aller faire ses courses, alors que ce vélo constitue son unique moyen de déplacement.

Les magasins s’adaptent à leur manière. Erwin vend désormais des antivols spécifiques pour batteries et propose à ses clients sinistrés un tarif de faveur, à 586 € au lieu de 700 €. Un geste commercial qui ne comble pas le trou dans le budget des ménages concernés.

Du côté des aides publiques, rien ne vise le remplacement d’une batterie volée. Maria rappelle avoir touché une prime de 700 € de la Ville lors de son achat, en 2021. La Métropole de Montpellier ne recense aujourd’hui plus que deux dispositifs sur son site : 200 € maximum pour un vélo à assistance électrique d’occasion ou un kit d’électrification, dans la limite de 50 % du prix, puis 1 000 € pour un vélo cargo neuf réservé aux professionnels. L’aide à la réparation, elle, est affichée comme suspendue depuis une délibération du conseil de Métropole du 8 avril 2025.

Le stationnement sécurisé, la réponse que réclament les cyclistes

Amélie a sa solution. Elle plaide pour un parking à vélos sécurisé à Odysseum, estimant que le stationnement sur la voie publique n’est pas adapté à une absence de deux heures. Elle utilise déjà celui de la gare, derrière des grilles avec un accès par badge, qu’elle juge nettement dissuasif.

READ  La Toupie : une Folie sans climatisation au Nouveau Saint-Roch

La collectivité a construit une offre autour de ses véloparcs, des espaces couverts, fermés et vidéosurveillés, accessibles 24h/24 et 7j/7. La Ville en recense vingt en service, avec trois nouveaux annoncés. L’accès est gratuit pour les détenteurs du Pass gratuité. Pour les autres, la grille tarifaire officielle reste modeste :

  • 2 € la journée
  • 8 € la semaine
  • 12 € le mois
  • 29 € l’année

Le hub des mobilités installé au niveau -1 du parking Comédie illustre cette montée en puissance, avec 240 places vélos dont 15 pour les cargos. Elles se répartissent entre 140 emplacements sur arceaux et 80 places en véloparcs fermés. C’est un équipement de ce type qu’Amélie réclame à Odysseum, là où sa batterie a disparu.

Le stationnement n’est qu’une pièce d’une politique cyclable dont les orientations divisent déjà. En juin, l’autorisation donnée à un opérateur privé de déployer des vélos en free-floating avait fait craindre à une partie de la gauche municipale un affaiblissement du service public Vélomagg. Pour Olivier Mazouin, le constat est brutal : le vol est devenu « le premier frein à la vente » des vélos électriques.