Une quinzaine d’impacts de balles sur un mur mitoyen, des riverains qui composent le 17 en pleine sieste dominicale et pas la moindre victime. La fusillade survenue dimanche 23 août dans le quartier de l’Aiguelongue, au nord de Montpellier, tient du scénario improbable. Les tireurs se sont volatilisés sans laisser de douille. L’enquête démarre presque à l’aveugle.
Une rafale entre les rues de Montasinos et des Grives
Il est le milieu de l’après-midi ce dimanche 23 août quand une série de détonations éclate au cœur de la cité de Montasinos. Plusieurs habitants décrivent une rafale continue. Les appels affluent au 17 dans les minutes qui suivent. Les sources policières situent les faits entre 15 heures et 16 heures.
Sur place, les fonctionnaires relèvent une quinzaine d’impacts sur un mur mitoyen qui sépare la rue de Montasinos de la rue des Grives. Les forces de l’ordre font état d’au moins dix coups de feu tirés en rafale. Aucune victime n’est à déplorer selon les premiers éléments recueillis.
Personne n’a rien vu. La scène s’est déroulée sans le moindre témoin oculaire, uniquement des témoins auditifs. Des enfants jouaient dehors au moment des tirs. Le ou les auteurs ont pris la fuite immédiatement et le mobile reste inconnu à ce stade.
La police scientifique à la recherche du calibre
Le dispositif déployé dimanche après-midi a été conséquent. Police secours, brigade anticriminalité et agents de la compagnie d’intervention ont sécurisé le secteur pendant que les enquêteurs de permanence du service local de police judiciaire recueillaient les premiers témoignages. Les abords immédiats de la scène sont restés inaccessibles plusieurs heures.
La police technique et scientifique, épaulée par l’Identité judiciaire, a photographié les lieux puis extrait les projectiles fichés dans le mur. L’objectif tient en une question : déterminer le type et le calibre de la ou des armes employées.
Un élément complique le travail des enquêteurs. Aucune douille n’a été ramassée au sol, ce qui prive les techniciens d’un support de comparaison balistique immédiat. Le reste du quartier est demeuré accessible aux habitants pendant les constatations.
Place Rosa Parks, un point de deal qui tourne jour et nuit
La cité de Montasinos n’est pas un secteur anodin. La place Rosa Parks qu’elle dessert abrite l’un des points de vente de stupéfiants les plus actifs de la capitale héraultaise, organisé en drive et ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les riverains le décrivent depuis longtemps comme une plaque tournante du cannabis et de la cocaïne.
Les opérations policières s’y succèdent depuis des années. Au printemps 2024, une opération place nette menée sur ce périmètre avait abouti à la saisie d’une kalachnikov, d’un pistolet-mitrailleur, de munitions et de produits stupéfiants. Un an plus tard, trois interventions en trois jours s’étaient soldées par plusieurs interpellations, dont celles de mineurs, avec résine, herbe, cocaïne et argent liquide saisis.
🔴 Hier 16h/19h #Aiguelongue Pl. Rosa Parks
🚔 Opération Place Nette
🐕🦺 Quand les chiens renifleurs & leurs maîtres @PoliceNat34 recherchent des stupéfiants nous :✅ Sécurisons le périmètre
✅ Accompagnons le contrôle d'un logement
✅ Enlevons 1 scooter & 2 voitures ventouses pic.twitter.com/13BdFUQdVyPolice Municipale de Montpellier (@PMMontpellier) 4 avril 2024
Les policiers n’avaient pourtant relevé aucune tension particulière sur ce secteur ces derniers jours. Le lien entre la fusillade et les activités de narcotrafic constitue une hypothèse de travail privilégiée, pas une certitude. Les saisies répétées de stupéfiants dans les quartiers montpelliérains rappellent la vitalité de ces réseaux.
Un mois d’août sous tension dans la métropole
Cette fusillade sans victime s’inscrit dans une séquence estivale particulièrement chargée pour les services de police de l’agglomération.
- 10 août : un adolescent de 16 ans tué lors d’une rixe à Port-Marianne
- 17 août : un Sétois de 19 ans abattu devant la discothèque l’Élite
- 18 août : fermeture administrative de l’Élite et de trois commerces par la préfète de l’Hérault
Le maire de la ville a fait de la lutte contre les réseaux un axe majeur de son mandat, entre expulsions de logements sociaux et fermetures d’épiceries de nuit soupçonnées de blanchiment. Michaël Delafosse avait haussé le ton fin juillet après les menaces de mort visant son homologue d’Alès, dénonçant des « marchands de mort » sur le plateau de France 3 Occitanie.
« La mobilisation contre le narcotrafic doit être une mobilisation de tous et de toutes. »
Michaël Delafosse, maire de Montpellier, sur France 3 Occitanie le 23 juillet 2026
Les investigations se poursuivent sous la conduite du service local de police judiciaire. Aucune interpellation n’a été annoncée à ce stade. Les habitants de l’Aiguelongue, eux, attendent de savoir si les tirs de dimanche relevaient d’un règlement de comptes manqué ou d’un simple avertissement.















