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Aéroport de Montpellier : 30 agents face au péril aviaire

Flamants roses et aigrettes dans une zone humide en bordure de piste, un avion au décollage

Flamants roses, aigrettes, canards colverts, outardes canepetières : la faune ailée a élu domicile aux abords des pistes de l’Aéroport Montpellier Méditerranée, à Mauguio. Chaque jour, une trentaine d’agents du service de prévention du risque animalier patrouillent pour éloigner ces voisins encombrants des 70 départs quotidiens que compte la plateforme héraultaise. Une mission discrète, réglementée et beaucoup plus technique qu’il n’y paraît.

Une plateforme posée sur un couloir migratoire

Si les oiseaux sont si nombreux ici, ce n’est pas un hasard de calendrier. L’aéroport occupe la rive nord-ouest de l’étang de l’Or, l’une des zones humides les plus fréquentées du littoral languedocien.

Les emprises aéroportuaires couvrent 470 hectares, dont 270 d’espaces naturels selon les chiffres publiés par l’exploitant : prairies méditerranéennes, prés salés, sansouïres. Un décor qui offre le gîte et le couvert aussi bien aux espèces sédentaires qu’aux migrateurs de passage.

Le site est même classé Natura 2000 au titre des directives européennes « Oiseaux » et « Habitats ». Autrement dit, l’aéroport est légalement tenu de préserver la faune qu’il doit simultanément tenir à distance de ses pistes.

L’Aéroport Montpellier Méditerranée, installé entre l’étang de l’Or et le littoral, à Mauguio

Pistolets d’alarme et chants d’oiseaux enregistrés

Les agents du service de prévention du risque animalier, le SPRA, prennent leur service trente minutes avant le lever du soleil et le quittent trente minutes après son coucher. Entre les deux, ils sillonnent les abords des pistes, le regard braqué vers le ciel.

Leur arsenal tient dans un coffre de véhicule. Deux pistolets d’alarme, une carabine, des munitions crépitantes ou détonantes selon la portée recherchée. À cela s’ajoute un boîtier qui diffuse une centaine de chants enregistrés, capables de faire décoller un groupe posé au mauvais endroit.

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La direction alloue au service un budget annuel de 60 000 euros. L’usure du matériel pèse lourd dans cette enveloppe : près de 70 munitions partent chaque journée, ce qui impose de remplacer barillets et canons tous les ans. Un pistolet coûte 600 euros. Le service en aligne une dizaine.

Des buses de Harris en renfort

Le bruit ne fait pas tout. Certaines espèces s’habituent vite aux détonations et reviennent se poser quelques minutes plus tard. D’où le recours ponctuel à une méthode nettement plus ancienne, la fauconnerie.

Cédric Toubas, effaroucheur installé dans la région, élève une cinquantaine de rapaces qu’il déploie sur différents sites. Pour les missions aéroportuaires, il privilégie la buse de Harris, un rapace sud-américain endurant que mouettes et goélands identifient immédiatement comme un prédateur.

« Il ne faut tout de même pas oublier que mes faucons sont des êtres vivants. »

Cédric Toubas, effaroucheur, cité par Midi Libre

Traduction : après quelques heures de vol, l’oiseau est relayé puis mis au repos. Le fauconnier décrit lui-même sa technique comme complémentaire des dispositifs sonores et pyrotechniques, jamais comme un substitut.

Les agents du SPRA sont formés au métier de pompier d’aéroport, présenté ici par l’Aéroport Montpellier Méditerranée

Un flamant rose percuté en 2017, plus rien depuis

Le dernier incident marquant remonte à mars 2017 : un Airbus avait heurté un flamant rose à l’atterrissage. Neuf ans plus tard, la plateforme n’a plus connu d’accident aviaire significatif.

À l’échelle nationale, le sujet reste pourtant tout sauf anecdotique. Le ministère de la Transition écologique recense en moyenne plus de 900 collisions avérées chaque année dans l’aviation civile française. Environ 7 % d’entre elles sont classées « sérieuses ».

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Derrière ce mot se cachent des situations très concrètes : dommages sur la structure ou les moteurs, arrêt moteur, décollage interrompu, atterrissage de prudence, retour au terrain de départ. Chaque exploitant aéroportuaire doit évaluer ce risque sur son emprise puis déployer les moyens de le réduire.

Protéger d’un côté, éloigner de l’autre

Le grand écart est permanent. Sur les 270 hectares naturels de la plateforme, l’exploitant a installé des ruches, des gîtes pour reptiles et hérissons, des nichoirs destinés à la chouette effraie, au petit-duc scops et aux chauves-souris. Des îlots rocheux ont aussi été reconstitués pour l’échasse blanche.

Ces aménagements figurent dans la politique environnementale de l’aéroport, certifié ISO 14001 depuis 2004. Dans le même temps, la préfecture de l’Hérault autorise chaque année le SPRA à prélever certaines espèces jugées trop problématiques près des pistes.

Cette gestion de la faune n’a rien d’un détail administratif. La sécurité des pistes fait partie des critères que scrutent les compagnies aériennes avant d’ouvrir une ligne. L’aéroport, qui affichait déjà 39 destinations à son programme d’été 2026, a franchi cette saison la barre de la quarantaine, un record pour la plateforme.

Le sujet reste discret dans la communication du secteur. Il conditionne pourtant le développement de la zone, alors que le projet d’Aéropole vise 2 000 emplois autour des pistes. Une trajectoire que suivent de près riverains et associations, dont le collectif écologiste qui a déposé plainte contre l’aéroport au printemps.