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Épisodes cévenols : Montpellier se prépare à un automne à risque

Le Lez en crue submerge le quai à Montpellier lors d'un épisode méditerranéen

Après un été marqué par cinq vagues de chaleur, Montpellier bascule dans une autre saison à risque. La Ville et la Métropole ont consacré leur conférence de rentrée aux risques majeurs, lundi 31 août, depuis le poste de commandement de l’hôtel de Ville. Le message tient en une phrase : la saison des épisodes méditerranéens s’ouvre et les habitants doivent s’y préparer.

Un été de tous les records

Les chiffres présentés par la municipalité dessinent une année hors norme. Le territoire a encaissé 52 jours de vagues de chaleur, étalés sur cinq séquences distinctes. Le compteur s’était arrêté à 33 jours en 2022 et à 22 jours en 2003. Une sixième vague est jugée possible pour cette fin de semaine, avec des maximales annoncées entre 37 et 38 degrés vendredi dans la région.

La sollicitation des services d’urgence suit la même courbe. Le Plan communal de sauvegarde, l’outil qui met en ordre de bataille les services municipaux dès qu’un événement grave frappe la ville, a été déclenché 26 fois entre septembre 2025 et août 2026 selon le bilan municipal. En 2022, il ne l’avait été que 14 fois. La démographie pèse aussi dans la balance : la Métropole accueille chaque année 8 300 à 8 600 nouveaux habitants, soit 1,8 % de population supplémentaire à informer et à protéger.

Les épisodes marquants ne manquent pas dans ce bilan. En décembre 2025, il est tombé 360 millimètres de pluie en une semaine sur la ville, dont 160 millimètres en six heures le 22 décembre. Plus près de nous, la tempête du 24 août a conduit la Ville à intervenir sur plus de 500 arbres devenus dangereux, selon Stéphane Jouault, adjoint délégué à la nature en ville. Les communes héraultaises sinistrées se sont depuis vu refuser l’état de catastrophe naturelle par la préfecture.

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Une Méditerranée surchauffée, carburant des épisodes cévenols

Si la vigilance est aussi appuyée cette année, c’est à cause de la mer. Les canicules enchaînées depuis mai ont fait grimper la mer à des températures très au-dessus de la normale, explique Alix Roumagnac, président de Predict Services, entreprise montpelliéraine spécialiste de l’anticipation des phénomènes météo extrêmes.

« Toutes ces canicules à répétition depuis le mois de mai ont continué à chauffer la Méditerranée. Cette Méditerranée chaude, c’est le carburant des épisodes cévenols. »

Alix Roumagnac, président de Predict Services

Le mécanisme est connu des habitants du pourtour méditerranéen. Une mer anormalement chaude s’évapore davantage. Cette humidité vient ensuite nourrir les dépressions de l’automne, avec à la clé des cumuls de pluie considérables, de la grêle ou des rafales violentes. L’expert appelle à surveiller ce risque « pour les trois ou quatre mois à venir », les épisodes cévenols pouvant s’étirer jusqu’en décembre.

La téléalerte, boudée par les Montpelliérains

Le dispositif sur lequel la municipalité a le plus insisté est aussi celui qui fonctionne le moins bien. La téléalerte municipale envoie gratuitement par SMS les consignes diffusées depuis le poste de commandement. L’inscription vaut un an. Elle est ouverte aux habitants comme aux entreprises, aux salariés qui viennent y travailler chaque jour sans y habiter, aux étudiants et aux personnes de passage.

Le taux d’inscription reste pourtant inférieur à 30 %, quand la collectivité vise 90 %, a fini par lâcher le maire devant la presse, rapporte Hérault Tribune. « Nous sommes très, très en retard », a reconnu Michaël Delafosse, maire et président de la Métropole, qui présente ce service comme une mission publique financée par la collectivité et la source la plus fiable en temps de crise.

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D’autres canaux complètent le dispositif : FR-Alert, qui prévient sur son téléphone toute personne se trouvant dans une zone de danger, les sirènes du réseau SAIP, les ensembles mobiles d’alerte et les comptes officiels de la collectivité, très sollicités cet été sur le risque incendie.

Ce que redoutent les secours : une alerte à la sortie des bureaux

Interrogé sur le scénario qui inquiète le plus, le maire a rapporté la crainte que lui avait confiée le contrôleur général Éric Florès, qui a dirigé le Sdis de l’Hérault jusqu’à la fin du mois d’août : « un épisode méditerranéen un vendredi à 17h ». Bureaux et écoles se vident au même moment, les trajets se multiplient et la circulation menace de se figer sur des routes qui peuvent passer sous l’eau en quelques minutes.

D’où le message des sapeurs-pompiers, contre-intuitif pour beaucoup de parents : laisser la voiture au garage plutôt que d’aller récupérer ses enfants. Chaque école dispose d’un plan particulier de mise en sûreté, qui organise la mise à l’abri des élèves sur place. Un véhicule peut être emporté par cinquante centimètres d’eau dès qu’il y a du courant. À pied, la même hauteur peut suffire à faire chuter une personne.

« La meilleure intervention pour nous c’est celle qu’on ne fait pas. »

Lieutenant-colonel Gilbert Arnal, chef du groupement gestion des risques du SDIS de l’Hérault

Les réflexes rappelés lors de la conférence tiennent en quelques lignes :

  • se mettre à l’abri dans un bâtiment en dur et bouger le moins possible ;
  • renoncer à la voiture comme à la traversée d’une zone inondée à pied ;
  • appliquer les consignes des autorités en s’informant sur les canaux officiels ;
  • réserver le téléphone aux urgences vitales ;
  • couper le courant et laisser l’ascenseur de côté.
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Ce que la collectivité a mis en face

La Ville a revu son Plan communal de sauvegarde en 2025 avant de bâtir un plan intercommunal de sauvegarde à l’échelle métropolitaine en 2026. S’y ajoutent une réserve citoyenne, un registre de suivi des personnes vulnérables, l’ouverture de lieux frais pendant les canicules, des bassins de rétention, la désimperméabilisation des sols et la lutte contre le ruissellement.

Côté équipements, un troisième centre de secours a été inauguré en juin dans le sud de la commune. Un hôtel des Sécurités doit sortir de terre à Celleneuve à l’horizon 2029. Michaël Delafosse défend une ligne d’investissement qu’il entend prolonger à l’échelle métropolitaine, au nom de la résilience du territoire.

« Nous sommes prêts, avec cette salle et les moyens humains, ainsi que les investissements qui sont là. Nous fournissons les informations, il faut s’en emparer et quand il y a une alerte chacun doit la prendre au sérieux. »

Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole

Reste la part qui échappe aux collectivités. La Ville décline sa doctrine en quatre étapes : connaître les risques de son quartier, s’y préparer matériellement, limiter son exposition puis s’engager. Cela passe par un kit permettant de tenir 72 heures, le débroussaillement là où il est obligatoire et l’inscription à la téléalerte. Le document d’information communale sur les risques majeurs, téléchargeable sur le site de la Ville, recense les menaces auxquelles la commune est exposée.