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Insécurité aux Grisettes : Montpellier éclaire en urgence

Rue résidentielle éclairée par un lampadaire la nuit dans un quartier neuf de Montpellier

Les habitants de la résidence le K, au bout de la rue de la Madeleine, dans le quartier des Grisettes, ont fait signer une pétition citoyenne qui a réuni plus de 230 signatures. Ils dénoncent des rassemblements nocturnes sur une aire de retournement laissée sans éclairage. La Ville de Montpellier a fait installer un mât provisoire vendredi 7 août. Il sera mis en service ce lundi 10 août.

Une aire de retournement plongée dans le noir chaque soir

L’éclairage public s’arrête au niveau de la résidence, à la lisière de l’agriparc du Mas Nouguier. Au-delà s’ouvre une aire de retournement destinée aux véhicules de collecte des déchets. Le lieu passe la nuit dans l’obscurité complète, avec très peu de passage.

« Comme cet espace se trouve dans l’obscurité complète à la nuit tombée et qu’il y a très peu de passage, des jeunes y viennent chaque soir. Ce sont souvent les mêmes véhicules. »

Jean-Jacques Maréchal, habitant de la résidence le K

Musique poussée à fond, alcool, bonbonnes de gaz hilarant abandonnées au sol et retrouvées chaque matin par les riverains : le tableau dressé par les riverains est celui d’un point de rendez-vous nocturne installé dans la durée. Les habitants disent même soupçonner un nouveau point de deal. La pétition rapporte un épisode plus insolite encore, celui d’un coiffeur venu s’installer sur la place avec son miroir et son matériel pour couper les cheveux en plein air.

La situation a basculé au printemps avec l’incendie de deux véhicules à quelques jours d’intervalle, les 19 mai et 5 juin. Les herbes sèches qui bordaient alors la route étaient très hautes et faisaient craindre aux riverains un risque d’incendie. Les nuisances ne se limitent pas à la nuit : une habitante raconte être rentrée vers 16 h 30 et avoir trouvé un individu en train d’escalader la rambarde menant à son balcon, pendant que trois autres attendaient devant le bâtiment. Un voisin les a fait fuir. Ils sont revenus une heure et demie plus tard pour s’installer sur le parking.

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Un éclairage à 12 000 euros, un définitif à 80 000

En plus de la pétition, les habitants ont adressé un courrier au maire, à la préfète de l’Hérault et à la police municipale. Vendredi 7 août en début de matinée, les services techniques de la Ville sont venus poser un éclairage provisoire au bout de la rue.

« La réponse du maire au courrier qu’il a reçu a été très rapide. Je me suis moi-même rendue sur place ainsi que Sébastien Cote pour appréhender au mieux la situation. »

Annie Benezech, adjointe déléguée au quartier

Le dispositif temporaire représente un investissement de 12 000 €. Il doit s’allumer pour la première fois ce lundi 10 août. Un éclairage définitif suivra, chiffré cette fois à 80 000 €, sans calendrier annoncé à ce stade. La municipalité rappelle de son côté que les abords de l’aire de retournement ont été fauchés dès le 22 juillet et que la police municipale y est intervenue à onze reprises depuis cette date. Deux de ces passages ont donné lieu à des évictions : quatre personnes le 22 juillet, cinq le 30 juillet. Les neuf autres rondes n’ont rien donné.

Les riverains réclament aussi l’installation d’un système de vidéoprotection et, à terme, la fermeture du point de retournement au grand public par une borne. Les caméras de voie publique de la Ville, pilotées depuis le Centre de supervision urbaine, avaient permis en juin de retrouver le vélo d’un lycéen volé pendant les épreuves du baccalauréat.

Ce que prévoit le Plan Lumière de la Métropole

La demande des habitants des Grisettes tombe dans un cadre déjà écrit. Le Plan Lumière, adopté par le conseil métropolitain, décline une quinzaine d’objectifs pour la politique d’éclairage public. Le cinquième s’intitule « Renforcer le sentiment de sécurité de la population ». Parmi les actions qu’il énumère figure celle de « requalifier par la mise en lumière les lieux générateurs de sentiment d’insécurité ».

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Le même document invite pourtant à la prudence sur le lien entre lumière et délinquance. Il rappelle qu’aucune étude n’a démontré à ce jour de corrélation entre l’extinction de l’éclairage public et l’évolution des agressions ou des cambriolages. Plusieurs travaux nationaux réfutent même ce lien. Le parc métropolitain comptait 79 283 points lumineux fin 2022. À la même date, 47,5 % des luminaires avaient été rénovés en technologie LED.

La rue de la Madeleine, aux Grisettes, à un peu plus de 600 mètres à vol d’oiseau de la station de tramway Sabines.

Les commerces de nuit du secteur déjà encadrés depuis janvier

Pour les habitants, l’obscurité n’explique pas tout. Ils pointent l’installation de commerces ouverts en soirée dans le secteur de la Rambla des Calissons, épicentre du quartier, en particulier une épicerie de nuit. Le comité affirme s’être plaint à plusieurs reprises auprès de la Ville des nuisances causées par une partie de leur clientèle.

Cette artère figure justement dans le périmètre du dernier arrêté municipal sur les épiceries de nuit, entré en vigueur le 12 janvier. Elle constitue avec une portion de l’avenue de Toulouse le secteur 6 « Croix d’Argent », l’un des neuf périmètres visés. Dans ces zones, les commerces concernés doivent baisser le rideau de 22 h à 6 h du jeudi soir au lundi matin toute l’année. Les autres nuits, la vente d’alcool y est interdite sur la même plage horaire et les bouteilles doivent être rendues inaccessibles à la clientèle.

Le protoxyde d’azote relève d’un autre texte. Un arrêté signé par Michaël Delafosse le 16 septembre 2024 en interdit la vente hors grossistes et commerces spécialisés, ainsi que la détention et la consommation sur l’espace public montpelliérain. Un premier arrêté de juillet 2020 avait limité l’interdiction aux mineurs. Les contrôles menés depuis dans les quartiers ont montré l’ampleur du phénomène : près de 400 bouteilles saisies à la Mosson lors d’une seule opération en avril. Les épiceries qui s’affranchissent des horaires s’exposent à une fermeture administrative, comme celle qui a visé fin avril un commerce du Faubourg du Courreau.

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Les dégradations au plus haut niveau depuis dix ans

Le ressenti des habitants trouve un écho dans les statistiques du ministère de l’Intérieur. La police et la gendarmerie ont enregistré 4 428 destructions et dégradations volontaires sur le territoire de Montpellier en 2025, contre 3 554 l’année précédente, soit une hausse de près d’un quart. Le niveau n’avait jamais été aussi élevé depuis 2016, année de début de la série communale.

Rapporté à la population, cela représente 14,27 infractions pour 1 000 habitants, contre 10,38 à l’échelle de l’Hérault. Cet indicateur agrège l’ensemble des destructions et dégradations enregistrées sur la commune, sans distinction de quartier.

Les Grisettes ne sont pourtant pas un quartier laissé à l’abandon. La ZAC, dont l’élaboration a débuté en 2005, vise environ 1 500 logements et figure parmi les opérations engagées dans la démarche nationale ÉcoQuartier, avec son agriparc de 20 hectares, son groupe scolaire à énergie positive et son chauffage urbain alimenté par la méthanisation des déchets de Garosud. La rue de la Madeleine reste, elle, dépourvue de ralentisseurs, un point que les riverains soulèvent également face aux véhicules qui déboulent en journée.