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Rue Eurydice à Montpellier : quinze commerces de nuit pour une résidence

Quinze des dix-sept cellules commerciales de la résidence Eurydice, à Montpellier, sont occupées par des commerces ouverts la nuit. Les copropriétaires décrivent des nuits blanches, des parties communes vandalisées et un patrimoine qui se déprécie. La rue donne pourtant son nom à l’un des neuf secteurs de l’arrêté municipal censé encadrer les épiceries de nuit depuis janvier.

Quinze commerces de nuit pour dix-sept cellules

La résidence privée Eurydice s’élève rue Eurydice, dans le quartier de La Martelle, à la lisière de Celleneuve et de La Paillade. Ce double bâtiment abrite dix-sept cellules commerciales. Quinze sont exploitées par des épiceries de nuit, des barbiers, un lounge et des restaurants rapides, selon le décompte publié mercredi 9 septembre par Midi Libre, qui décrit une concentration sans équivalent dans la capitale héraultaise.

Les propriétaires interrogés par le quotidien racontent des soirées où trouver une place de stationnement devant chez soi relève de l’exploit. Ils décrivent aussi le bruit qui court jusqu’à quatre heures du matin, les cartouches de gaz ramassées le lendemain dans la résidence et des accès sécurisés cassés à mesure qu’ils sont réparés. Plusieurs témoignent sous couvert d’anonymat, au regard des pressions exercées dans le secteur. Un point de deal s’est installé dans la rue voilà environ trois ans, selon ces mêmes riverains.

Une copropriété plombée par 150 000 euros d’impayés

Le volet financier pèse autant que les nuisances. Eurydice 1 et 2 totalisent 140 lots de copropriété avec moins de 5 % de propriétaires occupants. Environ la moitié des copropriétaires accusent des retards de paiement, dont trois pour des sommes supérieures à 10 000 euros. La dette globale atteint 150 000 euros. Le cabinet Pecoul, gestionnaire de la résidence, a demandé la désignation d’un administrateur ad hoc chargé de récupérer les fonds.

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Cette fragilité bloque tout. Les portes d’accès régulièrement dégradées attendent leur réparation. Surtout, un plan pluriannuel de rénovation énergétique chiffré à 1,50 million d’euros, dont 400 000 euros de subventions destinées aux copropriétés dégradées, a été voté en assemblée générale sans pouvoir démarrer. Tant que la dette subsiste, l’accès au crédit reste fermé, résume un acteur du dossier auprès de Midi Libre.

Une rue qui a donné son nom à un secteur de l’arrêté municipal

La rue n’a pourtant rien d’un angle mort réglementaire. Depuis le 12 janvier 2026, un arrêté municipal encadre les épiceries de nuit dans neuf secteurs de Montpellier. Le quatrième s’intitule « Celleneuve – Eurydice » et couvre la rue Eurydice, la rue Orphée, la rue des Grèzes, l’avenue de la Liberté ou encore la route de Lodève. Les règles y sont les suivantes :

  • fermeture des épiceries de nuit entre 22 h et 6 h, du jeudi soir jusqu’au lundi matin inclus, sur toute l’année
  • interdiction de vendre de l’alcool entre 22 h et 6 h les autres nuits de la semaine
  • obligation de placer les boissons alcoolisées hors de portée des clients durant ces créneaux

Trois gérants avaient attaqué ce texte devant le tribunal administratif de Montpellier. Leur requête en suspension a été rejetée le 25 février 2026. Du côté de l’État, les services préfectoraux comptabilisent 36 procédures administratives déclenchées depuis 2020 contre les commerces de cette seule rue, du non-respect des horaires jusqu’à la vente de tabac de contrebande ou de protoxyde d’azote. En avril, une épicerie de la rue avait été trouvée ouverte alors qu’un arrêté préfectoral la fermait pour trois mois. Les policiers y avaient saisi 350 flacons de protoxyde d’azote et 135 paquets de cigarettes issues de la contrebande.

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Ce que la loi Ripost change pour les commerces

L’arsenal vient d’être renforcé. La loi du 18 août 2026 dite Ripost a créé un article L. 333-4 du code de la sécurité intérieure. Le préfet peut désormais ordonner la fermeture partielle ou totale d’un établissement qui commercialise du protoxyde d’azote en violation des interdictions, pour une durée d’un mois au maximum. La mesure suppose une mise en demeure préalable d’au moins quarante-huit heures, sauf urgence. En cas de réitération, la fermeture peut atteindre six mois, que le ministre de l’Intérieur peut prolonger d’une durée équivalente.

Le même article institue un délit d’inhalation de protoxyde d’azote hors de tout acte médical, puni d’un an d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende. L’interdiction générale de vente du produit aux particuliers, elle, entrera en vigueur le 1er février 2027. La préfecture de l’Hérault indique s’appuyer sur ce texte depuis le 1er septembre pour allonger les durées de fermeture des commerces qui troublent l’ordre public. Une arme supplémentaire face à des gérants qui, selon les habitants d’Eurydice, déplacent la marchandise et amortissent les amendes.

Delafosse réclame un droit de regard sur les commerces

Michaël Delafosse assume ses limites. Le maire de Montpellier rappelle multiplier les procédures contre ces commerces, de la vague de fermetures administratives de cet été aux blocs de béton posés devant l’épicerie de nuit du quartier Saint-Martin. Il dit aussi buter sur le droit.

« Mais quand une cellule commerciale mute, je ne peux que subir. Je veux pouvoir donner un avis sur les commerces de la ville. La liberté du commerce je l’entends mais aussi celle des gens de pouvoir vivre dans le calme. »

Michaël Delafosse, maire de Montpellier, dans Midi Libre

L’édile réclame une évolution législative qui donnerait aux maires un avis sur l’implantation des commerces, comme ils en disposent pour les grandes surfaces. Il cite le précédent de la rue de Las Sorbes, où d’anciens locaux commerciaux ont été rachetés puis démolis. Une opération qu’il chiffre à un million d’euros d’argent public. C’est précisément la solution que réclament plusieurs habitants d’Eurydice, convaincus que rien ne changera tant que les cellules resteront en place.

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Localisation : rue Eurydice, quartier de La Martelle, Montpellier

Le gestionnaire de la copropriété veut croire à un redressement et cherche à élargir le tour de table des financeurs du projet de rénovation. Les copropriétaires les plus impliqués partagent cette conviction. Le recouvrement des impayés, lui, passera par l’administrateur ad hoc dont le cabinet Pecoul a demandé la désignation.