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Saint-Suaire : la prochaine ostension annoncée à Montpellier

Le porche monumental de la cathédrale Saint-Pierre de Montpellier

L’annonce a traversé les Alpes avant d’être livrée à Montpellier. Dimanche 16 août, à la fin de la messe des fêtes de la Saint-Roch, un membre de la confrérie qui veille sur le Saint-Suaire de Turin a révélé devant une cathédrale Saint-Pierre comble que le célèbre linceul sera de nouveau montré aux fidèles. Une information attendue depuis plus de dix ans par les catholiques du monde entier.

Un tube de dessins et une révélation en fin de messe

Personne dans l’assistance ne s’y attendait. L’homme qui s’avance vers le micro tient entre ses mains un simple étui à dessins. Il s’appelle Marco Raiteri, il est vice-président de la Famija Turinéisa et surtout membre de la Confrérie du Saint-Suaire, gardienne du drap de lin conservé à Turin. Chaque année, il fait le déplacement à Montpellier pour les fêtes de la Saint-Roch.

Sa phrase tombe devant une nef pleine à craquer. Une nouvelle exposition publique du linceul est en préparation. Elle interviendra d’ici deux à trois ans, précise-t-il. Aucune date officielle n’a été communiquée par le diocèse de Turin à ce stade.

« Il était important pour moi de partager cette nouvelle absolue et de le faire à Montpellier. On est en train de travailler à une nouvelle exposition extraordinaire du Saint-Suaire. »

Marco Raiteri, membre de la Confrérie du Saint-Suaire de Turin

Une relique devenue quasi invisible depuis 2015

Le linceul de Turin est ce drap de lin de plus de quatre mètres qui porte l’empreinte d’un homme supplicié. Pour les fidèles, il s’agit du tissu qui a enveloppé le corps du Christ. Pour l’Église, qui n’a jamais tranché la question de son authenticité, c’est une icône à vénérer plutôt qu’une relique attestée. Une datation au carbone 14 réalisée en 1988 l’avait situé entre 1260 et 1390, un résultat contesté depuis par plusieurs équipes de chercheurs.

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Le visage du Saint-Suaire de Turin en image directe et en négatif
Le visage du linceul de Turin : à gauche tel qu’il apparaît sur le tissu, à droite après traitement numérique. Photo Dianelos Georgoudis / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Voir le tissu de ses propres yeux relève de l’événement rare. Le drap dort dans une châsse blindée de la chapelle Guarini, à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin, sous une atmosphère d’argon qui le protège de l’oxydation et de la lumière. Les sorties se comptent sur les doigts d’une main en un demi-siècle.

  • 10 avril au 23 mai 2010 : plus de 2,1 millions de visiteurs à Turin
  • 19 avril au 24 juin 2015 : dernière ostension publique de longue durée, environ un million de visiteurs, dont le pape François le 21 juin
  • 11 avril 2020 puis Samedi saint 2021 : deux ostensions télévisées, le temps d’une célébration, en pleine pandémie

Le Jubilé de 2025 n’a pas dérogé à la règle. Faute d’exposition physique, le diocèse de Turin avait monté une tente piazza Castello du 28 avril au 5 mai, avec une reproduction numérique grandeur nature. Plus de 30 000 personnes venues de 79 pays s’y sont pressées en huit jours. Le prolongement de ce dispositif, le site Avvolti, permet depuis janvier d’explorer le linceul point par point en quatre langues. Le pape Léon XIV en a reçu la présentation au Vatican des mains du cardinal Roberto Repole, archevêque de Turin et custode du Suaire.

Le linceul posé à plat, une première pour les pèlerins

La prochaine ostension ne ressemblera pas aux précédentes. Jusqu’ici, le drap était présenté encadré et accroché au mur, face à une file de pèlerins qui défilaient devant lui. Le dispositif va changer.

Selon Marco Raiteri, le linceul sera cette fois posé à l’horizontale sur une sorte de table, de manière que les visiteurs puissent en faire le tour. La châsse d’ostension, montée sur un chariot capable de basculer de la position couchée à la position verticale, permet techniquement cette mise en scène inédite.

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Un fil tendu entre Montpellier et Turin

Le choix de Montpellier pour lâcher l’information n’a rien d’un hasard. Depuis 1995, année où Georges Frêche a voulu doter la ville d’une grande fête estivale, l’Association internationale Saint-Roch réunit chaque 15 et 16 août des délégations italiennes venues de Sarmato, Voghera, Piacenza ou Turin. Marco Raiteri y incarne traditionnellement Gianduja, la figure populaire de la commedia dell’arte piémontaise.

À la tête de l’association depuis trente et un ans, Anne-Marie Conte-Privat avait préparé la surprise avec lui. « Toute la partie culturelle est organisée par l’association et la Ville, toute la partie cultuelle par la cathédrale Saint-Pierre, le sanctuaire Saint-Roch et le diocèse », rappelait-elle avant les festivités de cette année, marquées par les lanceurs de drapeaux d’Alba et raccourcies en raison de la canicule.

Le Turinois n’est pas venu les mains vides. Aidé d’Alexandre Koren, baron de Caravètes, il a déroulé devant la foule une reproduction officielle du Saint-Suaire, bénie par le cardinal Repole. Ces copies conformes sont rares, le diocèse de Turin n’en offrant qu’au compte-gouttes. Celle-ci revient désormais au diocèse de Montpellier.

« Je suis extrêmement ému. De par mon nom Turini, mes origines paternelles piémontaises, je suis encore plus touché. Merci de tout cœur. »

Mgr Norbert Turini, archevêque de Montpellier

L’archevêque, installé sur le siège de Montpellier depuis 2022, a reçu dans la foulée une invitation à Turin pour le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, patron de la cité piémontaise. Il a dit vouloir l’honorer. La date n’est pas anodine : c’est aussi celle qui avait clôturé l’ostension de 2015. De quoi nourrir les spéculations des sindonologues sur le calendrier de la prochaine.

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Pour les Montpelliérains, l’épisode confirme le statut singulier de la cathédrale Saint-Pierre et du culte de saint Roch, né dans la ville au milieu du XIVe siècle et vénéré de la Lombardie au Québec. Un patron de pèlerins qui continue, sept siècles plus tard, de faire circuler les nouvelles entre les deux rives des Alpes.