La conférence très attendue de Daniel Cohn-Bendit à Montpellier n’aura pas lieu. Prévue ce mardi 30 juin à la salle Pétrarque, sa venue a été abandonnée après une pétition qui a rassemblé plus de 7 200 signatures en quelques jours. L’ancien eurodéputé sort aujourd’hui du silence et dénonce un climat qu’il juge dangereux pour le débat public.
Une conférence prévue salle Pétrarque autour de son livre
L’ancien leader de Mai 68 devait présenter son ouvrage Souvenirs d’un apatride devant le public montpelliérain. La rencontre était organisée par l’association Sepharim, en partenariat avec l’Institut universitaire Maïmonide-Averroès-Thomas d’Aquin.
Dans ce livre, Daniel Cohn-Bendit revient sur l’histoire de ses parents, des réfugiés juifs antinazis, sur son parcours politique européen et sur son rapport à son identité. Figure de l’écologie politique et défenseur d’une Europe fédérale, il reste une personnalité régulièrement présente dans le débat national.
Une pétition de plus de 7 200 signatures
L’annonce de sa venue a déclenché une vive mobilisation sur les réseaux sociaux. Mise en ligne le 14 juin sur la plateforme Change.org par une Montpelliéraine, une pétition réclamait l’interdiction de l’événement. Le texte estimait que sa présence représentait « une insulte à toutes les victimes de pédocriminalité ».
En quelques jours, le compteur a dépassé les 7 200 signatures. Les signataires demandaient au maire de Montpellier et à la préfète de l’Hérault d’intervenir pour faire annuler la rencontre. Aucune décision officielle d’interdiction n’a finalement été prise par les autorités locales. Ce sont les organisateurs eux-mêmes qui ont préféré renoncer face à l’ampleur de la contestation. À l’origine de cette colère figurent des propos tenus par l’intéressé en 1982 sur le plateau de l’émission Apostrophes, dans lesquels il évoquait la sexualité des enfants.
Daniel Cohn-Bendit dénonce un « tribunal des réseaux sociaux »
Quelques jours après avoir renoncé à se déplacer, l’ancien député européen a réagi pour la première fois dans un entretien à la presse locale. Il dit avoir été blessé par cette affaire et juge ces déclarations passées « inacceptables », tout en assurant qu’aucune accusation n’a jamais été portée contre lui sur le plan judiciaire.
« Ces propos datent de 55 ans. On doit me critiquer et je me critique moi-même sur ces propos. Il n’y a jamais eu un geste, une accusation ou une enquête. »
Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen
Il estime avoir affronté un « tribunal des réseaux sociaux avec une connotation politique ». L’intéressé rappelle avoir présenté son livre partout en France et en Allemagne sans rencontrer le moindre incident. Au-delà de son cas personnel, il voit dans cet épisode le symptôme d’un climat tendu. « On est dans un monde d’une agressivité très dangereuse. On ne veut plus écouter l’autre, on veut l’agresser », déplore-t-il.
Les organisateurs évoquent une « campagne de dénigrement »
Du côté de l’association Sepharim, la décision suscite de l’amertume. Les organisateurs regrettent une « campagne de dénigrement » et soulignent que la soirée devait porter sur un livre consacré à la mémoire familiale, à la judéité et à la lutte contre l’antisémitisme. Le sujet réel de la conférence, rappellent-ils, n’avait rien à voir avec la polémique.
Les organisateurs préfèrent parler d’un report plutôt que d’une annulation définitive. Aucune nouvelle date n’a toutefois été communiquée à ce stade. Cette affaire intervient dans un contexte national particulièrement sensible autour de la protection de l’enfance, qui a amplifié la mobilisation montpelliéraine.
L’épisode relance une question récurrente dans la capitale héraultaise après l’interruption d’une conférence à l’Université de Montpellier ou encore l’annulation d’événements associatifs ces dernières semaines : celle de la place laissée au débat contradictoire quand une mobilisation en ligne s’oppose à la tenue d’un rendez-vous public.















