Amin, étudiant iranien, vit depuis un peu plus de deux ans chez Jean, retraité de la restauration, dans un T3 du quartier Millénaire. Leur binôme est l’un de ceux qu’a formés à Montpellier le dispositif « 1, 2 et Toit », une cohabitation entre un locataire senior du parc social et un jeune de moins de 30 ans. La Ville a remis cette formule en avant ce mardi 11 août, sous un encadré intitulé « Sensibiliser les locataires ».
Un T3 de 83 m² pour un peu plus de 200 euros
Le dispositif a été lancé en septembre 2022 par ACM Habitat, l’office public de l’habitat de la métropole, en partenariat avec Info Jeunes Occitanie. Il ouvre à un locataire du parc social de plus de 60 ans, vivant seul et de façon autonome, la possibilité de louer une chambre meublée à un jeune engagé dans des études ou une formation professionnelle.
Jean occupe son appartement de 83 m² depuis dix ans dans une résidence d’ACM Habitat récemment rénovée. Il dit avoir découvert la formule par une information jointe à ses quittances de loyer. Amin, lui, est passé devant la vitrine d’Info Jeunes Occitanie. Inscrit en licence accès santé, il cherchait du calme après plusieurs expériences de colocation.
La contrepartie financière reste modique. Pour un T3 partagé, Amin dit payer « un loyer à peine supérieur à 200 euros par mois ». Le parcours d’entrée est court : Info Jeunes Occitanie recueille les propositions des seniors, examine les dossiers des jeunes puis organise la rencontre. Jean décrit un premier rendez-vous de trente minutes suivi d’un mois d’essai. « Au bout de 10 jours, on savait que c’était bon », résume-t-il. Côté jeune, il n’y a « pas de caution à fournir, de garanties », souligne Amin.
Un contrat qui échappe à la loi de 1989
La cohabitation intergénérationnelle se pratique en France depuis 2004 à l’initiative d’associations. Elle n’a reçu un cadre juridique qu’avec la loi ELAN du 23 novembre 2018, rappelle l’Agence nationale pour l’information sur le logement dans une fiche éditée en février 2026.
Le contrat lie une personne de soixante ans et plus à une personne de moins de trente ans « moyennant une contrepartie financière modeste », selon les termes du code de la construction et de l’habitation. La loi du 6 juillet 1989 sur les baux d’habitation ne s’y applique pas. Une charte nationale fixée par arrêté du 13 janvier 2020 encadre les pratiques. Chacune des deux parties peut rompre l’accord avec un préavis d’un mois.
Deux règles pèsent particulièrement dans le parc social. Le locataire senior doit informer son bailleur, qui ne peut pas s’y opposer. La contrepartie demandée au jeune, elle, se calcule au prorata du loyer et des charges rapportés à la surface habitable. Quant aux « menus services » rendus par le jeune, la loi exclut tout lien de subordination ainsi que toute requalification en contrat de travail.
Six binômes en 2023, un horizon annoncé à 300 ou 400
Le 21 juin 2023, jour de l’inauguration officielle au Lab by Altémed, le communiqué d’ACM Habitat faisait état de six binômes constitués depuis le lancement. Le président de l’office, Michel Calvo, annonçait viser « une cinquantaine de projets » d’ici 2024.
Début juillet 2023, la radio publique ici Hérault rapportait un horizon nettement plus large : le bailleur et l’association espéraient créer entre 300 et 400 cohabitations de ce type à Montpellier d’ici 2026-2027. La cheffe de projet d’ACM Habitat y décrivait une expérimentation de trois ans calée sur dix binômes par an, avec un objectif ultime de cinquante annuels.
Le point d’étape, lui, manque toujours. L’article publié par la Ville ce mardi ne livre aucun chiffre sur le nombre de binômes formés depuis 2022 ni sur celui des seniors inscrits. La page consacrée au dispositif sur le site d’Info Jeunes Occitanie n’en publie pas davantage.
Six fois plus de demandes de jeunes que de seniors
Le déséquilibre entre les deux publics n’est pas propre à Montpellier. Dans son rapport d’activité 2025, publié le 6 juillet, le réseau Cohabilis, qui fédère 70 structures d’habitat partagé et de cohabitation intergénérationnelle solidaire, a compilé les demandes reçues par cinquante-trois de ses adhérents : 6 305 demandes émanant de personnes de moins de 30 ans, contre 1 048 venant de personnes de plus de 60 ans sur la seule année 2025. Le réseau précise que ce second chiffre est à prendre avec précaution, les seniors passant souvent par le téléphone sans être comptabilisés.
Le même document recense 1 114 contrats signés au cours de l’année, auxquels s’ajoutaient 616 contrats déjà en cours au 1er janvier. Il relève qu’un équivalent temps plein salarié est nécessaire pour constituer puis suivre en moyenne 46 binômes.
« Beaucoup de locataires, après le départ de leurs enfants ou le décès de leur conjoint continuent à vivre seuls, dans de grands appartements. Ils auraient pourtant de l’espace disponible pour accueillir un jeune, en galère de logement. »
Jean, locataire volontaire du dispositif « 1, 2 et Toit »
À Montpellier, la population potentiellement concernée est nombreuse. D’après le recensement 2023 de l’Insee, 40,8 % des Montpelliérains de 65 à 79 ans vivant en ménage ordinaire habitent seuls, une proportion qui monte à 50,9 % chez les 80 ans ou plus. Les ménages d’une seule personne pèsent 54,8 % des 165 709 ménages de la commune. Côté bâti, 10,4 % des résidences principales sont classées en sous-occupation accentuée par l’Insee, 7,6 % en sous-occupation très accentuée.
La demande étudiante, elle, ne faiblit pas. La commune comptait 85 498 étudiants inscrits dans ses établissements d’enseignement supérieur à la rentrée 2024, selon l’atlas régional du ministère de l’Enseignement supérieur. La ville figure depuis trois ans sur le podium du classement des villes étudiantes de L’Étudiant. Une enquête de Que Choisir Ensemble parue en juillet établissait que 93 % des annonces de logements étudiants analysées dans la ville dépassaient l’encadrement des loyers, de 161 euros par mois en moyenne.
Comment candidater avant la rentrée
Les jeunes s’inscrivent auprès d’Info Jeunes Occitanie, qui recueille aussi les propositions des seniors volontaires. La structure tient une permanence au 6 rue d’Obilion, dans le centre de Montpellier, ouverte du lundi au vendredi de 9 h à 13 h puis de 14 h à 17 h, le jeudi uniquement l’après-midi. Un formulaire en ligne est accessible depuis la page du dispositif.
Une deuxième structure pourrait proposer ce type de cohabitation à Montpellier. Toujours dans son rapport 2025, Cohabilis indique avoir accompagné l’association La Logitude en vue de l’ouverture de deux antennes, à Montpellier et à Aix-en-Provence, avec le recrutement de coordinatrices locales et un déploiement annoncé pour l’été 2026.
Jean, lui, résume l’expérience à sa façon. Il y voit « une manière de maintenir un lien social, éviter peut-être un repli sur soi ». Le retraité parle d’un « combo gagnant » entre la fraîcheur du jeune et l’expérience de l’ancien.















