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Corrida à Palavas : la ville menacée de poursuites

Les arènes de Palavas-les-Flots vues depuis le parking

Une corrida est programmée le samedi 10 octobre dans les arènes de Palavas-les-Flots, après dix années d’absence dans la station. L’annonce a suffi à déclencher en deux jours un courrier d’avocat adressé au maire et une pétition qui a franchi le cap des 2 600 signatures. La mairie renvoie vers l’entreprise à qui elle a confié l’exploitation du site.

Un mano a mano à l’affiche du 10 octobre

L’affiche est en ligne sur le site des arènes. Une « grande corrida de toros » y est annoncée le samedi 10 octobre à 16 heures, en mano a mano entre Morante de la Puebla, figure de la tauromachie espagnole, face au maestro français Clemente. Un sobresaliente, Alvaro de la Calle, complète le cartel. Six toros issus de ganaderías différentes sont prévus.

Sur la billetterie en ligne du délégataire, l’organisation est attribuée au Club Taurin Fourquesien. Les places s’échelonnent de 69 euros pour les quinzième à dix-neuvième rangs jusqu’à 150 euros au premier rang. Selon Midi Libre, Morante de la Puebla n’était plus apparu dans la programmation des arènes françaises depuis le début de l’année et avait déclaré forfait pour la Pentecôte nîmoise. Clemente sort de la feria de Saint-Gilles, où il a coupé quatre oreilles.

Le rendez-vous se tiendra dans les arènes Manuel Benítez « El Cordobés », avenue de l’Abbé Brocardi, à une dizaine de kilomètres au sud de Montpellier. Cette commune de 6 133 habitants n’appartient pas à la métropole montpelliéraine mais à la communauté d’agglomération du Pays de l’Or. Sa plage compte parmi celles que l’on rejoint depuis Montpellier en tramway puis en bus, sans voiture.

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Localisation : arènes El Cordobés, avenue de l’Abbé Brocardi, Palavas-les-Flots

La mairie renvoie vers son délégataire

Sollicité par France 3 Occitanie, le maire Christian Jeanjean n’a pas souhaité réagir. Dans un communiqué daté du 26 août, la municipalité indique que les arènes bénéficient d’une délégation de service public accordée à Vincent Ribera Organisation, qui a décidé de cette programmation. Le texte ajoute que « la ville n’est pas partie prenante de cette organisation ».

Le délégataire, lui, assume pleinement le choix. Il explique à France 3 Occitanie que l’arrêt des corridas tenait à des raisons économiques et que la venue du matador espagnol constitue une occasion exceptionnelle. Il ajoute que la tradition taurine locale a continué d’exister sans mise à mort, notamment à Mauguio. Il prévient enfin qu’il se défendra en cas d’attaque.

« On a une proposition avec Morante de la Puebla, le maître de la tauromachie espagnole, dont c’est la seule prestation en France. Cela ne se refuse pas. »

Vincent Ribera, délégataire des arènes de Palavas-les-Flots, à France 3 Occitanie

L’exercice a ses limites connues. Cinq jours plus tôt, le maire de Montpellier Michaël Delafosse avait publiquement jugé le chanteur Patrick Bruel « pas le bienvenu » dans sa ville sans que son concert du 29 octobre au Zénith Sud soit retiré de l’affiche. L’Alliance Anticorrida oppose de son côté un argument de droit : confier un équipement municipal à un exploitant privé ne fait pas disparaître les pouvoirs de police de l’élu, qui reste selon elle tenu d’examiner le projet. Ce sont ces mêmes pouvoirs qui ont permis à Villeneuve-lès-Maguelone d’encadrer par arrêté la pratique du naturisme sur une portion de la plage du Prévost, à la frontière de Palavas.

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Deux associations, deux angles d’attaque

L’Alliance Anticorrida a dégainé la première. Dès le 26 août, son avocat, maître Belaïche, a écrit au maire pour lui demander d’interdire la corrida, en raison de l’interruption de plusieurs années des spectacles taurins dans la commune. L’association présente cette démarche comme le préalable obligé à une action devant les tribunaux si la municipalité ne bouge pas.

« Après Pérols et La Brède, où l’Alliance Anticorrida a obtenu l’annulation de projets de réimplantation de corridas, Palavas-les-Flots est désormais dans notre viseur. La partie ne fait que commencer »

Claire Starozinski, présidente de l’Alliance Anticorrida

Présidé par le Montpelliérain Cyril Vaucelle, le Crac Europe a choisi la voie de la mobilisation. Sa pétition lancée jeudi sur Change.org réunissait 2 670 signatures vendredi matin, pour un objectif fixé à 5 000. Le texte réclame l’abandon du projet, l’absence de tout financement public et la publication des coûts liés à l’événement. L’association indique par ailleurs avoir saisi ses avocats pour étudier les recours possibles.

Le Crac Europe fait d’une phrase le cœur de son argumentaire. Elle a été prononcée par le maire en octobre 2017, après l’arrêt des corridas dans la station : « Tant que je serai maire, on ne fera plus de corrida. » La décision avait alors été justifiée par le coût de ces spectacles pour la collectivité, un argument que le délégataire reprend aujourd’hui à son compte pour expliquer les dix années de pause.

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Le précédent de Pérols plane sur le dossier

La commune voisine de Pérols a déjà perdu cette bataille. Le 2 octobre 2025, la cour administrative d’appel de Toulouse a confirmé le jugement rendu en juin 2024 par le tribunal administratif de Montpellier. Les magistrats ont relevé qu’aucune corrida ni aucune novillada ne s’y était tenue depuis 2002. De quoi écarter la notion de « tradition locale ininterrompue », seule exception qui met la tauromachie à l’abri des poursuites prévues par le code pénal en matière de cruauté envers les animaux.

La commune avait alors été condamnée à verser 1 500 euros aux deux associations qui portaient le dossier. En mai, la même association a fait interdire en référé une corrida programmée le 20 juin à La Brède, en Gironde.

La suite dépend maintenant de l’hôtel de ville. Si le maire ne prend aucune mesure, l’Alliance Anticorrida a annoncé qu’elle saisirait la justice. Le délégataire, de son côté, affirme qu’il maintiendra la corrida sauf décision contraire d’un tribunal. La billetterie reste ouverte, à quarante-trois jours de la date annoncée.