Montpellier Info

Toute l'actualité de Montpellier et sa région en direct

Repas à 1 € : le Crous plafonne la capacité de ses restos U à Montpellier

Salle d'un restaurant universitaire bondée à l'heure du déjeuner

Les restaurants universitaires montpelliérains vont fonctionner avec une limite d’accueil. Le Crous de Montpellier-Occitanie fixe en ce moment une capacité maximale pour chacun de ses points de restauration, cinq mois après l’ouverture du repas à 1 € à tous les étudiants. Des agents décrivent un rythme intenable derrière les caisses, un syndicat étudiant dénonce un rationnement.

Une mesure débordée par son succès

Le tarif social à 1 € a longtemps été réservé aux boursiers ainsi qu’aux étudiants repérés comme précaires. Les autres réglaient 3,30 € le repas complet. Le 4 mai, le dispositif s’est ouvert à l’ensemble des étudiants de l’académie, aux apprentis, aux alternants, aux doctorants ainsi qu’aux volontaires en service civique, sur présentation d’un compte Izly actif.

L’effet a dépassé les prévisions. Le chiffrage initial de la généralisation reposait sur une hypothèse de hausse de fréquentation de 10 %, pour un coût annuel estimé à 90 millions d’euros, rappelle l’AFP. Le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous) fait aujourd’hui état de 48 % de repas supplémentaires à l’échelle du réseau depuis la rentrée, soit 1,3 million de repas de plus qu’à la rentrée 2025.

À Montpellier, les files d’attente ont pris de l’ampleur devant les restaurants et les cafétérias depuis la rentrée. Un membre du personnel confie à Midi Libre un « rythme infernal », des temps d’attente parfois très longs pour les étudiants ainsi que des denrées qui viennent à manquer en fin de service. Le 22 septembre, les salariés du Crous ont débrayé à l’appel de trois organisations, lors d’une journée de grève consacrée aux seules revendications du réseau.

Jusqu’à 2 500 places assises au Vert-Bois

La bascule vient d’une consigne nationale. Dans un communiqué publié le 25 septembre, le Cnous indique que sa présidente Bénédicte Durand a demandé aux directeurs généraux du réseau de vérifier la « capacité maximale soutenable » de chacun de leurs points de restauration. Le document insiste sur la sécurité ainsi que sur le bien-être des personnels comme des usagers des restaurants Crous.

READ  Bac 2026 : résultats le 7 juillet dans l'académie de Montpellier

Un document interne révélé par Ouest-France va plus loin. De nombreux points de restauration auraient déjà touché leur plafond, les équipes étant invitées à réguler l’accès dès que la situation l’exige. Les jauges seront affichées à l’entrée des restaurants ainsi que sur internet, aucune équipe ne devant poursuivre l’activité au-delà de ce qu’elle peut assurer en sécurité.

Le Crous de Montpellier-Occitanie confirme à Midi Libre définir actuellement ces capacités maximales. Selon les structures, elles atteignent jusqu’à 2 500 places assises pour le service du midi au resto U Vert-Bois, perché en haut du campus de l’université Paul-Valéry. La brasserie Boutonnet monte de son côté à 1 600 places pour le service du soir. Le réseau local compte 37 points de restauration selon le décompte publié par l’établissement en avril, auxquels s’ajoutent 14 restaurants conventionnés.

« Hunger Games » : le Scum dénonce un rationnement

Le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) a réagi dès l’annonce avec un slogan qui a circulé sur ses réseaux sociaux.

« Hunger Games. Désormais, il va falloir courir pour manger au Crous ».

Communiqué du Syndicat de combat universitaire de Montpellier

Le syndicat réclame « le maintien du repas à 1 € pour toutes et tous sans limites et de qualité », adossé à des dotations budgétaires qui permettraient d’embaucher, de rénover ainsi que de multiplier les structures de restauration du Crous. Il annonce une mobilisation le 17 octobre, en dénonçant la menace d’une suppression du dispositif dans le prochain budget.

READ  Bac 2026 : ce qui change pour les lycéens de Montpellier

Chez les étudiants interrogés par Midi Libre, la perspective d’une porte fermée inquiète d’abord ceux que la mesure visait au départ. Un boursier dit craindre d’être privé d’un service pensé pour des gens aux moyens limités. Une étudiante en langues étrangères sait déjà que son emploi du temps la fera arriver trop tard certains jours, le service du Vert-Bois s’arrêtant à 13 h 45. Les boursiers et les précaires pesaient la moitié des effectifs des restos U quand le tarif leur était réservé. Ils y sont devenus minoritaires.

Vingt postes pour encaisser la vague

Le réseau des Crous a obtenu 50 millions d’euros supplémentaires en 2026 pour compenser la tarification à 1 €, recruter 204 équivalents temps plein et investir en urgence dans des équipements de production ainsi que de stockage. Sur ces 204 postes, 20 reviennent au Crous de Montpellier-Occitanie, qui annonçait en avril affecter ces renforts d’abord aux sites où le risque de saturation est jugé plus important.

L’établissement a aussi fléché 82 500 € d’investissements d’urgence sur son matériel : un local export au Vert-Bois, une cellule de refroidissement à Boutonnet sur le site centre sud ainsi que des groupes froids neufs à Triolet. Le Crous mobilise 250 agents chaque jour pour sa restauration. Ses structures ont servi plus de 2,7 millions de repas sur l’ensemble de l’année 2025, dont 1,7 million au bénéfice d’étudiants boursiers ou précaires.

Le Scum met ces renforts en regard de la fréquentation. Le syndicat chiffre les recrutements à 8 % d’agents en plus, quand la fréquentation a selon lui augmenté de 38 %. Sur le terrain, des salariés cités par Midi Libre le 22 septembre affirmaient n’avoir vu arriver qu’un demi-poste à Richter et deux à Triolet, le reste étant assuré par des contrats à durée déterminée ou des jobs étudiants.

READ  Lycée Badinter à Cournonterral : Élisabeth Badinter coupe le ruban

Un paramètre complique encore l’équation. Le Crous relevait en avril que 30 % des passages en caisse s’effectuaient entre 12 heures et 12 h 30 en 2025 puis 25 % sur la demi-heure suivante. L’établissement décrivait alors « un flux extrêmement tendu sur une seule heure de la plage méridienne » tout en disant vouloir poursuivre le dialogue avec les établissements d’enseignement supérieur pour mieux étaler cette affluence.

Un dispositif suspendu au budget 2027

La suite ne dépend plus du Crous. Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, a annoncé une enveloppe portée à 143 millions d’euros dans le projet de loi de finances 2027. Il a prévenu dans le même mouvement que faute d’un vote au Parlement, le gouvernement ne pourrait plus assurer le repas à 1 € pour tous.

En attendant, les étudiants montpelliérains se tournent vers des solutions parallèles. Plusieurs distributions alimentaires tournent chaque semaine sur le campus de la route de Mende, portées par l’association Linkee, par le Scum ou par l’association Terre Étudiante Montpellier 3. La dernière distribution organisée à la cité universitaire La Colombière avec le Crous et la Banque alimentaire avait atteint son plafond de 350 inscriptions. Un étudiant en licence de sciences sociales confiait à Midi Libre finir ses mois à zéro, son loyer absorbant les trois quarts de son budget. Un loyer supérieur au plafond légal reste contestable pendant trois ans à Montpellier, bail signé ou non.

Le détail de la décision figure dans le communiqué du Cnous du 25 septembre. La feuille de route locale, avec les moyens accordés à l’académie, est publiée dans le communiqué du Crous de Montpellier-Occitanie.