La mobilisation lycéenne a tourné à l’affrontement ce jeudi 1er octobre à Montpellier. Deux lycées, Pierre-Mendès-France et Jules-Guesde, ont fermé leurs portes après des incendies. La préfecture de l’Hérault dénombre treize interpellations à Montpellier et à Sète. Deux policiers ont été blessés selon son bilan de milieu de journée.
Deux lycées fermés après des incendies et des confinements
Au lycée professionnel Pierre-Mendès-France, installé 380 rue du Mas de Brousse d’après l’annuaire de l’éducation nationale, la matinée a basculé tôt. Des jeunes venus bloquer l’établissement ont arraché des panneaux de signalisation et causé des dégradations aux abords, rapporte Midi Libre. Un incendie allumé devant l’entrée a été éteint par les sapeurs-pompiers. Les grandes grilles ont limité la propagation des flammes sans empêcher des fumées très denses.
Les policiers sont arrivés vers 8 h 30 pour dégager les lieux. Enseignants et personnels sont demeurés confinés dans les bâtiments jusqu’à 9 heures environ, toujours d’après le quotidien régional. L’établissement a ensuite fermé. Une partie des jeunes a ensuite convergé vers le centre commercial Odysseum, où plusieurs enseignes ont signalé des vols selon une source policière.
Avenue de Lodève, au lycée polyvalent Jules-Guesde, les récits divergent sur l’ampleur du sinistre. Midi Libre décrit un incendie volontaire qui a touché la loge du gardien vers 10 heures. Le site d’information actu.fr évoque de son côté une aile du bâtiment en feu, avec le Sdis 34 et des policiers nationaux présents à 10 h 30. L’alerte intrusion a été déclenchée dans l’établissement.
« Les quelques collégiens que nous accueillons ont été confinés à l’intérieur. Les lycéens ont quitté les lieux ».
Une enseignante du lycée Jules-Guesde, citée par Midi Libre
Affrontements à Antigone, la ligne 1 du tramway coupée
Devant le lycée polyvalent Jean-Mermoz, la police et les secours ont été appelés dès 8 heures pour des poubelles enflammées à plusieurs reprises. Les flammes ont atteint le parvis et le portique d’entrée. Elles ont fait sauter des aérosols rangés dans les bennes. Aucun cocktail Molotov n’a été lancé, affirment les forces de sécurité déployées sur les lieux. Un agent blessé a été pris en charge par les pompiers.
À la mi-journée, Hérault Tribune constatait devant l’établissement une grille dégradée, un reste de feu qui fumait encore et une odeur de gaz lacrymogène qui flottait sur une partie du quartier Antigone. Le média a recueilli sur place le témoignage d’une lycéenne arrivée pour suivre ses cours.
« Je suis venue pour aller en cours à 7h40 et ça a commencé à mettre des poubelles, à les enflammer. »
Une élève de 16 ans scolarisée en première générale au lycée Jean-Mermoz, citée par Hérault Tribune
À 11 h 30, les abords du lycée étaient vidés de leurs manifestants. Plusieurs groupes ont gagné Antigone, pris en chasse par des équipes mobiles de policiers appuyées de compagnies de CRS. Un engin d’artifice au moins a été saisi. Depuis midi, des affrontements se produisent autour de l’arrêt de tramway Léon-Blum et de la place Zeus : jets de pierres d’un côté, charges et gaz lacrymogène de l’autre. Côté Antigone, l’accès au Polygone avait été condamné.
Le trafic de la ligne 1 du tramway a été interrompu entre Odysseum et la station Sud de France. La portion concernée est récente : l’extension de 1,3 kilomètre vers la gare Montpellier Sud de France a été inaugurée le 18 octobre 2025.
Treize interpellations, deux policiers blessés
La préfète de l’Hérault Chantal Mauchet a tenu un point de situation jeudi matin. Treize établissements du département étaient ou avaient été bloqués, totalement ou partiellement, depuis le début de la matinée, selon son décompte. Hérault Tribune place dans cette liste plusieurs lycées montpelliérains mais aussi des sites à Sète, à Lunel, à Agde, à Gignac et à Sérignan. Midi Libre attribue pour sa part à la préfecture un décompte d’une quinzaine de lycées dans le département.
« Face aux graves troubles à l’ordre public observés localement, les policiers ont fait usage de gaz lacrymogène afin de disperser les manifestants. Depuis ce matin, 13 personnes ont été interpellées à Montpellier et Sète pour des jets de projectiles et des coups et blessures volontaires sur les forces de sécurité. »
Chantal Mauchet, préfète de l’Hérault
Le bilan de la préfecture fait état de deux policiers blessés. Un pavé a atteint une policière à la tête. Un agent de la police municipale montpelliéraine a été touché par un projectile explosif. La préfète revendique une ligne de « fermeté » et de « proportionnalité » en qualifiant les interventions de « particulièrement délicates », en raison notamment du jeune âge d’une partie des manifestants.
À la cité scolaire Georges-Clemenceau, le blocage a pris la forme d’un barrage filtrant laissant entrer les collégiens. La direction a choisi de retenir les élèves dans l’enceinte du collège jusqu’à ce que la situation se stabilise et prie les familles de ne pas se déplacer.
Près de 9 600 lycéens dans les sept établissements concernés
Midi Libre énumère sept lycées montpelliérains touchés jeudi : Jean-Monnet, Jean-Mermoz, Jules-Guesde, Joffre, Georges-Clemenceau, Pierre-Mendès-France et Léonard-de-Vinci. Les fichiers d’effectifs du ministère de l’Éducation nationale permettent d’en mesurer le périmètre. À la rentrée 2025, ces sept établissements scolarisaient 9 556 lycéens, voies générale, technologique et professionnelle additionnées.
Jean-Mermoz est le plus peuplé avec 2 008 élèves, devant Jules-Guesde (1 768), Joffre (1 588), Jean-Monnet (1 358), Georges-Clemenceau (1 198), Pierre-Mendès-France (1 081) et Léonard-de-Vinci (555). La Cité internationale Jules-Guesde, implantée à la même adresse avenue de Lodève sous un numéro d’établissement distinct, accueille 336 élèves de plus qui ne figurent pas dans ce total.
L’université bloquée, un signalement au procureur
Le site principal de l’université Paul-Valéry a été bloqué dans la nuit de mercredi à jeudi à l’appel du Scum, le Syndicat de combat universitaire de Montpellier. Des poubelles et des barrières ont servi de barricades. Les militants présents sur place disent avoir obtenu la fermeture administrative de la faculté pour la journée.
Le syndicat réclame l’inscription des étudiants dits « sans-fac » refusés en licence ou en master ainsi que le retrait de la politique « Bienvenue en France » et des droits d’inscription majorés qu’elle applique aux étudiants venus de pays hors Union européenne. Pour l’année universitaire 2026-2027, ces droits atteignent 2 902 euros pour une licence et 3 950 euros pour un master, là où le tarif national s’établit à 178 et 255 euros, auxquels s’ajoute une contribution de vie étudiante de 105 euros. Le Scum parle d’un montant multiplié par seize. Des exonérations restent possibles selon la situation de l’étudiant.
Le volet judiciaire, lui, s’est ouvert dès le premier acte. Le 29 septembre, après les interventions policières devant les lycées montpelliérains, la députée LFI de l’Hérault Nathalie Oziol a annoncé avoir saisi le procureur de la République avec d’autres élus, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale.
À la suite des violences policières lors des mobilisations lycéennes des établissements montpelliérains Jean Monnet et Jules Guesde, nous avons saisi le Procureur de la République, conformément aux dispositions de l’article 40 du Code de procédure pénale avec mes camarades… pic.twitter.com/XPA9rBIeG2
— Nathalie Oziol (@NathalieOziol) September 29, 2026
Ce texte impose à « toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit » d’« en donner avis sans délai au procureur de la République ». Le parquet décide ensuite des suites.
L’Union départementale CGT de l’Hérault soutient les lycéens et les étudiants mobilisés en réclamant l’arrêt des opérations policières visant le mouvement. Le Scum annonce la poursuite des blocages en citant la date du 17 octobre, jour d’un retour annoncé des Gilets jaunes. La contestation étudiante montpelliéraine avait déjà conduit à l’occupation du conseil d’administration de Paul-Valéry le 22 septembre, une semaine avant la mobilisation des agents publics du 29 septembre.















