Les cours ont repris au lycée Frédéric Bazille – Agropolis, à Montpellier, après le débrayage des professeurs du lundi 14 septembre. Une délégation a été reçue au rectorat, qui s’est engagé sur l’informatique de l’établissement et a ouvert des pistes pour les classes de seconde. Les professeurs attendent maintenant de voir ces annonces se traduire dans les actes.
Du débrayage au rassemblement devant le rectorat
Tout est parti d’une assemblée générale convoquée à la hâte dans une salle de cours, le lundi 14 septembre. Le débrayage y a été décidé par une majorité des professeurs présents, pour toute la journée. Les élèves s’en sont trouvés dispensés de cours, rapporte Midi Libre, qui évoque 700 élèves dans l’établissement. Le lycée en annonce 770 sur son site.
Le lendemain matin, mardi 15 septembre, une centaine d’élèves, d’enseignants et de parents se sont rassemblés sous les fenêtres du rectorat. Deux représentants de la rectrice y ont reçu une délégation. Les professeurs ont ensuite repris le chemin des salles de classe.
Six jours plus tôt, le 8 septembre, des enseignants d’un autre établissement montpelliérain avaient déjà cessé de faire cours, pour un motif sans rapport : la chaleur dans les salles du lycée Joffre.
Un proviseur privé de codes d’accès depuis la rentrée
Le premier grief est administratif. Selon une enseignante citée anonymement par Midi Libre, le proviseur n’a pas les codes d’accès aux outils de gestion administrative et a reçu plusieurs clés de code qui n’ont pas fonctionné depuis la rentrée. Ce verrou a été ajouté par l’Éducation nationale à la suite des cyberattaques survenues cet été. Conséquence décrite par cette professeure : les heures supplémentaires restent non déclarées, tout comme les charges de professeur principal.
Les difficultés ne s’arrêtent pas à la gestion administrative. Paul Gallodé, professeur de SVT, explique à France 3 Occitanie que Pronote ne dialogue pas avec les bases élèves que gère le ministère de l’Agriculture, d’où des emplois du temps bancals. Il pointe aussi l’absence d’accès à l’environnement numérique de travail.
« C’est ingérable. L’année dernière, pour inscrire mes élèves à l’Olympiade de chimie, cela m’a pris un mois. Cela crée des iniquités entre nos élèves et ceux des autres lycées. Pour travailler sans ces outils, on doit bidouiller. On se sent abandonnés par notre tutelle. »
Stéphanie Périgaud, professeur de physique chimie, à France 3 Occitanie
Deux ministères, deux codes établissement, une seule adresse
Pour France 3 Occitanie, la principale cause de ces blocages résiderait dans la nature même de l’établissement. À la même adresse, 3224 route de Mende, l’annuaire de l’Éducation nationale recense deux établissements distincts. Le premier, le lycée général et technologique agricole Frédéric Bazille, est ouvert depuis le 23 novembre 1966 et relève du ministère de l’Agriculture. Le second, la section d’enseignement général et technologique, a ouvert le 1er septembre 1995 et relève du ministère de l’Éducation nationale.
Cette année 1995 est aussi celle de la signature d’une convention d’accueil d’une section de l’Éducation nationale sur le lycée Agropolis, passée avec le rectorat de Montpellier, la direction régionale de l’Agriculture et de la Forêt et le conseil régional du Languedoc-Roussillon. Le lycée raconte sur son site avoir alors accueilli environ 300 élèves en filières S et ES, pour absorber la poussée démographique du secteur, les lycées montpelliérains manquant alors de places. L’établissement se présente aujourd’hui comme « quasi unique en France », ses personnels enseignants et de vie scolaire étant issus indifféremment des deux ministères de tutelle.
Des secondes à 38 élèves et une convention à revoir
Deuxième motif de colère : la surcharge des classes. Midi Libre décrit des secondes à 38, 37, 36 ou 35 élèves, alors que deux salles seulement seraient assez spacieuses pour accueillir en plus un enseignant et un accompagnant d’élève en situation de handicap. Un parent interrogé par France 3 Occitanie réclame la réouverture d’une classe de seconde fermée deux ans plus tôt. La carte scolaire du lycée s’est élargie ces dernières années. Son site recense l’intégration de Montferrier-sur-Lez en 2022, qui a entraîné la création d’une classe de seconde supplémentaire côté Éducation nationale, puis celle de Prades-le-Lez en 2023, avec deux classes de seconde de plus.
S’ajoute la suppression d’un poste de technicien de laboratoire, dénoncée par une représentante du Snetap-FSU, le syndicat national de l’enseignement technique agricole public. Elle estime que la situation nuit à la qualité de l’enseignement, dégrade les conditions de travail et fragilise les élèves.
Au rectorat, plusieurs pistes ont été évoquées pour les secondes : dédoublement, ouverture d’une demi-classe ou d’une classe entière. L’institution s’est engagée à diligenter une expertise informatique sur place et à rouvrir sans tarder les accès dont l’établissement a besoin pour fonctionner. Elle s’est aussi engagée, à moyen terme, sur la révision de la convention qui lie les deux ministères de tutelle, l’Éducation nationale et l’Agriculture. Parents et personnels espèrent en tirer des moyens supplémentaires : un proviseur adjoint, un CPE ou un professeur documentaliste.
À l’échelle de l’académie de Montpellier, le Snes-FSU comptait au 4 septembre au moins un professeur manquant dans 57,6 % des collèges et lycées publics. Ce jeudi 17 septembre, une délégation devait rencontrer à nouveau la direction de l’établissement pour aborder d’autres points de tension.















