Le bilan annuel du ministère de l’Intérieur sur la délinquance dans les transports en commun, publié le 10 septembre, place Montpellier Méditerranée Métropole en tête des territoires où le nombre de victimes a le plus reculé depuis 2016. La baisse atteint 69,7 % quand la moyenne nationale s’établit à 22 %. Le détail des séries statistiques invite toutefois à lire ce record avec précision.
Aucun autre territoire ne s’approche du résultat montpelliérain
Police et gendarmerie ont dénombré 1 207 victimes dans les transports en commun du territoire métropolitain en 2025 : vols, violences, escroqueries et fraudes aux moyens de paiement confondus. Elles en comptaient 3 985 en 2016, première année pour laquelle le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) dispose de données détaillées.
Sur la dernière année observée, le recul atteint 15 %. À l’échelle du pays, la diminution se limite à 2 %. Les séries longues publiées par le ministère couvrent cinquante intercommunalités : le deuxième meilleur résultat sur la décennie, celui de la communauté d’agglomération de Sophia Antipolis, plafonne à -49,5 %. Suivent Paris-Saclay (-38,1 %) et la métropole Nice Côte d’Azur (-37,1 %).
Plusieurs grandes agglomérations évoluent en sens inverse sur la même décennie. L’Eurométropole de Strasbourg enregistre 51,5 % de victimes en plus, la métropole de Lyon 35,5 %, Grenoble-Alpes-Métropole 18,4 %. Bordeaux progresse de 3,5 %. La Ville de Montpellier revendique de son côté la première place « sur les 22 métropoles françaises », un ensemble qui concentre 81 % des victimes recensées dans les transports pour 29 % de la population, selon le SSMSI.
Un taux qui reste supérieur à la moyenne française
Rapporté à la population, le chiffre montpelliérain donne 2,3 victimes pour 1 000 habitants. Trois territoires font mieux parmi les douze intercommunalités qui dépassent le millier de victimes : la métropole européenne de Lille (1,7), Aix-Marseille-Provence (2,0) et Nantes (2,1). La moyenne nationale, elle, s’établit à 1,5 victime pour 1 000 habitants, tous réseaux confondus.
La commune de Montpellier concentre à elle seule 1 118 des 1 207 victimes du territoire métropolitain, soit 93 %. Son taux grimpe alors à 3,6 pour 1 000 habitants, avec un recul de 16 % sur un an. Un point mérite attention dans la méthode retenue par le ministère. L’étude ne rapporte le nombre de victimes au nombre de voyages que pour l’Île-de-France. Partout ailleurs, l’indicateur est calculé sur la population du territoire et non sur la fréquentation du réseau.
Ce que le bilan du ministère ne compte pas
Le périmètre de l’étude est circonscrit. Il couvre les vols réalisés directement sur les personnes, avec ou sans violence, les violences physiques et sexuelles, les escroqueries et fraudes aux moyens de paiement puis les mis en cause pour infractions à la législation sur les stupéfiants.
Un point mérite d’être relevé sur un réseau devenu gratuit. Les escroqueries comptabilisées portent sur des cartes bancaires et des chèques, le plus souvent dérobés lors d’un vol. L’encadré méthodologique de l’étude est explicite sur ce qu’elle laisse de côté.
« Les fraudes aux titres de transport ne sont pour l’instant pas inclus dedans. »
Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, encadré méthodologique de l’étude
Reste que ce décompte ne retient que ce qui finit dans une procédure : une plainte déposée, un signalement, un témoignage, un délit flagrant ou une initiative des services eux-mêmes. Il ne mesure pas l’ensemble des incivilités vécues dans les rames et aux arrêts. Les vols sans violence représentent 77 % des victimes au niveau national. Hors Île-de-France, le réseau de surface, celui des bus et des tramways, constitue le premier lieu de commission pour toutes les atteintes suivies à l’exception des stupéfiants.
Une chute engagée avant la police des transports
La chronologie détaillée nuance le récit d’une amélioration continue. Entre 2016 et 2021, le nombre annuel de victimes reste compris entre 2 828 et 3 985. Le décrochage survient d’un coup entre 2021 et 2022 : de 3 175 à 1 750 victimes, soit une chute de 44,9 % en une seule année. Les trois exercices suivants prolongent le mouvement à un rythme plus lent, jusqu’aux 1 207 victimes de 2025.
Les deux leviers mis en avant par la collectivité arrivent après ce basculement. La police métropolitaine des transports a été créée en septembre 2023. La gratuité du réseau pour les habitants de la métropole, elle, est entrée en vigueur en décembre 2023.
Quarante-deux policiers et un bouton d’alerte dans M’Ticket
L’unité métropolitaine compte aujourd’hui 42 policiers municipaux, « le plus important effectif en France dévolu à cette tâche » selon la Ville. Ils patrouillent sept jours sur sept dans les 31 communes de la métropole et travaillent avec les 82 agents d’accompagnement, de contrôle et de sécurisation de TaM. Des maîtres-chiens ont renforcé les équipes en 2024. Une autorisation préfectorale leur permet de porter des caméras individuelles, en application de l’article L241-2 du code de la sécurité intérieure.
Sur le terrain, ces effectifs interviennent souvent aux côtés d’autres services. Le 13 août, un contrôle réunissant police nationale, police des transports, police municipale de Pérols et agents de TaM s’était ainsi achevé dans l’étang de l’Or, où un passager verbalisé avait fini par se jeter. La Métropole annonce plus de 15 000 événements traités depuis la création de l’unité, des interventions doublées en 2025 et une délinquance constatée en baisse de 33 % sur le réseau TaM. Depuis novembre 2025, l’application M’Ticket intègre un bouton SOS pour signaler discrètement une agression ou un harcèlement. Le dispositif revendique 420 000 utilisateurs.
« Je ne suis pas dans le déni. On sait que la société est violente, qu’il y a beaucoup d’incivilités, des gens alcoolisés, ceux qui parlent fort, qui se comportent mal… »
Sébastien Cote, premier adjoint au maire de Montpellier, délégué à la tranquillité publique et à la prévention de la délinquance
Le premier adjoint refuse pour autant de crier victoire. Il met en avant le travail de TaM et la coordination entre les différents acteurs de la sécurité sur le territoire.
Des renforts annoncés et un Hôtel des sécurités en 2029
Pour Michaël Delafosse, ces données valident un choix politique assumé au moment du passage à la gratuité : conserver les métiers de contrôle plutôt que de les supprimer. Le maire et président de la Métropole annonce une hausse des effectifs de la police des transports dans la seconde partie du mandat, à mesure que le réseau s’étend.
Sébastien Cote attend de son côté le futur Hôtel des sécurités, prévu pour 2029, afin de « gagner encore en efficacité ». Les prochaines statistiques diront si la courbe amorcée en 2022 poursuit sa descente ou trouve son plancher. L’étude complète et ses fichiers de données sont consultables sur la page Interstats du ministère de l’Intérieur.
Le SSMSI publie sa nouvelle étude sur la délinquance enregistrée dans les réseaux de transports en commun en 2025.https://t.co/ajnMgfZLio
— Interstats (@Interieur_stats) September 10, 2026
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