L’association Ademass jette l’éponge. Confrontée à l’insécurité et à l’aggravation du trafic de drogue, la structure culturelle a annulé les deux événements qu’elle prévoyait en juin au parc de la Guirlande, dans le quartier Figuerolles. Un renoncement qui en dit long sur la dégradation de ce jardin historique de Montpellier.
Un jardin du XVIIIe siècle livré au trafic
Le parc de la Guirlande n’a plus grand-chose d’un havre de paix. Ce jardin du XVIIIe siècle, niché au cœur du quartier populaire de Figuerolles, est devenu l’un des points de consommation de drogue les plus actifs de la ville. Les riverains dénoncent depuis des mois la présence de guetteurs et de vendeurs installés comme chez eux.
La situation n’a rien de nouveau. Dès 2018, des habitants s’étaient fédérés contre les seringues abandonnées dans les allées. Trois ans plus tard, deux fillettes de 5 et 7 ans s’étaient piquées avec une aiguille laissée sur place. À quelques rues de là, dans la cité Gély, une récente opération anti-drogue a mobilisé la police pendant cinq jours. Le parc figure aujourd’hui parmi les lieux que la municipalité tente de reprendre en main, à l’image du square du Père-Bonnet tout proche.
Une soixantaine de seringues et des vigiles agressés
Le déclencheur de la décision tient en un mot : la peur. Lors de sa dernière manifestation, début mai, Ademass fêtait les dix ans de la Grande Parade Métèque, un rendez-vous artistique et citoyen devenu une institution du quartier. Le succès populaire n’a pas masqué un bilan inquiétant.
Avant même l’ouverture, les bénévoles ont dû ramasser une soixantaine de seringues sur le site, puis alerter les secours face à une suspicion d’overdose. Pendant l’événement, l’association recense des vols de matériel ainsi que des agressions visant ses vigiles et des membres du public.
« Détresse aggravée des personnes qui consomment des drogues, vol de matériel, agression des vigiles et de membres du public… Nous ne pouvons et ne voulons plus être en état d’alerte permanent, faire des métiers qui ne nous incombent pas. »
Communiqué de l’association Ademass
La Ville avait investi pour faire vivre le parc
Le renoncement d’Ademass intervient alors que la mairie misait justement sur ce site. En 2024, dans le cadre de son budget participatif, la Ville de Montpellier avait alloué 29 300 € à un projet porté par l’association : l’achat de matériel mutualisé (toilettes sèches, cuisine mobile, barnums, mobilier) destiné à multiplier les rendez-vous dans le jardin.
L’idée affichée était d’occuper le terrain pour le rendre vivant, en lien avec la Maison pour Tous Albertine-Sarrazin et une dizaine de partenaires du quartier. Deux ans plus tard, c’est le scénario inverse qui se joue. Le battle de danse du mercredi 10 juin et la Fête de tous les amours du 17 juin n’auront pas lieu. « Ce sont des rendez-vous imaginés, aussi, pour occuper le terrain tout en proposant des moments conviviaux aux habitants et aux familles du quartier », glisse l’un des membres.
« Ne pas laisser tomber » le quartier
Malgré son retrait, Ademass se refuse à la stigmatisation. L’association insiste : elle ne vise pas les consommateurs, qu’elle décrit comme des personnes « en détresse » appelant « une réponse adaptée et urgente ». Sa décision tient à un seul impératif, celui de garantir la sécurité de ses équipes et du public qu’elle accueille.
Un temps d’échange entre les porteurs de projets et les riverains pourrait se tenir dans les prochains jours. La question, elle, reste entière pour la municipalité : comment concilier l’accompagnement social des usagers de drogue avec la tranquillité des habitants. Le maire Michaël Delafosse a récemment réclamé la création d’une JIRS à Montpellier pour muscler la réponse judiciaire. En attendant, c’est un parc de plus qui se vide de ses fêtes populaires.















