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Narcotrafic : Delafosse réclame une JIRS à Montpellier

Michaël Delafosse remet une lettre à Gérald Darmanin à l'hôtel de ville de Montpellier

Le maire de Montpellier Michaël Delafosse a profité de la venue du ministre de la Justice dans l’Hérault pour passer à l’offensive. Jeudi 4 juin, il a remis en main propre une lettre à Gérald Darmanin afin de réclamer des moyens d’urgence pour la justice montpelliéraine. Au cœur de sa demande : la création d’une juridiction spécialisée contre le narcotrafic et le comblement de plusieurs postes de magistrats vacants.

Une lettre remise en main propre au Garde des Sceaux

Le ministre de la Justice était attendu à la prison de Béziers ce jeudi. En marge de ce déplacement, Gérald Darmanin a fait un détour par l’hôtel de ville de Montpellier, à l’invitation du maire. L’occasion était trop belle pour la laisser passer.

Michaël Delafosse lui a alors remis un courrier officiel, doublé d’une série de doléances. Le maire-président de la métropole y dénonce des moyens judiciaires insuffisants dans « un territoire en forte croissance démographique et confronté à une pression accrue liée au narcotrafic et à la criminalité organisée », selon le communiqué diffusé par la Métropole.

Une justice locale jugée « sous-dotée »

Le constat dressé par l’élu est sévère. Montpellier figure parmi les villes connaissant la plus forte croissance démographique du pays depuis plus de dix ans. Les effectifs de la justice n’ont, eux, jamais suivi cette courbe.

« Les effectifs judiciaires n’ont jamais été rééquilibrés en fonction de cette évolution, créant un décalage croissant entre les besoins de la population et les moyens dont dispose l’institution judiciaire », écrit le maire. Il prend l’exemple du parquet, dont l’effectif théorique s’élève à 21 magistrats alors que seuls 18 environ sont pleinement opérationnels.

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Selon le décompte transmis au ministre, quatre postes de magistrats du siège restent vacants. S’y ajoutent trois manques du côté du parquet ainsi que dix à douze greffiers absents. La conséquence se mesure dans le quotidien des tribunaux : retards dans la mise en état des dossiers, audiences repoussées, décisions de justice plus longues à exécuter.

« La Ville de Montpellier prend toute sa part dans la lutte contre la délinquance et le narcotrafic. Mais la justice doit disposer de moyens correspondant à la réalité démographique et criminelle de notre territoire. Il en va de la qualité du service public de la justice et de la sécurité des Montpelliéraines et des Montpelliérains. »

Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la Métropole

La bataille pour une juridiction spécialisée contre le narcotrafic

La mesure phare réclamée par le maire porte un sigle : la JIRS, pour Juridiction interrégionale spécialisée. Ce dispositif lancé en 2004 cible la grande criminalité, le narcotrafic et le blanchiment d’argent à grande échelle. La France compte aujourd’hui huit JIRS, implantées à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Rennes, Bordeaux, Nancy et Fort-de-France.

Montpellier en est privée. Une précédente demande de la ville avait déjà été écartée, au profit d’un renforcement des moyens alloués à Marseille. Le maire plaide pour un réexamen de ce dossier « afin de garantir une justice efficace et adaptée aux enjeux de sécurité ».

Son argument tient en quelques chiffres et en une réalité que les Montpelliérains connaissent bien. « Montpellier est aujourd’hui l’une des villes les plus touchées de France par le narcotrafic. Les règlements de comptes, les trafics structurés et les réseaux criminels durablement implantés nécessitent une réponse judiciaire spécialisée », fait valoir l’élu. La capitale héraultaise a été marquée ces derniers mois par plusieurs épisodes de violences liées aux points de deal, du faubourg du Courreau aux quartiers nord, où une épicerie liée au trafic avait dû être bloquée par des blocs de béton.

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Ce que la Ville met en avant

Pour appuyer sa requête, Michaël Delafosse a rappelé les actions menées par la collectivité aux côtés de l’État. La municipalité met en avant sa participation à la lutte contre le blanchiment d’argent, une hausse significative des heures de travaux d’intérêt général ainsi que le dispositif de rappel à l’ordre.

La Ville cite aussi le Conseil des droits et devoirs des familles, sa présence au sein des Groupes locaux de traitement de la délinquance et son soutien aux Maisons de la justice et du droit. Autant de leviers censés démontrer que la demande de moyens ne se résume pas à un simple appel à l’aide. Elle s’accompagne d’un engagement local revendiqué.

Reste la question qui décidera de tout : le maire sera-t-il entendu ? Gérald Darmanin n’a pris aucun engagement public lors de son passage à Montpellier. La balle est désormais dans le camp de la Chancellerie, qui devra arbitrer entre la pression d’une ville en plein essor et une carte judiciaire nationale déjà sous tension. Pour mémoire, le ministère a profité de la même visite dans l’Hérault pour annoncer la création d’une unité psychiatrique de 40 places à la prison de Béziers, preuve que les arbitrages sur les moyens de la justice se jouent en ce moment même dans le département.

Pour comprendre le fonctionnement de ces juridictions d’exception, le ministère de la Justice détaille le rôle des juridictions pénales spécialisé